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Anne-Marie Delcambre

historienne, exégète et islamologue française

Anne-Marie Delcambre, née le 26 juin 1943 et morte le 2 janvier 2016, est une islamologue française, docteur de troisième cycle de l'Université Paris-IV en études islamiques, docteur d'État en droit et agrégée d'arabe classique. Elle a été professeur d'arabe au lycée Louis-le-Grand et a participé à la rédaction d'articles dans l'Encyclopædia of Islam. Elle est également l'auteur de nombreux livres et articles sur Mahomet et l'islam.

L'Islam, 2001Modifier

Un autre préjugé non moins tenace fait considérer l'Islam comme figé dans un Moyen Age éternel dont sortiraient épisodiquement des fanatiques venant accomplir des actes de barbarie, autrefois avec le sabre, aujourd'hui avec des bombes. Ces préjugés rendent d'autant plus difficile l'appréhension de l'islam comme religion à vocation universelle, ayant donné naissance à une civilisation prestigieuse. Parviendra-t-on, en cent vingt-huit pages, à déraciner ces préjugés ? [...] L'amalgame est trop vite fait entre islam et islamisme. [...] Mais on ne saurait confondre islam, religion et civilisation, et islamisme, ce phénomène contemporain qui s'apparente à des accès de fièvre et qui traduit un profond malaise dans le monde musulman face à une modernité laïque.


Par âge d'or de la civilisation musulmane nous entendons l'existence d'une culture qui est à vocation universaliste. Et en effet, du VIIIe au XIIe siècle, on constate l'émergence d'un brillant humanisme. La splendeur de l'Islam est due principalement aux cités et à la vie urbaine. [...] Les grandes métropoles comme Damas, Bagdad, Ispahan, Le Caire, Alep, Kairouan, Fès, Cordoue sont des foyers rayonnants de culture. En effet, dans cette société urbaine cosmopolite, ou l'on voit des Arabes à côté de Byzantins, de Persans, de Turcs, de Syriaques, tout un monde de lettrés, de scribes, de juristes, de savants vit à l'ombre des grandes cours princières. Le mécénat des califes, émirs et gouverneurs est un des facteurs qui expliquent une civilisation aussi brillante. Il en résulte une valorisation des travaux de l'esprit et l'un des plus riches épanouissements culturels qu'ait connus l'histoire des civilisations. Un véritable enthousiasme intellectuel fait que l'on poursuit toutes les formes du savoir : l'histoire, la géographie, la philosophie, la médecine, les mathématiques.


L'Islam des interdits, 2003Modifier

Au risque de choquer, il faut avoir le courage de dire que l'intégrisme n'est pas la maladie de l'Islam. Il est l'intégralité de l'Islam. Il en est la lecture littérale, globale et totale de ses textes fondateurs. L'Islam des intégristes, des islamistes, c'est tout simplement l'Islam juridique qui colle à la norme.


Islam, islamisme, musulmans 2007Modifier

[...] dans la langue française, islam et islamisme étaient synonymes, et cela depuis 1697, quand Barthélémy d'Herbelot de Molainville, professeur au Collège de France, ajouta le suffixe "isme" au mot arabe islam pour en faire un nom désignant une religion.

En effet,de tous les noms désignant des religions, "islam" était le seul qui ne fût pas terminé par "isme". Or, dans l'édition de 1992 du Dictionnaire Le petit Larousse,on constate que le mot "islamisme" pour désigner la religion est considéré comme "vieilli". En revanche, la définition de l'islamisme est devenue politique :"Mouvement politico-religieux préconisant l'islamisation complète, radicale, du droit, des institutions, du gouvernement dans les pays islamiques. [...] une acception est dite "vieillie" quand elle n'est plus attestée depuis plus d'un siècle. Un sens qui vieillit en moins de dix ans, cela ne s'est vu dans aucun pays au monde. Et c'est ainsi que "islam" et "islamisme" ne sont plus synonymes. On ne s'étonnera pas de lire que, pour le professeur Khaled Dourane de l'université de Philadelphie, "l'islamisme est un genre de totalitarisme qui s'est répandu dans le monde à la fin du XXe siècle. Il est identique aux régimes fascistes ou communistes et aspire à dominer le monde." En fait, cette distinction est en partie due au juriste égyptien Al-Achmâwi qui avait lancé : "Dieu voulait que l'islam fût une religion, mais les hommes ont voulu en faire une politique."

Désavoué par ses coreligionnaires, considéré comme hétérodoxe, Achmâwi allait fournir à l'Occident la plus belle porte de sortie qu'on puisse imaginer. Désormais, il serait interdit de faire un amalgame entre l'islam et l'islamisme. D'un commun accord, religieux, politiques, journalistes se mirent à répéter que l'islam, ce n'était pas l'islamisme ; que les deux réalités étaient bien distinctes ; que l'islam ne pouvait être tenu pour responsable des crimes commis par les islamistes, assimilés à des terroristes.
  • Soufi ou mufti ? Quel avenir pour l'islam, Anne-Marie Delcambre, éd. Desclée de Brouwer, 2007, p. 141


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