Le Tonnerre de Dieu

film sorti en 1965

Le Tonnerre de Dieu est un film français de Denys de La Patellière sorti en 1965. Les dialogues sont signés Pascal Jardin. Les rôles principaux sont joués par Jean Gabin, Michèle Mercier, Lilli Palmer et Robert Hossein.

Il est inspiré du roman Qui m'emporte publié en 1958 par Bernard Clavel.

RépliquesModifier

Léandre Brassac (s'adressant à d'autres dans un troquet) : Vous êtes une bande de cocus, vous l'avez toujours été d'ailleurs et puis vous le serez encore ! Sans le savoir, bien sûr, comme tout le monde. Vous avez payé la taille et la gabelle, les impôts du clergé ; maintenant, c'est la surtaxe progressive et le tiers provisionnel ! Et puis la vignette, la vignette pour un an pour les petits vieux. Vous avez été faire la guerre de Cent ans, les guerres de religion ; vous avez endossé la cuirasse pour prendre Jérusalem ; vous vous êtes saignés pour les fourriers de l'Empire ; on vous a filé des bandes molletières à Verdun, vous les aviez encore à Dunkerque et ça fait deux mille ans que ça dure, bande de patates ! Non, croyez un homme qui a fait ses Humanités, un homme qui parle le grec et le latin, vous êtes tous des cons. Moi aussi, d'ailleurs.

  • Jean Gabin, Le Tonnerre de Dieu (1965), écrit par Pascal Jardin


Le Curé : Alors, toujours fâché avec le bon Dieu ?
Léandre Brassac : Oh ! Pour croire en Dieu, curé, il faut croire aux hommes. Et quand vous me parlez de la charité des hommes, moi ça me fout le voile rouge. Je préfère mes chiens. Pourriez-vous me dire pourquoi vous parlez toujours de paix quand on nous prépare la grosse bombe pour Noël ? Parce qu'ils la veulent tous, la grosse bombe. Y compris ceux qui vont à la messe, les bien-pensants. Moi, je vais vous dire : dans la crèche, je vois les trente-cinq millions de morts de la dernière guerre et les deux-cent millions de la prochaine. C'est pas une colombe blanche qui est sortie de l'Arche, c'est un vol de corbeau.
Le Curé : Vous n'êtes pas optimiste, mon fils.
Léandre Brassac : Primo, je ne suis pas votre fils, mon père. Et secundo, un optimiste, c'est un homme sans imagination. Or moi, j'en ai de l'imagination, surtout quand je suis rond comme aujourd'hui.
Le Curé : Mais oui, mon cher Brassac, l'alcool développe beaucoup l'inquiétude métaphysique, comme dirait Daniel-Rops. Encore quelques bonnes cuites et vous croirez en Dieu. Pour moi, c'est déjà fait, alors je vais m'arrêter là.

  • Daniel Ceccaldi, Jean Gabin, Le Tonnerre de Dieu (1965), écrit par Pascal Jardin


Roger : Tu devrais voir un psychiatre, toi !
Léandre Brassac : Tu vois pas qu'il me guérisse !? Pour qu'il me remette dans le rang de la connerie humaine !? Ah ben ça, jamais !
Roger : Tu es encore plus fou que je ne pensais.
Léandre Brassac : Mais tu ne penses pas.
Roger : Tu veux que je te dise, Brassac !? Tu finiras tout seul.
Léandre Brassac : Mais tout le monde finit tout seul, mon vieux. Tout le monde.

  • Georges Géret, Jean Gabin, Le Tonnerre de Dieu (1965), écrit par Pascal Jardin


Marcel : Écoute-moi, vieux fourneau. Ta gueule bouffie, ici, on n'en veut plus. Tu marines dans le pinard comme des cerises dans l'osier. Ton sang n'a plus de globule. C'est du 11,5°. Tu causes pas, tu dégueules.
Léandre Brassac : Tu vas te taire ? La grande injure, c'est un art. Et pour ça, t'es trop bête. Note bien, t'as des excuses. Tu fais le dernier des métiers et ta mère était le plus beau cas de vérole tertiaire du département. Quant à ton père qui t'a même pas reconnu, je me suis laissé dire qu'il avait fini à Cayenne. Ça te fait un drôle de pédigrée, hein !?

  • Robert Hossein, Jean Gabin, Le Tonnerre de Dieu (1965), écrit par Pascal Jardin


Le Ministre Bricard : Ah, si l'on m'avait dit qu'un jour, nous nous retrouverions pour mettre une fille dans le droit chemin !
Léandre Brassac : En ce qui te concerne, ça me paraît une juste compensation, non ?
Le Ministre Bricard : C'est pourtant vrai que nous avons couru tous les deux. Et maintenant, les liaisons de mes collaborateurs me choquent. La vertu a grandi avec mon tour de taille. Je ne vois plus la femme qu'en tant que Suffragette. Et toi, que deviens-tu ?
Léandre Brassac : Rien.
Le Ministre Bricard : Vertueux ?
Léandre Brassac : Même pas ! Alcoolique, paillard et surtout de plus en plus anarchiste.
Le Ministre Bricard : D'habitude, ça s'arrange avec l'âge, tout ça.
Léandre Brassac : Qu'est-ce que tu veux, le physique a vieilli, mais à l'intérieur, je me sens monstrueusement jeune.
Le Ministre Bricard : Pourquoi monstrueusement ?
Léandre Brassac : Ben parce que quand on a une vieille carcasse comme la mienne, on devrait être indulgent. J'y arrive pas !
Le Ministre Bricard : Ah, toi comme je te vois là, tu ne penses rien de bon du gouvernement !
Léandre Brassac : Je suis venu pour te demander un service. Je ne suis pas venu pour t'engueuler.
Le Ministre Bricard : Ne t'en fais pas. Avec le Général, j'ai l'habitude. Allez, vas-y.
Léandre Brassac : Vas-y, quoi ? Ce que je vais te dire, tu le sais comme moi. La France d'aujourd'hui, c'est l'espéranto : voitures allemandes, bonnes espagnoles, ministre maltais. Notre tiers provisionnel s'envole en fumée atomique, et pendant ce temps-là, la Bretagne redevient carolingienne. Vous foutez les généraux en taule mais vous en fabriquez d'autres. Il n'y a pas d'autoroutes mais on fait trop de voitures. Non, crois-moi, va. Il y a eu la grande peste de l'an 1000, mais tu vas voir la grande merde de l'an 2000 !
Le Ministre Bricard : Vous êtes bien tous les mêmes ! Vous, les quarante millions d'individus dits Français, vous habitez le pays le plus beau du monde, vous avez toutes les libertés ! Douce France, tant décriée !
Léandre Brassac : Je t'en prie, mon vieux. T'es pas à la chambre.

  • Louis Arbessier, Jean Gabin, Le Tonnerre de Dieu (1965), écrit par Pascal Jardin


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