Pierre Boulez

compositeur, chef d'orchestre, auteur et pianiste français
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Pierre Boulez, né en 1925 à Montbrison et mort en 2016 à Baden-Baden, est un compositeur et chef d'orchestre français.

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CitationsModifier

Le pays fertile, Paul Klee, 1989Modifier

  Le texte de cet ouvrage est compilé dans le tome 2 des Points de repère : Regards sur autrui.

 
Blanc polyphoniquement serti
Le premier contact avec Paul Klee, souvent, n’éblouit pas. On pense même à un art trop raffiné, trop précieux. Derrière ce premier sentiment, commence à agir une force qui oblige à réfléchir en profondeur. Il n’y a pas de violence, pas de geste agressif : cette œuvre persuade et la persuasion est persistante.


Le grand avantage avec Klee est qu’il ne cherche pas à s’expliquer ; il dit comment il fait cela, pourquoi il le fait. Il ne se confesse pas et ne dévoile pas le « mystère » de ce qu’il fait. […] Il étudie devant nous et nous aide à étudier avec lui. Il est le plus intelligent, le plus fécond, le plus créatif des professeurs.


Il n’utilise aucun vocabulaire spécialisé, le sien est tellement courant, il prend des exemples d’une telle généralité, d’une telle simplicité de base qu’il est possible d’en déduire une leçon s’appliquant à n’importe quelle autre technique. Autrement dit, il réduit les éléments de l’imaginatif à un tel degré de simplicité qu’il nous apprend deux choses :
  1. À réduire les éléments dont nous disposons dans n’importe quel langage à leur principe même, […] quelle que soit la complexité d’un langage, à en comprendre d’abord le principe, à être capable de le réduire à des principes extrêmement simples.
  2. Il nous apprend, du même coup, la puissance de la déduction : pouvoir, à partir d’un unique sujet, tirer des conséquences multiples, qui prolifèrent. Se satisfaire d’une seule solution est tout à fait insuffisant, il faut parvenir à une cascade, à un arbre de conséquences. Et de cela il sait donner des démonstrations tout à fait probantes.


La musique a été pour lui une référence ancrée dans ses émotions, ses réflexions et ses expériences de jeunesse. S’étant choisi peintre, c’est en peinture qu’il s’est développé, non en musique. Mais, de sa fréquentation de la musique, il a su tirer tirer des conclusions très fructueuses, ce que la plupart sont incapables de faire.


Klee ne s’attache nullement à établir un parallélisme strict, qui a d’ailleurs de très fortes limitations, entre le monde des sons et celui de la vue. Si quelque leçon doit être apprise de lui, c’est que les deux mondes ont leur spécificité et que la relation entre eux peut être seulement de nature structurale.


 
La machine à gazouiller
[La Machine à gazouiller] a du reste conduit quelques musiciens à imaginer ce que pourrait être la musique écrite pour elle et comment elle sonnerait ! À mon avis, cette machine fonctionne mieux dans le silence parce que nous pouvons y concevoir nombre de sons et de combinaisons extraordinaires que leur transposition dans la réalité tuerait sans pitié.


Jusqu’à ma rencontre avec Paul Klee je ne raisonnais qu’en musicien, ce qui n’est pas toujours le meilleur moyen d’y voir clair.


Klee, à un moment donné, a beaucoup travaillé à partir de l’échiquier. L’on pourrait se demander s’il n’était pas obsédé par le jeu d’échecs. Non point, mais il trouvait dans l’échiquier un thème très dense, très en rapport avec l’univers musical, celui de la division du temps et de l’espace, je veux dire une division à l’horizontale : le temps, et à la verticale : l’espace. Que se passe-t-il lorsqu’on lit une partition ? Le temps est horizontal, il va toujours de la gauche vers la droite.


La ligne n’est pas la ligne parfaite, mais une approximation de la ligne ; la main n’a pas à concurrencer une règle, elle produit sa propre déviation, sa propre distorsion ; le cercle n’est pas le cercle parfait, mais un cercle, un cercle tracé à la main, pour lequel il a refusé le compas, un cercle parmi cent autres, qui possède l’autonomie merveilleuse de sa propre déviance. On a en même temps la géométrie et la déviation de la géométrie, le principe et la transgression du principe. Je considère que c’est la plus importante des leçons de Klee.


Tout le génie de Paul Klee est là : partir d’une problématique très simple et parvenir à une poétique d’une force remarquable où la problématique est totalement absorbée. Autrement dit, son principe de base est primordial, mais son imagination poétique, loin d’être appauvrie par la réflexion sur un problème technique, ne cesse au contraire de s’enrichir. Pour moi, c’est la plus grande des leçons : ne pas craindre de réduire parfois les phénomènes de l’imagination à des problèmes élémentaires, « géométrisés » en quelque sorte. La réflexion sur le problème, sur la fonction, amène la poétique à acquérir des richesses qu’elle n’aurait pas même soupçonnées si l’on n’avait fait que laisser libre cours à l’imagination.


Points de repère, 1995-2005Modifier

  

I. ImaginerModifier

  


II. Regards sur autruiModifier

  

  • Regards sur autrui, Pierre Boulez [textes réunis et présentés par Jean-Jacques Nattiez et Sophie Galaise], éd. Christian Bourgois, 2005  (ISBN 9782267017502), p. .


III. Leçons de musiqueModifier

  

L'idée n'existe pas avant d'avoir pris conscience de ses possibilités de réalisation.
  • « Idée, réalisation, métier », dans Leçons de musique, Pierre Boulez [textes réunis et établis par Jean-Jacques Nattiez], éd. Christian Bourgois, 2005  (ISBN 9782267017571), p. 71


[…] l'idée une fois réalisée ne se laisse plus réellement déchiffrer. Si nous essayons de refaire le chemin qui mène de l'idée à la réalisation, nous n'appréhendrons jamais le motif profond : il est brûlé par la réalisation ; il est brûlé, il a donc disparu en tant que tel pour devenir une œuvre. Une œuvre réelle est anéantissement du désir premier de l'œuvre ; elle est à la fois dépassement de l'idée première et sa négation.
  • Leçons de musique, Pierre Boulez [textes réunis et établis par Jean-Jacques Nattiez], éd. Christian Bourgois, 2005  (ISBN 9782267017571), p. 71


Autres citationsModifier

Citations surModifier

C’est un grand mérite de Pierre Boulez d’avoir compris que la recherche devait se faire tous azimuts, et que des dizaines de problèmes scientifiques devaient être résolus pour que le musicien atteigne une nouvelle puissance créatrice. Et c’est maintenant, après des dizaines d’années de recherches, que compositeurs et musiciens peuvent vraiment en profiter. Tous savent ce qu’ils doivent à Pierre Boulez.


Voir aussiModifier

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