« Charles-Augustin Sainte-Beuve » : différence entre les versions

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== Citations ==
=== ''Portraits de Femmes'', 1844 ===
 
==== ''Avertissement'' ====
{{citation|citation=[...] il est impossible d'essayer de parler des femmes sans se mettre d'abord en goût et comme en humeur par Mme de Sévigné. Cela tient lieu d'une de ces invocations ou libations qu'on aurait faites dans l'antiquité à la pure source des grâces. [1845]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=37|section=Avertissement|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant le livre de M. Delécluse ====
{{citation|citation=Quelque agités que soient les temps où l'on vit, quelque corrompus ou quelque arides qu'on les puisse juger, il est toujours certains livres exquis et rares qui trouvent moyen de naître ; il est toujours des coeurs de choix pour les produire délicieusement dans l'ombre, et d'autres coeurs épars çà et là pour les recueillir. Ce sont des livres qui ne ressemblent pas à des livres, et qui quelquefois même n'en sont pas ; ce sont de simples et discrètes destinées jetées par le hasard dans des sentiers de traverse, hors du grand chemin poudreux de la vie, et qui de là, lorsqu'en s'égarant soi-même on s'en approche, vous saisissent par des parfums suaves et des fleurs toutes naturelles, dont on croyait l'espèce disparue. [Juillet 1832]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=60|section=Du Roman intime ou mademoiselle de Liron|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant Adélaïde de Souza ====
{{citation|citation=On aurait tort de croire qu'il y a faiblesse et perte d'esprit à regretter ces agréments envolés, ces fleurs qui n'ont pu naître, ce semble, qu'à l'extrême saison d'une société d'aujourd'hui détruite. Les peintures nuancées dont nous parlons supposent un goût et une culture d'âme que la civilisation démocratique n'aurait pas abolis sans inconvénient pour elle-même, s'il ne devait renaître dans les moeurs nouvelles quelque chose d'analogue un jour. La société moderne, lorsqu'elle sera un peu mieux assise et débrouillée, devra avoir aussi son calme, ses coins de fraîcheur et de mystère, ses abris propices aux sentiments perfectionnés, quelques forêts un peu antiques, quelques sources ignorées encore. Elle permettra, dans son cadre en apparence uniforme, mille distinctions de pensées et bien des formes rares d'existences intérieures ; sans quoi elle serait sur un point très au-dessous de la civilisation précédente et ne satisferait que médiocrement toute une famille d'âmes. [Mars 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=82|section=Madame de Souza|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=On était à la veille de la Révolution, quand ce charmant volume fut composé ; en 93, à Londres, au milieu des calamités et des gênes, l'auteur le publia. Cette Adèle de Sénange parut dans ses habits de fête, comme une vierge de Verdun échappée au massacre, et ignorant le sort de ses compagnes. [Mars 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=85|section=Madame de Souza|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=''Charles et Marie'' est un gracieux et touchant petit roman anglais, un peu dans le goût de Miss Burney. Le paysage de parcs et d'élégants cottages, les moeurs, les ridicules des ladies chasseresses ou savantes, la sentimentalité languissante et pure des amants, y composent un tableau achevé qui marque combien ce séjour en Angleterre a inspiré naïvement l'auteur. [Mars 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=87|section=Madame de Souza|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant Claire de Duras ====
{{citation|citation=Il y avait entre les cercles doctrinaires studieux, raisonneurs, bien nobles alors assurément, mais surtout fructueux, et les cercles purement aristocratiques et frivoles, il y avait un intervalle fort marqué, un divorce obstiné et complet ; d'un côté les lumières, les idées modernes, de l'autre le charme ancien, séparés par des prétentions et une morgue réciproque. En quelque endroit pourtant la conciliation devait naître et s'essayer. De même que du sein des rangs royalistes une voix éloquente s'élevait par accès, qui conviait à une chevaleresque alliance la légitimité et la liberté, et qui, dans l'ordre politique, invoquait un idéal de monarchie selon la Charte, de même, tout à côté, et avec plus de réussite, dans la haute compagnie, il se trouvait une femme rare, qui opérait naturellement autour d'elle un compromis merveilleux entre le goût, le ton d'autrefois et les puissances nouvelles. Le salon de Mme de Duras, sa personne, son ascendant, tout ce qui s'y rattache, exprime, on ne saurait mieux, l'époque de la Restauration par un aspect de grande existence encore et d'accès à demi aplani, par un composé d'aristocratie et d'affabilité, de sérieux sans pesanteur, d'esprit brillant et surtout non vulgaire, semi-libéral et progressif insensiblement, par toute cette face d'illusions et de transactions dont on avait ailleurs l'effort et la tentative, et dont on ne sentait là que la grâce. C'à été une des productions naturelles de la Restauration, comme ces îles de fleurs formées un moment sur la surface d'un lac, aux endroits où aboutissent, sans trop se heurter, des courants contraires. On a comparé toute la construction un peu artificielle de l'édifice des quinze ans à une sorte de terrasse de Saint-Germain, au bas de laquelle passait sur la grande route le flot populaire, qui finit par la renverser : il y eut sur cette terrasse un coin, et ce ne fut pas le moins attrayant d'ombrage et de perspective, qui mérite de garder le nom de Mme de Duras : il a sa mention assurée dans l'histoire détaillée de ces temps. [Juin 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=105|section=Madame de Duras|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=L'idée d' ''Ourika'', d' ''Edoudard'', et probablement celle qui anime les autres écrits de Mme de Duras, c'est une idée d'inégalité, soit de nature, soit de position sociale, une idée d'empêchement, d'obstacle entre le désir de l'âme et l'objet mortel ; c'est quelque-chose qui manque et qui dévore, et qui crée une sorte d'envie sur la tendresse ; c'est la laideur et la couleur d'Ourika, la naissance d'Edouard ; mais, dans ces victimes dévorées et jalouses, toujours la générosité triomphe. L'auteur de ces touchants récits aime à exprimer l'impossible et briser les coeurs qu'il préfère, les êtres chéris qu'il a formés : le ciel seulement s'ouvre à la fin pour verser quelque rosée qui rafraîchit. [Juin 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=112|section=Madame de Duras|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Sauf ''Eugénie et Mathilde'', les romans de Mme de Souza appartiennent au dix-huitième siècle vu de l'Empire. Les romans de Mme de Duras, au contraire, sont bien de la Restauration, écho d'une lutte non encore terminée, avec le sentiment de grandes catastrophes en arrière. Une de ses pensées habituelles était que, pour ceux qui ont subi jeunes la Terreur, le bel âge a été flétri, qu'il n'y a pas eu de jeunesse, et qu'ils porteront jusqu'au tombeau cette mélancolie première. [Juin 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=116|section=Madame de Duras|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant [[Germaine de Staël|Germaine de Staël]] ====
{{citation|citation=On aime, après les révolutions qui ont changé les sociétés, et sitôt les dernières pentes descendues, à se retourner en arrière, et, aux divers sommets qui s'étagent à l'horizon, à voir s'isoler et se tenir, comme les divinités des lieux, certaines grandes figures. Cette personnification du génie des temps en des individus illustres, bien qu'assurément favorisée par la distance, n'est pourtant pas une pure illusion de perspective : l'éloignement dégage et achève ces points de vue, mais ne les crée pas. Il est des représentants naturel et vrais pour chaque moment social ; mais, d'un peu loin seulement, le nombre diminue, le détail se simplifie, et il ne reste qu'une tête dominante : Corinne, vue d'un peu loin, se détache mieux au cap Misène. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=125|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=[...] l'existence de [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] est dans son entier comme un grand empire qu'elle est sans cesse occupée, non moins que cet autre conquérant, son contemporain et son oppresseur, à compléter et à augmenter. Mais ce n'est pas dans un sens matériel qu'elle s'agite ; ce n'est pas une province après une province, un royaume après un autre, que son activité infatigable convoite et entasse : c'est dans l'ordre de l'esprit qu'elle s'épand sans cesse ; c'est la multiplicité des idées élevées, des sentiments profonds, des relations enviables, qu'elle cherche à organiser en elle, autour d'elle. Oui, en ses années de vie entière et puissante, instinctivement et par l'effet d'une sympathie, d'une curiosité impétueuse, elle aspirait à une vaste cour, à un empire croissant d'intelligence et d'affection, où rien d'important ou de gracieux ne fût omis, où toutes les distinctions de talent, de naissance, de patriotisme, de beauté, eussent leur trône sous ses regards : comme une impératrice de la pensée, elle aimait à enserrer dans ses libres domaines tous les apanages. Quand Bonaparte la frappa, il en voulait confusément à cette rivalité qu'elle affectait sans s'en rendre compte elle-même. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=129|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Ses écrits [...], dans l'imperfection même de beaucoup de détails, dans la succession précipitée des aperçus et le délié des mouvements, ne traduisent souvent que mieux sa pensée subtile, son âme respirante et agitée ; et puis, comme art, comme poëme, le roman de ''Corinne'', à lui seul, présenterait un monument immortel. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=131|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Elle écrivit à quinze ans des extraits de l' ''Esprit des Lois'', avec des réflexions ; à cet âge, en 1781, lors de l'apparition du Compte-rendu, elle adressa à son père une lettre anonyme où son style la fit reconnaître. Mais ce qui prédominait surtout en elle, c'était cette sensibilité qui, vers la fin du dix-huitième siècle, et principalement par l'influence de [[Jean-Jacques Rousseau|Jean-Jacques]], devint régnante sur les jeunes coeurs, et qui offrait un si singulier contraste avec l'analyse excessive et les prétentions incrédules du reste de l'époque. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=132|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Il y a une inspiration antique dans cette figure de jeune femme qui s'élance pour parler à un peuple, le pied sur des décombres tout fumants. Il y a de plus une grande sagacité politique et une entente de la situation réelle, dans les conseils déjà mûrs qui lui échappent sous cet accent passionné. Témoin des succès audacieux du fanatisme, [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] le déclare la plus redoutable des forces humaines ; elle l'estime inévitable dans la lutte et nécessaire au triomphe en temps de révolution, mais elle le voudrait à présent circonscrire dans le cercle régulier qui s'est fait autour de lui. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=143|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Il n'est pas en révolution de période plus heureuse, selon elle, c'est-à-dire plus à la merci des efforts et des sacrifices intelligents, que celle où le fanatisme s'applique à vouloir l'établissement d'un gouvernement dont on n'est plus séparé, si les esprits sages y consentent, par aucun nouveau malheur. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=143|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Un ordre de police la rejetait à quarante lieues de Paris: instinctivement, opiniâtrement, comme le noble coursier au piquet, qui tend en tous sens son attache, comme la mouche abusée qui se brise sans cesse à tous les points de la vitre en bourdonnant, elle arrivait à cette fatale limite, à Auxerre, à Châlons, à Blois, à Saumur. Sur cette circonférence qu'elle décrit et qu'elle essaye d'entamer, sa marche inégale avec ses amis devient une stratégie savante ; c'est comme une partie d'échecs qu'elle joue contre Bonaparte et Fouché représentés par quelque préfet plus ou moins rigoriste. Quand elle peut s'établir à Rouen, la voilà, dans le premier instant, qui triomphe, car elle a gagné quelques lieues sur le rayon géométrique. Mais ces villes de province offraient peu de ressources à un esprit si actif, si jaloux de l'accent et des paroles de la pure Athènes. Le mépris des petitesses et du médiocre en tout genre la prenait à la gorge, la suffoquait ; elle vérifiait et commentait à satiété la jolie pièce de Picard [...]. Enfin, grâce à la tolérance de Fouché, qui avait pour principe de faire le moins de mal possible quand c'était inutile, il y eut moyen de s'établir à dix-huit lieues de Paris (quelle conquête !), à Acosta, terre de Mme de Castellane ; elle surveillait de là l'impression de ''Corinne''. En renvoyant les ''épreuves'' du livre, elle devait répéter souvent, comme Ovide : « Va, mon livre, heureux livre, qui iras à la ville sans moi ! » — « Oh ! le ruisseau de la rue du Bac ! » s'écriait-elle quand on lui montrait le miroir du Léman. A Acosta, comme à Coppet, elle disait ainsi ; elle tendait plus que jamais les mains vers cette rive si prochaine. L'année 1806 lui sembla trop longue pour que son imagination tint à un pareil supplice, et elle arriva à Paris un soir, n'amenant ou ne prévenant qu'un très-petit nombre d'amis. Elle se promenait chaque soir et une partie de la nuit à la clarté de la lune, n'osant sortir le jour. Mais il lui prit, durant cette aventureuse incursion, une envie violente qui la caractérise, un caprice, par souvenir, de voir une grande dame, ancienne amie de son père Mme de Tessé, celle même qui disait : «S i j'étais reine, j'ordonnerais à [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] de me parler toujours. » Cette dame pourtant, alors fort âgée, s'effraya à l'idée de recevoir Mme de Staël proscrite, et il résulta de la démarche une série d'indiscrétions qui firent que Fouché fut averti. Il fallut vite partir, et ne plus se risquer désormais à ces promenades au clair de lune, le long des quais, du ruisseau favori et autour de cette place Louis XV si familière à Delphine. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=193|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Laissons le temps s'écouler, l'auréole se former de plus en plus sur ces collines, les cimes, de plus en plus touffues, murmurer confusément les voix du passé, et l'imagination lointaine embellir un jour, à souhait, les troubles, les déchirements des âmes, en ces Edens de la gloire. [Mai 1835]|précisions=A propos de Coppet}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=203|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Corinne a beau resplendir par instants comme la prêtresse d'Apollon, elle a beau être, dans les rapports habituels de la vie, la plus simple des femmes, une femme gaie, mobile, ouverte à mille attraits, capable sans effort du plus gracieux abandon ; malgré toutes ces ressources du dehors et de l'intérieur, elle n'échappera point à elle-même. Du moment ''qu'elle se sent saisie par la passion, par cette griffe de vautour sous laquelle le bonheur et l'indépendance succombent'', j'aime son impuissance à se consoler, j'aime son sentiment plus fort que son génie, son invocation fréquente à la sainteté et à la durée des liens qui seuls empêchent les brusques déchirements, et l'entendre, à l'heure de mourir, avouer en son chant du cygne : « De toutes les facultés de l'âme que je tiens de la nature, celle de souffrir est la seule que j'aie exercée tout entière. » [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=205|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=La passion divine d'un être qu'on ne peut croire imaginaire introduit, le long des cirques antiques, une victime de plus, qu'on n'oubliera jamais ; le génie, qui l'a tirée de son sein, est un vainqueur de plus, et non pas le moindre dans cette cité de tous les vainqueurs. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=206|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant Horace ====
{{citation|citation=Horace aime à poser sa Vénus près des lacs d'Albane, en marbre blanc, sous des lambris de citronnier : ''sub trabe citrea''. Volontiers certains petits livres, nés de Vénus et chers à la grâce, se cachent ainsi parfumés dans leurs tablettes de bois de palissandre. [15 Mars 1839]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=490|section=Madame de Charrière|ISBN=2-07-039493-X}}
 
=== ''Portraits littéraires'' ===
==== Concernant [[André Chénier]] ====
{{citation|citation=Une voix pure, mélodieuse et savante, un front noble et triste, le génie rayonnant de jeunesse, et parfois, l'oeil voilé de pleurs ; la volupté dans toute sa fraîcheur et sa décence ; la nature dans ses fontaines et ses ombrages ; une flûte de buis, un archet d'or, une lyre d'ivoire ; le beau pur, en un mot, voilà [[André Chénier]].}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=33|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=[[André Chénier|Chénier]] était un païen aimable, croyant à Vénus, aux Muses ; un Alcibiade candide et modeste, nourri de poésie, d'amitié et d'amour.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=21|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=<poem>[[André Chénier]] nous a dit le secret de son âme : sa vie ne fut pas une vie de plaisir, mais d'art, et tendait à se purifier de plus en plus.
[...] il rêvait, aux bords de la Marne, quelque retraite indépendante et pure, quelque ''saint loisir'', où les beaux-arts, la poésie, la peinture (car il peignait volontiers), le consoleraient des voluptés perdues, et où l'entoureraient un petit nombre d'amis de son choix.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=34|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Suivant [[André Chénier]], ''l'art ne fait pas que des vers, le coeur seul est poète'' ; mais cette pensée si vraie ne le détournait pas, aux heures de calme et de paresse, d'amasser par des études exquises ''l'or et la soie qui devait passer en ses vers'' [...]. L'analyse la plus fine, les préceptes de composition les plus intimes, s'y transforment sous ses doigts, s'y couronnent de grâce, y reluisent d'images et s'y modulent comme un chant.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=34|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Il compare sa muse jeune et légère à l'harmonieuse cigale, ''amante des buissons'', et s'il est triste, si ''sa main imprudente a tari son trésor'', si sa maîtresse lui a fermé, ce soir-là, le ''seuil inexorable'', une visite d'ami, un sourire de ''blanche voisine'', un livre entrouvert, un rien le distrait, l'arrache à sa peine.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=35|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[Denis Diderot|Diderot]] ====
{{citation|citation=<poem>[[Denis Diderot|Diderot]] fut cet homme, moule vaste et bouillonnant où tout se fond, où tout se broie, où tout fermente ; capacité la plus encyclopédique qui fût alors, mais capacité active, dévorante à la fois et vivifiante, animant, embrasant tout ce qui y tombe et le renvoyant au dehors dans des torrents de flamme et aussi de fumée ; Diderot passant d'une machine à bas qu'il démonte et décrit aux creusets de d'[[Paul Henri Thiry d'Holbach|Holbach]] et de Rouelle, aux considérations de Bordeu ; disséquant, s'il le veut, l'homme et ses sens aussi dextrement que Condillac, dédoublant le fil de cheveu le plus ténu sans qu'il se brise, puis tout d'un coup rentrant au sein de l'être, de l'espace, de la nature et taillant en plein dans la grande géométrie métaphysique quelques larges lambeaux, quelques pages sublimes et lumineuses que Malebranche ou Leibniz auraient pu signer avec orgueil s'ils n'eussent été chrétiens ; esprit d'intelligence, de hardiesse et de conjecture, alternant du fait à la rêverie, flottant de la majesté au cynisme, bon jusque dans son désordre, un peu mystique dans son incrédulité et auquel il n'a manqué, comme à son siècle, pour avoir l'harmonie, qu'un rayon divin, un ''fiat lux'', une idée régulatrice, un Dieu.
Entre [[Voltaire]], [[Georges-Louis Leclerc de Buffon|Buffon]], [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] et d'Holbach, entre les chimistes et les beaux esprits, entre les géomètres, les mécaniciens et les littérateurs, entre ces derniers et les artistes, sculpteurs ou peintres, entre les défenseurs du goût ancien et les novateurs comme Sedaine, Diderot fut un lien. Il était bien propre à être le centre mobile, le pivot du tourbillon ; à mener la ligue à l'attaque avec concert, inspiration et quelque chose de tumultueux et de grandiose dans l'allure.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=54|partie=[[Denis Diderot|Diderot]]|section=Juin 1831. ''Portraits littéraires'', t. I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
=== Interventions dans ''Premiers lundis'' ===
==== Concernant [[Giacomo Casanova|Casanova]] ====
{{citation|citation=Nulle part il ne rencontre de ces amantes acharnées qui s'attachent violemment à leur proie et ne lâchant pas volontiers leur infidèle ; nulle part de ces ''fornarina'' échevelées et menaçantes, comme [[George Gordon Byron|Byron]] en affronta à Venise ; nulle part non plus de ces êtres gracieusement débiles qui meurent d'un abandon.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=20|partie=[[Giacomo Casanova]]|section=18 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
=== Interventions dans ''Causeries du lundi'' ===
==== Concernant [[Honoré de Balzac|Balzac]] ====
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=10|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
=== Interventions dans ''MesNouveaux Poisonslundis'', 1926 ===
==== ''En guiseConcernant de préface''Vigny ====
{{citation|citation=Il est des sources dites autrefois merveilleuses dans lesquelles, si l'on plonge une baguette, un rameau vert, on ne les retire que chargés de sels brillants et à facettes, d'aiguilles diamantées, d'incrustations élégantes et bizarres : c'est à croire à une magie, à un jeu de la nature. L'esprit de M. de Vigny ressemblait à ces sources : on n'y introduisait impunément aucun fait, aucune particularité positive, aucune anecdote réelle ; elles en ressortaient tout autres et méconnaissables pour celui même qui les y avait fait entrer.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=176|partie=Alfred de Vigny|section=15 avril 1864. ''Nouveaux lundis'', t. VI|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
=== Interventions dans ''Premiers lundis'' ===
==== Concernant [[Giacomo Casanova|Casanova]] ====
{{citation|citation=Nulle part il ne rencontre de ces amantes acharnées qui s'attachent violemment à leur proie et ne lâchant pas volontiers leur infidèle ; nulle part de ces ''fornarina'' échevelées et menaçantes, comme [[George Gordon Byron|Byron]] en affronta à Venise ; nulle part non plus de ces êtres gracieusement débiles qui meurent d'un abandon.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=20|partie=[[Giacomo Casanova]]|section=18 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
=== ''Mes Poisons'' ===
'''Préface'''
{{citation|citation=Si l'on se mettait à se dire tout haut les vérités, la société ne tiendrait pas un seul instant ; elle croulerait de fond en comble avec un épouvantable fracas comme le temple des Philistins sous les bras de Samson, comme ces galeries souterraines des mines ou ces passages périlleux des montagnes où il ne faut pas élever la voix sous peine d'avalanches.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=9|chapitre=I. En guise de préface|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant lui-mêmel'amour et les femmes ====
{{citation|citation=<poem>1864.
{{citation|citation=Au fond, je suis un homme très précis, très positif, et du moment que l'amour n'a plus été là, j'ai vu juste.}}
Le plaisir crée une franc-maçonnerie charmante. Ceux qui y sont profès se reconnaissent d'un clin d'oeil, s'entendent sans avoir besoin de paroles, et il se passe là de ces choses imprévues, sans prélude et sans suites, de ces hasards de rencontre et de mystère qui échappent au récit, mais qui remplissent l'imagination et qui sont un des enchantements de la vie. Ceux qui y ont goûté n'en veulent plus d'autres.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=21|chapitre=II. Sur lui-même|ISBN=2-7103-2862-3}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=78|chapitre=VIII. Sur l'amour et les femmes|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>Si j'avais un jeune ami à instruire de mon expérience, je lui dirais : — Aimez une coquette, une dévote, une sotte, une grisette, une duchesse. Vous pourrez réussir, et la dompter, la réduire. Mais si vous cherchez quelque bonheur dans l'amour, n'aimez jamais une muse. Là où vous croirez trouver son coeur, vous ne rencontrerez que son talent.
{{citation|citation=Au fond, qu'aimerais-je mieux ? ou passer la fin de mes jours dans la solitude raffinée, égoïste et pensive de [[Emmanuel-Joseph Sieyès|Sieyès]], ou vieillir et mourir dans la prostitution banale de La Fayette ?}}
N'aimez pas Corinne — et surtout si Corinne n'est point encore montée au Capitole ; car le Capitole alors est au dedans, et à tout propos, sur tout sujet (et même les plus doux sujets), elle y monte.
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=25|chapitre=II. Sur lui-même|ISBN=2-7103-2862-3}}
Tout amant préfère le sentier, mais Corinne aime la voie romaine.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=80|chapitre=VIII. Sur l'amour et les femmes|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Mme Ancelot, rance et mielleuse, me fait l'effet d'un vieux sirop jaune oublié depuis longtemps dans sa fiole. Ouah ! j'aime cent fois mieux du vinaigre.}}
{{citation|citation=La plupart des hommes célèbres meurent dans un véritable état de prostitution.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=2582|chapitre=IIVIII. Sur lui-mêmel'amour et les femmes|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== ''JugementsConcernant divers''[[Honoré de Balzac|Balzac]] ====
{{citation|citation=Henri IV a conquis son royaume ville à ville. M. de [[Honoré de Balzac|Balzac]] a conquis son public maladif infirmités par infirmités (aujourd'hui les femmes de trente ans, demain celles de cinquante, après-demain les chlorotiques, dans ''Claës'' les contrefaits). Nulle part il est question de santé.}}
{{citation|citation=Le vice moderne qui a fait le plus de mal peut-être dans ces derniers temps, a été la phrase, la déclamation, les grands mots dont jouaient les uns, ou que prenaient au sérieux les autres, que prenaient au sérieux ceux mêmes qui en jouaient...}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=30117|chapitre=IIIXVI. JugementsSur divers[[Honoré de Balzac|Balzac]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant Victor Cousin ====
{{citation|citation=<poem>Anecdotes sur [[François-René de Chateaubriand|Chateaubriand]] et ses deux Floridiennes, sur [[George Gordon Byron|Byron]] et ses deux Albanais.
{{citation|citation=L'article de Cousin sur les femmes du dix-septième a eu grand succès ; c'est plein de talent d'expression, de vivacité et de traits ; pourtant, c'est choquant pour qui a du goût (mais si peu en ont !) ; il traite ces femmes comme il ferait les élèves dans un cours de philosophie ; il les régente, il les range ; toi d'abord, toi ensuite ; Jacqueline par ici, la Palatine par là ; il les classe, il les clique, il les claque ; il leur déclare comme faveur suprême qu'il les admet. Tout cela manque de délicatesse. Quand on parle des femmes, il me semble que ce n'est point là la véritable question à se faire et qu'il serait mieux de se demander tout bas, non pas si on daignera les accueillir, mais si elles vous auraient accueilli.}}
Oserai-je jamais moi-même imprimer cela ? Quand on arrive à une certaine note de vérité, on offense les gens jusqu'à les faire crier : ils vous lapideraient, s'ils pouvaient.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=3066|chapitre=IIIIV. JugementsSur diversVictor Cousin|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>Mars 1848.
[[Alphonse de Lamartine|Lamartine]] règne et plane, [[Victor Hugo|Hugo]] patauge.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=32|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>La prose de [[Alfred de Musset|Musset]] est charmante, au rebours de celle de [[Victor Hugo]] qui ne peut se relire.
— Essayez, si vous pouvez, de relire ''Notre-Dame de Paris''.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=32|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=[[Théophile Gautier]], qui a une figure assez agréable, assez noble, la chevelure parfumée, le gilet écarlate, a l'haleine gâtée, détestable : ainsi dans sa poésie, à travers toutes les couleurs et les formes spécieuses, il revient toujours un petit souffle fétide, qui corrompt.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=40|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Les défauts de [[Victor Hugo|Hugo]] sont déjà énormes et, comme s'il avait peur qu'on ne les vît pas il les a placés entre deux miroirs grossissants, [[Théophile Gautier|Gautier]] et Vacquerie.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=41|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant Victor Hugo ====
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=63|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant Victor Cousinlui-même ====
{{citation|citation=Au fond, je suis un homme très précis, très positif, et du moment que l'amour n'a plus été là, j'ai vu juste.}}
{{citation|citation=L'article de Cousin sur les femmes du dix-septième a eu grand succès ; c'est plein de talent d'expression, de vivacité et de traits ; pourtant, c'est choquant pour qui a du goût (mais si peu en ont !) ; il traite ces femmes comme il ferait les élèves dans un cours de philosophie ; il les régente, il les range ; toi d'abord, toi ensuite ; Jacqueline par ici, la Palatine par là ; il les classe, il les clique, il les claque ; il leur déclare comme faveur suprême qu'il les admet. Tout cela manque de délicatesse. Quand on parle des femmes, il me semble que ce n'est point là la véritable question à se faire et qu'il serait mieux de se demander tout bas, non pas si on daignera les accueillir, mais si elles vous auraient accueilli.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=6621|chapitre=IVII. Sur Victor Cousinlui-même|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Au fond, qu'aimerais-je mieux ? ou passer la fin de mes jours dans la solitude raffinée, égoïste et pensive de [[Emmanuel-Joseph Sieyès|Sieyès]], ou vieillir et mourir dans la prostitution banale de La Fayette ?}}
==== Concernant l'amour et les femmes ====
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=25|chapitre=II. Sur lui-même|ISBN=2-7103-2862-3}}
{{citation|citation=<poem>1864.
Le plaisir crée une franc-maçonnerie charmante. Ceux qui y sont profès se reconnaissent d'un clin d'oeil, s'entendent sans avoir besoin de paroles, et il se passe là de ces choses imprévues, sans prélude et sans suites, de ces hasards de rencontre et de mystère qui échappent au récit, mais qui remplissent l'imagination et qui sont un des enchantements de la vie. Ceux qui y ont goûté n'en veulent plus d'autres.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=78|chapitre=VIII. Sur l'amour et les femmes|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=La plupart des hommes célèbres meurent dans un véritable état de prostitution.}}
{{citation|citation=<poem>Si j'avais un jeune ami à instruire de mon expérience, je lui dirais : — Aimez une coquette, une dévote, une sotte, une grisette, une duchesse. Vous pourrez réussir, et la dompter, la réduire. Mais si vous cherchez quelque bonheur dans l'amour, n'aimez jamais une muse. Là où vous croirez trouver son coeur, vous ne rencontrerez que son talent.
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=25|chapitre=II. Sur lui-même|ISBN=2-7103-2862-3}}
N'aimez pas Corinne — et surtout si Corinne n'est point encore montée au Capitole ; car le Capitole alors est au dedans, et à tout propos, sur tout sujet (et même les plus doux sujets), elle y monte.
Tout amant préfère le sentier, mais Corinne aime la voie romaine.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=80|chapitre=VIII. Sur l'amour et les femmes|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Mme Ancelot, rance et mielleuse, me fait l'effet d'un vieux sirop jaune oublié depuis longtemps dans sa fiole. Ouah ! j'aime cent fois mieux du vinaigre.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=82|chapitre=VIII. Sur l'amour et les femmes|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant [[George Sand]] ====
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=114|chapitre=XV. Sur [[George Sand]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant''Jugements [[Honoré de Balzac|Balzac]]divers'' ====
{{citation|citation=Le vice moderne qui a fait le plus de mal peut-être dans ces derniers temps, a été la phrase, la déclamation, les grands mots dont jouaient les uns, ou que prenaient au sérieux les autres, que prenaient au sérieux ceux mêmes qui en jouaient...}}
{{citation|citation=Henri IV a conquis son royaume ville à ville. M. de [[Honoré de Balzac|Balzac]] a conquis son public maladif infirmités par infirmités (aujourd'hui les femmes de trente ans, demain celles de cinquante, après-demain les chlorotiques, dans ''Claës'' les contrefaits). Nulle part il est question de santé.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=11730|chapitre=XVIIII. SurJugements [[Honoré de Balzac|Balzac]]divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>Anecdotes sur [[François-René de Chateaubriand|Chateaubriand]] et ses deux Floridiennes, sur [[George Gordon Byron|Byron]] et ses deux Albanais.
Oserai-je jamais moi-même imprimer cela ? Quand on arrive à une certaine note de vérité, on offense les gens jusqu'à les faire crier : ils vous lapideraient, s'ils pouvaient.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=30|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>Mars 1848.
[[Alphonse de Lamartine|Lamartine]] règne et plane, [[Victor Hugo|Hugo]] patauge.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=32|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>La prose de [[Alfred de Musset|Musset]] est charmante, au rebours de celle de [[Victor Hugo]] qui ne peut se relire.
— Essayez, si vous pouvez, de relire ''Notre-Dame de Paris''.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=32|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=[[Théophile Gautier]], qui a une figure assez agréable, assez noble, la chevelure parfumée, le gilet écarlate, a l'haleine gâtée, détestable : ainsi dans sa poésie, à travers toutes les couleurs et les formes spécieuses, il revient toujours un petit souffle fétide, qui corrompt.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=40|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Les défauts de [[Victor Hugo|Hugo]] sont déjà énormes et, comme s'il avait peur qu'on ne les vît pas il les a placés entre deux miroirs grossissants, [[Théophile Gautier|Gautier]] et Vacquerie.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=41|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
=== ''Portraits de Femmes'' ===
==== ''Avertissement'' ====
{{citation|citation=[...] il est impossible d'essayer de parler des femmes sans se mettre d'abord en goût et comme en humeur par Mme de Sévigné. Cela tient lieu d'une de ces invocations ou libations qu'on aurait faites dans l'antiquité à la pure source des grâces. [1845]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=37|section=Avertissement|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant le livre de M. Delécluse ====
{{citation|citation=Quelque agités que soient les temps où l'on vit, quelque corrompus ou quelque arides qu'on les puisse juger, il est toujours certains livres exquis et rares qui trouvent moyen de naître ; il est toujours des coeurs de choix pour les produire délicieusement dans l'ombre, et d'autres coeurs épars çà et là pour les recueillir. Ce sont des livres qui ne ressemblent pas à des livres, et qui quelquefois même n'en sont pas ; ce sont de simples et discrètes destinées jetées par le hasard dans des sentiers de traverse, hors du grand chemin poudreux de la vie, et qui de là, lorsqu'en s'égarant soi-même on s'en approche, vous saisissent par des parfums suaves et des fleurs toutes naturelles, dont on croyait l'espèce disparue. [Juillet 1832]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=60|section=Du Roman intime ou mademoiselle de Liron|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant Claire de Duras ====
{{citation|citation=Il y avait entre les cercles doctrinaires studieux, raisonneurs, bien nobles alors assurément, mais surtout fructueux, et les cercles purement aristocratiques et frivoles, il y avait un intervalle fort marqué, un divorce obstiné et complet ; d'un côté les lumières, les idées modernes, de l'autre le charme ancien, séparés par des prétentions et une morgue réciproque. En quelque endroit pourtant la conciliation devait naître et s'essayer. De même que du sein des rangs royalistes une voix éloquente s'élevait par accès, qui conviait à une chevaleresque alliance la légitimité et la liberté, et qui, dans l'ordre politique, invoquait un idéal de monarchie selon la Charte, de même, tout à côté, et avec plus de réussite, dans la haute compagnie, il se trouvait une femme rare, qui opérait naturellement autour d'elle un compromis merveilleux entre le goût, le ton d'autrefois et les puissances nouvelles. Le salon de Mme de Duras, sa personne, son ascendant, tout ce qui s'y rattache, exprime, on ne saurait mieux, l'époque de la Restauration par un aspect de grande existence encore et d'accès à demi aplani, par un composé d'aristocratie et d'affabilité, de sérieux sans pesanteur, d'esprit brillant et surtout non vulgaire, semi-libéral et progressif insensiblement, par toute cette face d'illusions et de transactions dont on avait ailleurs l'effort et la tentative, et dont on ne sentait là que la grâce. C'à été une des productions naturelles de la Restauration, comme ces îles de fleurs formées un moment sur la surface d'un lac, aux endroits où aboutissent, sans trop se heurter, des courants contraires. On a comparé toute la construction un peu artificielle de l'édifice des quinze ans à une sorte de terrasse de Saint-Germain, au bas de laquelle passait sur la grande route le flot populaire, qui finit par la renverser : il y eut sur cette terrasse un coin, et ce ne fut pas le moins attrayant d'ombrage et de perspective, qui mérite de garder le nom de Mme de Duras : il a sa mention assurée dans l'histoire détaillée de ces temps. [Juin 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=105|section=Madame de Duras|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=L'idée d' ''Ourika'', d' ''Edoudard'', et probablement celle qui anime les autres écrits de Mme de Duras, c'est une idée d'inégalité, soit de nature, soit de position sociale, une idée d'empêchement, d'obstacle entre le désir de l'âme et l'objet mortel ; c'est quelque-chose qui manque et qui dévore, et qui crée une sorte d'envie sur la tendresse ; c'est la laideur et la couleur d'Ourika, la naissance d'Edouard ; mais, dans ces victimes dévorées et jalouses, toujours la générosité triomphe. L'auteur de ces touchants récits aime à exprimer l'impossible et briser les coeurs qu'il préfère, les êtres chéris qu'il a formés : le ciel seulement s'ouvre à la fin pour verser quelque rosée qui rafraîchit. [Juin 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=112|section=Madame de Duras|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Sauf ''Eugénie et Mathilde'', les romans de Mme de Souza appartiennent au dix-huitième siècle vu de l'Empire. Les romans de Mme de Duras, au contraire, sont bien de la Restauration, écho d'une lutte non encore terminée, avec le sentiment de grandes catastrophes en arrière. Une de ses pensées habituelles était que, pour ceux qui ont subi jeunes la Terreur, le bel âge a été flétri, qu'il n'y a pas eu de jeunesse, et qu'ils porteront jusqu'au tombeau cette mélancolie première. [Juin 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=116|section=Madame de Duras|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant Horace ====
{{citation|citation=Horace aime à poser sa Vénus près des lacs d'Albane, en marbre blanc, sous des lambris de citronnier : ''sub trabe citrea''. Volontiers certains petits livres, nés de Vénus et chers à la grâce, se cachent ainsi parfumés dans leurs tablettes de bois de palissandre. [15 Mars 1839]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=490|section=Madame de Charrière|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant [[Germaine de Staël|Germaine de Staël]] ====
{{citation|citation=On aime, après les révolutions qui ont changé les sociétés, et sitôt les dernières pentes descendues, à se retourner en arrière, et, aux divers sommets qui s'étagent à l'horizon, à voir s'isoler et se tenir, comme les divinités des lieux, certaines grandes figures. Cette personnification du génie des temps en des individus illustres, bien qu'assurément favorisée par la distance, n'est pourtant pas une pure illusion de perspective : l'éloignement dégage et achève ces points de vue, mais ne les crée pas. Il est des représentants naturel et vrais pour chaque moment social ; mais, d'un peu loin seulement, le nombre diminue, le détail se simplifie, et il ne reste qu'une tête dominante : Corinne, vue d'un peu loin, se détache mieux au cap Misène. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=125|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=[...] l'existence de [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] est dans son entier comme un grand empire qu'elle est sans cesse occupée, non moins que cet autre conquérant, son contemporain et son oppresseur, à compléter et à augmenter. Mais ce n'est pas dans un sens matériel qu'elle s'agite ; ce n'est pas une province après une province, un royaume après un autre, que son activité infatigable convoite et entasse : c'est dans l'ordre de l'esprit qu'elle s'épand sans cesse ; c'est la multiplicité des idées élevées, des sentiments profonds, des relations enviables, qu'elle cherche à organiser en elle, autour d'elle. Oui, en ses années de vie entière et puissante, instinctivement et par l'effet d'une sympathie, d'une curiosité impétueuse, elle aspirait à une vaste cour, à un empire croissant d'intelligence et d'affection, où rien d'important ou de gracieux ne fût omis, où toutes les distinctions de talent, de naissance, de patriotisme, de beauté, eussent leur trône sous ses regards : comme une impératrice de la pensée, elle aimait à enserrer dans ses libres domaines tous les apanages. Quand Bonaparte la frappa, il en voulait confusément à cette rivalité qu'elle affectait sans s'en rendre compte elle-même. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=129|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Ses écrits [...], dans l'imperfection même de beaucoup de détails, dans la succession précipitée des aperçus et le délié des mouvements, ne traduisent souvent que mieux sa pensée subtile, son âme respirante et agitée ; et puis, comme art, comme poëme, le roman de ''Corinne'', à lui seul, présenterait un monument immortel. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=131|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Elle écrivit à quinze ans des extraits de l' ''Esprit des Lois'', avec des réflexions ; à cet âge, en 1781, lors de l'apparition du Compte-rendu, elle adressa à son père une lettre anonyme où son style la fit reconnaître. Mais ce qui prédominait surtout en elle, c'était cette sensibilité qui, vers la fin du dix-huitième siècle, et principalement par l'influence de [[Jean-Jacques Rousseau|Jean-Jacques]], devint régnante sur les jeunes coeurs, et qui offrait un si singulier contraste avec l'analyse excessive et les prétentions incrédules du reste de l'époque. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=132|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Il y a une inspiration antique dans cette figure de jeune femme qui s'élance pour parler à un peuple, le pied sur des décombres tout fumants. Il y a de plus une grande sagacité politique et une entente de la situation réelle, dans les conseils déjà mûrs qui lui échappent sous cet accent passionné. Témoin des succès audacieux du fanatisme, [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] le déclare la plus redoutable des forces humaines ; elle l'estime inévitable dans la lutte et nécessaire au triomphe en temps de révolution, mais elle le voudrait à présent circonscrire dans le cercle régulier qui s'est fait autour de lui. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=143|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Il n'est pas en révolution de période plus heureuse, selon elle, c'est-à-dire plus à la merci des efforts et des sacrifices intelligents, que celle où le fanatisme s'applique à vouloir l'établissement d'un gouvernement dont on n'est plus séparé, si les esprits sages y consentent, par aucun nouveau malheur. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=143|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Un ordre de police la rejetait à quarante lieues de Paris: instinctivement, opiniâtrement, comme le noble coursier au piquet, qui tend en tous sens son attache, comme la mouche abusée qui se brise sans cesse à tous les points de la vitre en bourdonnant, elle arrivait à cette fatale limite, à Auxerre, à Châlons, à Blois, à Saumur. Sur cette circonférence qu'elle décrit et qu'elle essaye d'entamer, sa marche inégale avec ses amis devient une stratégie savante ; c'est comme une partie d'échecs qu'elle joue contre Bonaparte et Fouché représentés par quelque préfet plus ou moins rigoriste. Quand elle peut s'établir à Rouen, la voilà, dans le premier instant, qui triomphe, car elle a gagné quelques lieues sur le rayon géométrique. Mais ces villes de province offraient peu de ressources à un esprit si actif, si jaloux de l'accent et des paroles de la pure Athènes. Le mépris des petitesses et du médiocre en tout genre la prenait à la gorge, la suffoquait ; elle vérifiait et commentait à satiété la jolie pièce de Picard [...]. Enfin, grâce à la tolérance de Fouché, qui avait pour principe de faire le moins de mal possible quand c'était inutile, il y eut moyen de s'établir à dix-huit lieues de Paris (quelle conquête !), à Acosta, terre de Mme de Castellane ; elle surveillait de là l'impression de ''Corinne''. En renvoyant les ''épreuves'' du livre, elle devait répéter souvent, comme Ovide : « Va, mon livre, heureux livre, qui iras à la ville sans moi ! » — « Oh ! le ruisseau de la rue du Bac ! » s'écriait-elle quand on lui montrait le miroir du Léman. A Acosta, comme à Coppet, elle disait ainsi ; elle tendait plus que jamais les mains vers cette rive si prochaine. L'année 1806 lui sembla trop longue pour que son imagination tint à un pareil supplice, et elle arriva à Paris un soir, n'amenant ou ne prévenant qu'un très-petit nombre d'amis. Elle se promenait chaque soir et une partie de la nuit à la clarté de la lune, n'osant sortir le jour. Mais il lui prit, durant cette aventureuse incursion, une envie violente qui la caractérise, un caprice, par souvenir, de voir une grande dame, ancienne amie de son père Mme de Tessé, celle même qui disait : «S i j'étais reine, j'ordonnerais à [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] de me parler toujours. » Cette dame pourtant, alors fort âgée, s'effraya à l'idée de recevoir Mme de Staël proscrite, et il résulta de la démarche une série d'indiscrétions qui firent que Fouché fut averti. Il fallut vite partir, et ne plus se risquer désormais à ces promenades au clair de lune, le long des quais, du ruisseau favori et autour de cette place Louis XV si familière à Delphine. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=193|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Laissons le temps s'écouler, l'auréole se former de plus en plus sur ces collines, les cimes, de plus en plus touffues, murmurer confusément les voix du passé, et l'imagination lointaine embellir un jour, à souhait, les troubles, les déchirements des âmes, en ces Edens de la gloire. [Mai 1835]|précisions=A propos de Coppet}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=203|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Corinne a beau resplendir par instants comme la prêtresse d'Apollon, elle a beau être, dans les rapports habituels de la vie, la plus simple des femmes, une femme gaie, mobile, ouverte à mille attraits, capable sans effort du plus gracieux abandon ; malgré toutes ces ressources du dehors et de l'intérieur, elle n'échappera point à elle-même. Du moment ''qu'elle se sent saisie par la passion, par cette griffe de vautour sous laquelle le bonheur et l'indépendance succombent'', j'aime son impuissance à se consoler, j'aime son sentiment plus fort que son génie, son invocation fréquente à la sainteté et à la durée des liens qui seuls empêchent les brusques déchirements, et l'entendre, à l'heure de mourir, avouer en son chant du cygne : « De toutes les facultés de l'âme que je tiens de la nature, celle de souffrir est la seule que j'aie exercée tout entière. » [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=205|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=La passion divine d'un être qu'on ne peut croire imaginaire introduit, le long des cirques antiques, une victime de plus, qu'on n'oubliera jamais ; le génie, qui l'a tirée de son sein, est un vainqueur de plus, et non pas le moindre dans cette cité de tous les vainqueurs. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=206|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant Adélaïde de Souza ====
{{citation|citation=On aurait tort de croire qu'il y a faiblesse et perte d'esprit à regretter ces agréments envolés, ces fleurs qui n'ont pu naître, ce semble, qu'à l'extrême saison d'une société d'aujourd'hui détruite. Les peintures nuancées dont nous parlons supposent un goût et une culture d'âme que la civilisation démocratique n'aurait pas abolis sans inconvénient pour elle-même, s'il ne devait renaître dans les moeurs nouvelles quelque chose d'analogue un jour. La société moderne, lorsqu'elle sera un peu mieux assise et débrouillée, devra avoir aussi son calme, ses coins de fraîcheur et de mystère, ses abris propices aux sentiments perfectionnés, quelques forêts un peu antiques, quelques sources ignorées encore. Elle permettra, dans son cadre en apparence uniforme, mille distinctions de pensées et bien des formes rares d'existences intérieures ; sans quoi elle serait sur un point très au-dessous de la civilisation précédente et ne satisferait que médiocrement toute une famille d'âmes. [Mars 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=82|section=Madame de Souza|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=On était à la veille de la Révolution, quand ce charmant volume fut composé ; en 93, à Londres, au milieu des calamités et des gênes, l'auteur le publia. Cette Adèle de Sénange parut dans ses habits de fête, comme une vierge de Verdun échappée au massacre, et ignorant le sort de ses compagnes. [Mars 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=85|section=Madame de Souza|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=''Charles et Marie'' est un gracieux et touchant petit roman anglais, un peu dans le goût de Miss Burney. Le paysage de parcs et d'élégants cottages, les moeurs, les ridicules des ladies chasseresses ou savantes, la sentimentalité languissante et pure des amants, y composent un tableau achevé qui marque combien ce séjour en Angleterre a inspiré naïvement l'auteur. [Mars 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=87|section=Madame de Souza|ISBN=2-07-039493-X}}
 
=== ''Portraits Contemporains'' ===
==== Concernant [[Alfred de Musset|Musset]] ====
{{citation|citation=Il y avait dans ce jeune talent une connaissance prématurée de la passion humaine, une joute furieuse avec elle. ''Amour, fléau du monde, exécrable folie'', n'avait jamais été étreint plus au vif et, pour ainsi dire, plus au sang. Le poète de dix-neuf ans remuait l'âme dans ses abîmes, il en arrachait la vase impure à une étrange profondeur ; il culbutait du pied le couvercle de la tombe : à lui les femmes en cette vie, et le néant après ! La vieillesse était apostrophée, foulée en maint endroit, secoué par le menton, comme décrépite.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=102|partie=[[Alfred de Musset]]|section=Février 1835. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Quel était donc le coeur de ce poète qui avait tant de pitié de la blancheur des marbres ? Poète, il l'était manifestement, même au fort de sa débauche. Dans ses plus mauvais chemins, la vérité rayonnante, l'image inespérée, l'éclat facile et prompt jaillissaient de la poussière de ses pas. Ce que ne donnent ni l'effort, ni l'étude, ni la logique d'un goût attentif et perfectible, il l'atteignait au passage ; il avait dans le style cette vertu d'ascension merveilleuse qui transporte en un clin d'oeil là où nul n'arrive en gravissant.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=103|partie=[[Alfred de Musset]]|section=Février 1835. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
==== Concernant de Vigny ====
{{citation|citation=La poésie de M. de Vigny a quelque chose de grand, de large, de calme, de lent ; le vers est comme une onde immense, au bord d'une nappe et avançant sur toute sa longueur sans se briser. Le mouvement est souvent comme celui d'une eau, non pas d'une eau qui coule et descend, mais d'une eau qui s'élève et s'amoncelle avec murmure, comme l'eau du déluge, comme Moïse qui monte.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=174|partie=Alfred de Vigny|section=1835. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
==== De la littérature industrielle ====
{{citation|citation=En province, à Paris même, si l'on n'y est pas plus ou moins mêlé, on ignore ce que c'est au fond que la presse, ce bruyant rendez-vous, ce poudreux boulevard de la littérature du jour, mais qui a, dans chaque allée, ses passages secrets.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=185|partie=De la littérature industrielle|section=1er septembre 1839. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=L'état actuel de la presse quotidienne, en ce qui concerne la littérature, est, pour trancher le mot, désastreux. Aucune idée morale n'étatn en balance, il est arrivé qu'une suite de circonstances matérielles a graduellement altéré la pensée et en a dénaturé l'expression. L'annonce naquit et elle passa vite aux prodiges. Les conséquences de l'annonce furent rapides et infinies. On eut beau vouloir séparer dans le journal ce qui restait consciencieux et libre de ce qui devenait public et vénal : la limite du ''filet'' fut bientôt franchie. La ''réclame'' servit de pont. Comment condamner à deux doigts de distance, qualifier détestable et funeste ce qui se proclamait et s'affichait, deux doigts plus bas, comme la merveille de l'époque ? L'attraction des majuscules croissantes de l'annonce l'emporta: ce fut une montagne d'aimant qui fit mentir la boussole. Afin d'avoir en caisse le profit de l'annonce, on eut de la complaisance pour les livres annoncés ; la critique y perdit son crédit.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=186|partie=De la littérature industrielle|section=1er septembre 1839. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=L'annonce constitue, après l'impression, un redoublement de frais qu'il faut prélever sur la première vente, avant d'atteindre aucun profit : mille francs d'annonces pour un ouvrage nouveau ; aussi, à partir de là, les libraires ont-ils impitoyablement exigé des auteurs deux volumes au lieu d'un, et des volumes in-octavo au lieu d'un format moindre ; car cela ne coûte pas plus à annoncer et, les frais d'annonce restant les mêmes, la vente du moins est double et répare.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=187|partie=De la littérature industrielle|section=1er septembre 1839. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=<poem>L'annonce constitue, après l'impression, un redoublement de frais qu'il faut prélever sur la première vente, avant d'atteindre aucun profit : mille francs d'annonces pour un ouvrage nouveau ; aussi, à partir de là, les libraires ont-ils impitoyablement exigé des auteurs deux volumes au lieu d'un, et des volumes in-octavo au lieu d'un format moindre ; car cela ne coûte pas plus à annoncer et, les frais d'annonce restant les mêmes, la vente du moins est double et répare.
[...] Il y a des auteurs qui n'écrivent plus leurs romans de feuilletons qu'en dialogue, parce qu'à chaque phrase, et quelquefois à chaque mot, il y a du blanc et que l'on gagne une ligne [...]. Ainsi chacun est allé tout droit dans son égoïsme, coupant l'arbre par la racine. Chacun, en y passant, a effondré le terrain sous ses pas : qu'importe les survenants ? après nous, le déluge !</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=187|partie=De la littérature industrielle|section=1er septembre 1839. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
=== ''Portraits Littéraires'' ===
==== Concernant [[André Chénier]] ====
{{citation|citation=Une voix pure, mélodieuse et savante, un front noble et triste, le génie rayonnant de jeunesse, et parfois, l'oeil voilé de pleurs ; la volupté dans toute sa fraîcheur et sa décence ; la nature dans ses fontaines et ses ombrages ; une flûte de buis, un archet d'or, une lyre d'ivoire ; le beau pur, en un mot, voilà [[André Chénier]].}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=33|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=[[André Chénier|Chénier]] était un païen aimable, croyant à Vénus, aux Muses ; un Alcibiade candide et modeste, nourri de poésie, d'amitié et d'amour.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=21|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=<poem>[[André Chénier]] nous a dit le secret de son âme : sa vie ne fut pas une vie de plaisir, mais d'art, et tendait à se purifier de plus en plus.
[...] il rêvait, aux bords de la Marne, quelque retraite indépendante et pure, quelque ''saint loisir'', où les beaux-arts, la poésie, la peinture (car il peignait volontiers), le consoleraient des voluptés perdues, et où l'entoureraient un petit nombre d'amis de son choix.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=34|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Suivant [[André Chénier]], ''l'art ne fait pas que des vers, le coeur seul est poète'' ; mais cette pensée si vraie ne le détournait pas, aux heures de calme et de paresse, d'amasser par des études exquises ''l'or et la soie qui devait passer en ses vers'' [...]. L'analyse la plus fine, les préceptes de composition les plus intimes, s'y transforment sous ses doigts, s'y couronnent de grâce, y reluisent d'images et s'y modulent comme un chant.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=34|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Il compare sa muse jeune et légère à l'harmonieuse cigale, ''amante des buissons'', et s'il est triste, si ''sa main imprudente a tari son trésor'', si sa maîtresse lui a fermé, ce soir-là, le ''seuil inexorable'', une visite d'ami, un sourire de ''blanche voisine'', un livre entrouvert, un rien le distrait, l'arrache à sa peine.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=35|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[Denis Diderot|Diderot]] ====
{{citation|citation=<poem>[[Denis Diderot|Diderot]] fut cet homme, moule vaste et bouillonnant où tout se fond, où tout se broie, où tout fermente ; capacité la plus encyclopédique qui fût alors, mais capacité active, dévorante à la fois et vivifiante, animant, embrasant tout ce qui y tombe et le renvoyant au dehors dans des torrents de flamme et aussi de fumée ; Diderot passant d'une machine à bas qu'il démonte et décrit aux creusets de d'[[Paul Henri Thiry d'Holbach|Holbach]] et de Rouelle, aux considérations de Bordeu ; disséquant, s'il le veut, l'homme et ses sens aussi dextrement que Condillac, dédoublant le fil de cheveu le plus ténu sans qu'il se brise, puis tout d'un coup rentrant au sein de l'être, de l'espace, de la nature et taillant en plein dans la grande géométrie métaphysique quelques larges lambeaux, quelques pages sublimes et lumineuses que Malebranche ou Leibniz auraient pu signer avec orgueil s'ils n'eussent été chrétiens ; esprit d'intelligence, de hardiesse et de conjecture, alternant du fait à la rêverie, flottant de la majesté au cynisme, bon jusque dans son désordre, un peu mystique dans son incrédulité et auquel il n'a manqué, comme à son siècle, pour avoir l'harmonie, qu'un rayon divin, un ''fiat lux'', une idée régulatrice, un Dieu.
Entre [[Voltaire]], [[Georges-Louis Leclerc de Buffon|Buffon]], [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] et d'Holbach, entre les chimistes et les beaux esprits, entre les géomètres, les mécaniciens et les littérateurs, entre ces derniers et les artistes, sculpteurs ou peintres, entre les défenseurs du goût ancien et les novateurs comme Sedaine, Diderot fut un lien. Il était bien propre à être le centre mobile, le pivot du tourbillon ; à mener la ligue à l'attaque avec concert, inspiration et quelque chose de tumultueux et de grandiose dans l'allure.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=54|partie=[[Denis Diderot|Diderot]]|section=Juin 1831. ''Portraits littéraires'', t. I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
== Propos rapportés de Sainte-Beuve et commentaires à ce même sujet ==
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