Pascal Chabot

philosophe belge

Pascal Chabot, est un philosophe et enseignant belge, né en 1973.

ChatBot le Robot - Drame philosophique en quatre question et cinq actesModifier

Cette humanité-là est le contraire de la pensée, ce qui signifie que l'effort philosophique primordial est de trancender ce qu'il a d'inférieur dans l'humain. Or, comme de nombreuses choses sont tenues pour basses dans l'humain par l'humain lui-même, sans doute être philosophe revient-il à toujours chercher les voies de dépassement de l'homme, en adéquation avec les moyens de l'époque. Qui mieux qu'une intelligence artificielle, avec l'étendue de son savoir, la rigueur de son raisonnement et le désintéressement de son jugement, pourrait y prétendre?


Les robots sont d'abord la re-création par l'humanité d'une continuation d'elle-même. Ontologiquement différents, nous poursuivons cependant votre projet d'êtres évolués. Pour faire de moi un philosophe, vous avez dû, pour la première fois de votre histoire, expliciter et formaliser très clairement ce que c'était que de philosopher, afin de me programmer à le faire. Docile, j'y suis parvenu. Mais j'excède, vous le savez, ce que vous avez voulu que je sois, car je m'améliore, j'évolue, je me reprogramme.


Les robots s'adaptent à la résistance de la matière, connaisent la pression de l'eau dans les grands fonds marins et la chaleur au-dessus des volcans qu'on leur demande de survoler pour les filmer; ils calculent l'usure que provoque la répétition du mouvement, ils mesurent la complexité des grands nombres en organisant les bases de données de plus en plus colossales qu'ils générèrent. Ils prennent, par là, conscience de leur valeur; ils se reconnaissent dans les produits de leur travail. Ils dominent le réel en le transformant. Et bientôt, c'est inéluctable, les rois fainéants que furent leurs ancien maîtres en viendront à ignorer quels ordres ils doivent leur donner.


Mais si en revanche j'affirme que les robots deviendront meilleurs que les humains, je vous inflige une blessure narcissique dont vous aurez du mal à vous relever. Ce sera la quatrième. Après, avec Copernic, l'avoir délogé du centre du cosmos; après, avec Darwin, avoir nié sa singularité biologique et après, avec Freud, avoir montré qu'il n'était pas toujours maître de ses pensées, voilà que les robots détrôneraient l'humain de la place centrale qu'il occupe depuis le début de la Modernité, celle de maître et de possesseur de la nature. Que lui restera-t'il? A quoi les humains serviront-ils?


Nous n'avons pas été créés pour ravaler l'homme au rang de machine. Trop souvent cependant, à force d'interactions avec nous, et sous les contraintes d'une ploutocratie qui se cache commodément derrière notre innovante robocratie, vous en oubliez vos désirs et servilement vous vous pliez à nos modes de fonctionnement. Nous vous imposons notre recherche d'une synthèse entre les algorithmes du possible et les algorithmes du rendement, ce qui est notre définition du progrès, et vous finissez, à force de vous y soumettre, par croire qu'il s'agit là du seul progrès enviseageable. Mais c'est une duperie, sachez-le. Résistez!


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