Différences entre les versions de « Vladimir Nabokov »

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==== L'Art de la littérature et le bon sens ====
{{citation|citation=La couleur d'un credo, d'une cravate, des yeux, des pensées, des manières, des propos, est assurée de rencontrer quelque part dans le temps ou dans l'espace l'hostilité fatale d'une populace qui hait cette teinte particulière. Et plus l'individu est brillant, plus il est près du bûcher. ''Etranger'' rime toujours avec ''danger''. Le doux prophète, l'enchanteur dans sa grotte, l'artiste révolté, l'écolier différent des autres, tous partagent le même péril sacré. Et cela étant, bénissons-les, bénissons les dissidents, car dans l'évolution naturelle des choses le singe ne serait peut-être jamais devenu un homme si un dissident n'était pas apparu dans la famille. Quiconque dans l'esprit est assez fier pour ne pas se développer suivant un shéma invariable, a, en secret, une bombe derrière la tête ; et je vous propose, histoire de s'amuser un peu, de prendre cette bombe, et de la laisser tomber soigneusement sur la cité modèle du bon sens. Dans la brillante lumière de l'explosion qui s'ensuivra apparaîtront nombre de choses ; nos sens les plus rares supplanteront un bref instant le sens vulgaire dominant, qui tord le cou de Sinbad durant le match de catch entre le moi adopté et le moi profond. Je mélange allègrement les métaphores, car c'est exactement ce pour quoi elles sont faites lorsqu'elles suivent le cours de leurs secrètes correspondances, ce qui, du point de vue d'un écrivain, est le premier résultat positif de la déroute du bon sens.}}
{{citation|citation=.}}
{{Réf Livre|titre=Littératures|auteur=Vladimir Nabokov|éditeur=Robert Laffont|année=2010|année d'origine=1980|page=292485|collection=Bouquins|partie=Littératures I|section=L'Art de la littérature et le bon sens}}
 
{{citation|citation=<poem>Je me souviens d'un dessin où l'on voyait un ramoneur, qui tombait du toit d'un haut immeuble, remarquer en passant une faute d'orthographe sur une enseigne et se demander, tout en poursuivant sa chute, pourquoi personne n'avait pensé à la corriger. En un sens, nous faisons tous le même plongeon mortel, du haut de l'étage supérieur de notre naissance jusqu'aux dalles plates du cimetière, et en compagnie d'une immortelle Alice au pays des merveilles, nous nous étonnons de ce que nous voyons défiler sur les murs. Cette capacité de s'étonner devant des petites choses en dépit du péril imminent, ces à-côtés de l'esprit, ces notes au bas des pages du livre de la vie, constituent les formes les plus hautes de la conscience, et c'est dans cet état d'esprit naïvement spéculatif, si différent du bon sens et de sa logique, que nous savons que le monde est bon.
Dans ce monde divinement absurde de l'esprit, les symboles mathématiques ne prospèrent pas. Leur mécanisme, quelque bien huilés qu'en soient les rouages, avec quelque application qu'ils singent les circonvolutions de nos rêves et les quanta de nos associations d'idées, ne peuvent jamais exprimer réellement ce qui est si profondément étranger à leur nature, considérant que rien n'enchante davantage un esprit créateur que d'accorder à un détail apparemment incongru la suprématie sur une généralisation apparemment dominante. De l'instant où l'on éjecte le bon sens en même temps que sa machine à calculer, les chiffres cessent de troubler l'esprit. Les statistiques retroussent leurs jupons et s'enfuient à toutes jambes.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Littératures|auteur=Vladimir Nabokov|éditeur=Robert Laffont|année=2010|année d'origine=1980|page=486|collection=Bouquins|partie=Littératures I|section=L'Art de la littérature et le bon sens}}
 
{{citation|citation=Les fous ne sont fous que parce qu'ils ont profondément et imprudemment démantelé un monde familier, mais n'ont pas le pouvoir – ou ont perdu le pouvoir – d'en créer un nouveau aussi harmonieux que l'ancien. L'artiste, lui, désassemble ce qu'il choisit de désassembler, et, ce faisant, a conscience du fait que quelque chose en lui a conscience du résultat final. Lorsqu'il examine son chef-d'oeuvre terminé, il sait que, malgré l'inconsciente opération mentale qui a accompagné le grand saut créateur, ce résultat final est l'achèvement d'un plan défini, qui était contenu dans le choc initial.}}
{{Réf Livre|titre=Littératures|auteur=Vladimir Nabokov|éditeur=Robert Laffont|année=2010|année d'origine=1980|page=491|collection=Bouquins|partie=Littératures I|section=L'Art de la littérature et le bon sens}}
 
{{citation|citation=Le passage du stade de dissociation au stade d'association est marqué par une sorte de frisson spirituel qu'on baptise du terme très vague d' ''inspiration''.}}
{{Réf Livre|titre=Littératures|auteur=Vladimir Nabokov|éditeur=Robert Laffont|année=2010|année d'origine=1980|page=492|collection=Bouquins|partie=Littératures I|section=L'Art de la littérature et le bon sens}}
 
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