Arthur Koestler

romancier hongrois, mémorialiste et essayiste

Arthur Koestler, en langue hongroise Kösztler Artúr, né le 5 septembre 1905 à Budapest, mort le 3 mars 1983 à Londres, était un romancier, journaliste et essayiste hongrois, naturalisé britannique.

Arthur Koestler (1969).

La Lie de la terre, 1941Modifier

La classe dirigeante avait décrété que le nazisme était une affaire intérieure de l'Allemagne qui ne regardait pas les Français tant qu'ils ne seraient pas attaqués. Ils ne voulaient pas admettre que le nazisme ou une forme quelconque du fascisme devait automatiquement amener la guerre. Car, dans leur cœur, ils étaient eux-mêmes à moitiés fascistes ; ils créaient une différence artificielle entre le bellicisme du nazisme et la structure sociale du nazisme. Ils se réjouissaient lorsque Hitler écrasait le mouvement socialiste allemand et il ne voulaient pas reconnaître que la solidarité de la classe ouvrière européenne était une meilleure garantie de la paix et de la sécurité de la France que la Ligne Maginot.
  • La Lie de la terre (1941), Arthur Koestler, éd. Calmann-Lévy, 1947, p. 51


Elle [Mme Suchet, crémière du quartier] croyait rester en dehors de tous les partis et lire des journaux indépendants [.]. Inconsciemment, son esprit reflétait leurs opinions et il s'était déformé d'année en année. Lentement mais sûrement, des forces qui avaient le pouvoir sur ces journaux indépendants avaient tué en elle les plus hautes conceptions des idéaux humanitaires et diminué son intérêt pour les affaires du monde ; elle devenait cynique et égoqïste. On l'avait préparée à considérer la guerre actuelle, non comme une croisade pour la liberté et le bonheur en Europe, mais comme une guerre pour Dantzig.
  • La Lie de la terre (1941), Arthur Koestler, éd. Calmann-Lévy, 1947, p. 57


La haine de l'étranger, qui remonte à l'âge de la tribu, semble être le plus vieux sentiment collectif du genre humain, et l'antisémitisme n'est qu'un de ses aspects ; les lois raciales et économiques de l'Ancien Testament dirigées contre l'étranger en Israël auraient pu servir de modèle à l'édification des lois de Nuremberg : le mot grec "barbare" veut simplement dire "étranger" et, pour le Français, plus conservateur que le Grec, l'étranger n'a jamais cessé d'être un barbare, qu'il soit un manœuvre italien, un mineur polonais ou un réfugié allemand.
  • La Lie de la terre (1941), Arthur Koestler, éd. Calmann-Lévy, 1947, p. 92


Une des raisons de la banqueroute de la gauche européenne fut son impossibilité de réaliser combien les distinctions de classes sont profondément enracinées dans la mentalité des individus. Ils pensaient qu'ils pouvaient traiter comme un simple préjugé ce qui, en réalité, était devenu un réflexe conditionné du genre humain.
  • La Lie de la terre (1941), Arthur Koestler, éd. Calmann-Lévy, 1947, p. 119


Pauvre type, ne se doute pas que demain il sera fasciste ; c'est le sort de tous les dilettantes bien intentionnés, leur nébuleuse matière grise est irrésistiblement attirée par ce puissant aspirateur.
  • La Lie de la terre (1941), Arthur Koestler, éd. Calmann-Lévy, 1947, p. 194


[.] et nous allons diner avec la tante et la nièce dans la jolie cuisine. Elles sont très patriotes, mais très catholiques. "Ce malheureux juif Blum a ruiné la France." Dommage, les avais trouvées si sympathiques. Cette cuisine avec ses casseroles de cuivre éblouissantes, c'était la vraie France. La tante et la nièce deviendront fascistes, elles aussi, sans s'en rendre compte. La vie idyllique de chaque petit bourgeois cache cette horrible grimace.
  • La Lie de la terre (1941), Arthur Koestler, éd. Calmann-Lévy, 1947, p. 197


Mais la France ne voulait plus sauver la paix par un effort constructif, elle voulait surtout qu'on lui fiche la paix ; cette nuance psychologique fait toute la différence et en fait décida de sont sort.
  • La Lie de la terre (1941), Arthur Koestler, éd. Calmann-Lévy, 1947, p. 263


Nous avons vu qu'une économie socialiste n'exclut pas l'autocratie (Russie) et que le capitalisme fait bon ménage avec une économie dirigée (Allemagne). Je crains que, dans quelques années, nos cris de guerre "capitalisme ou socialisme" aient autant de rapport avec la réalité que les controverses théologiques sur le sexe des anges.
  • La Lie de la terre (1941), Arthur Koestler, éd. Calmann-Lévy, 1947, p. 278


La Treizième Tribu, 1976Modifier

[L]es données de l'anthropologie s'accordent avec l'Histoire pour réfuter l'opinion encore courante selon laquelle il existerait une race juive remontant à la tribu biblique. Au point de vue anthropologique, deux séries de faits militent contre cette croyance : l'extrême diversité des juifs en matière de caractères physiques, et leur similitude avec des populations non juives au milieu desquelles ils vivent. [...] C'est évidemment le métissage qui explique ces deux phénomènes. Il a revêtu plusieurs formes selon les divers contextes historiques : mariages mixtes, prosélytisme à grande échelle, viol - accompagnement constant (légal ou toléré) des guerres et des pogroms.
  • La Treizième tribu (1976), Arthur Koestler, éd. Tallandier, 2008, p. 272


La religion israélite (à la différence du christianisme, de l'islam, du bouddhisme) suppose l'appartenance à une nation historique, à un peuple élu []. L'Ancien Testament est avant tout un livre d'histoire nationale ; s'il a donné au monde le monothéisme, son credo est pourtant plus tribal qu'universel. Chaque prière, chaque rite, proclame l'appartenance à une ancienne race, ce qui place automatiquement les juifs en dehors du passé racial et historique des peuples au milieu desquels ils vivent. La religion israélite, comme le montrent deux mille ans de tragédies, engendre nationalement et socialement sa ségrégation. Elle met le juif à part, elle invite à le mettre à part. Elle crée automatiquement des ghettos matériels et culturels. Elle a fait des juifs de la diaspora une pseudo-nation dépourvue de tous les attributs et privilèges de la nationalité, mollement rassemblée par un système de croyances traditionnelles fondées sur des postulats raciaux et historiques qui se révèlent illusoires.
  • La Treizième tribu (1976), Arthur Koestler, éd. Tallandier, 2008, p. 290


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