« Charles-Augustin Sainte-Beuve » : différence entre les versions

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==== Concernant [[Alfred de Musset|Musset]] ====
{{citation|citation=A relire ainsi bon nombre des pièces et des personnages d'[[Alfred de Musset]], on arriverait à découvrir en cet enfant de génie le contraire de [[Johann Wolfgang von Goethe|Goethe]], de ce [[Johann Wolfgang von Goethe|Goethe]] qui se détachait à temps de ses créations, même les plus intimes à l'origine, qui ne pratiquait que jusqu'à un certain point l'oeuvre de ses personnages, qui coupait à temps le lien, les abandonnait au monde, en étant déjà lui-même partout ailleurs. Pour [[Alfred de Musset]], la poésie, c'était lui-même, il s'y précipitait à corps perdu ; c'était son âme juvénile, c'était sa chair et son sang qui s'écoulaient ; et quand il avait jeté aux autres ces lambeaux, ces membres éblouissants du poète, il gardait encore son lambeau à lui, son coeur saignant, son coeur brûlant et ennuyé ; il avait hâte de condenser et de dévorer les saisons.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=108|partie=[[Alfred de Musset]]|section=11 mai 1857. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=120|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=De retour en France, [[Montesquieu]] se retira à son château de la Brède, loin des soupers de Paris, pour y recueillir et y ordonner ses pensées ; il y resta deux ans, ne voyant que ses livres et ses arbres. Il donna ses ''Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence'' (1734), qui sont restées le plus classique et le plus parfait de ses ouvrages, le seul même qui nous paraisse aujourd'hui sorti tout d'un jet comme une statue. [[Montesquieu]] s'avance d'un pied ferme, par une suite de réflexions serrées et vives et dont l'ensemble a l'air grand ; il a le trait prompt, court et qui porte haut. Cette façon de voir et de dire était faite pour s'appliquer merveilleusement aux Romains. Pour la forme, on aurait à rapprocher du discours historique de [[Montesquieu]] le discours même de [[Jacques-Bénigne Bossuet|Bossuet]].}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=121|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=122|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Au début de ''L'Esprit des lois'', [ [[Montesquieu]] ] va jusqu'à dire que les premiers hommes supposés sauvages et purement naturels sont avant tout timides et ont besoin de la paix : comme si la cupidité physique, le besoin et la faim, ce sentiment aveugle que toute jeunesse a de sa force, et aussi cette rage de domination qui est innée au coeur humain ne devaient pas engendrer dès l'abord les rixes et les guerres. Cette critique est fondamentale et porte sur tout ''L'Esprit des lois''. [[Montesquieu]] accorde trop non seulement en-dehors, mais en secret et dans sa propre pensée, au décorum de la nature humaine [...]. Né sous un gouvernement doux, vivant dans une société éclairée où le souvenir des factions était lointain et où le despotisme qui les avait réprimées n'était plus présent ou du moins sensible, il accommoda légèrement l'humanité à son désir.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=123|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=146|partie=[[Jean-Jacques Rousseau]]|section=4 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Le premier livre des ''Confessions'' n'est pas le plus remarquable, mais [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] s'y trouve déjà renfermé tout entier, avec son orgueil, ses vices en germe, ses humeurs bizarres et grotesques, ses bassesses et ses saletés ; avec sa fierté aussi et ce ressort d'indépendance et de fermeté qui le relève ; avec son enfance heureuse et saine, son adolescence souffrante et martyrisée et ce qu'elle lui inspirera plus tard (on le pressent) d'apostrophes à la société et de représailles vengeresses; avec son sentiment attendri du bonheur domestique et de famille qu'il goûta si peu, et encore avec les premières bouffées de printemps et des premières haleines, signal du réveil naturel qui éclatera dans la littérature du dix-neuvième siècle. Nous oublions combien ces premiers paysages parurent frais et nouveaux alors, et quel évènement c'était au milieu de cette société spirituelle, très fine, mais sèche, aussi dénuée d'imagination que de sensibilité vraie, dépourvue en elle-même de cette sève qui circule et qui, à chaque saison, refleurit. C'est [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] qui, le premier, ramena et infusa cette sève végétale puissante dans l'arbre délicat qui s'épuisait. Les lecteurs français, habitués à l'air factice d'une atmosphère de salon, ces lecteurs ''urbains'', comme il les appelle, s'étonnèrent, tout ravis de sentir arriver du côté des Alpes ces bonnes et fraîches haleines des montagnes qui venaient raviver une littérature aussi distinguée que desséchée. Il était temps, et c'est en cela que [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] n'est pas un corrupteur de la langue, mais, somme toute, un régénérateur.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=150|partie=[[Jean-Jacques Rousseau]]|section=4 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
 
{{citation|citation=<poem>En parlant de [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]], [[Voltaire]] s'abandonne à toute son antipathie contre cet émule et ce puissant collaborateur, en qui il s'obstine à ne voir qu'un fou et qu'il injurie sans pitié :
''Ah, monsieur!'' écrivait-il à M. Bordes [mars 1765], ''vous voyez bien que [[Jean-Jacques Rousseau|Jean-Jacques]] ressemble à un philosophe comme un singe ressemble à l'homme... On est revenu de ses sophismes et sa personne est en horreur à tous les honnêtes gens qui ont approfondi son caractère. Quel philosophe qu'un brouillon et qu'un délateur. Abandonnons ce malheureux à son opprobre. Les philosophes ne le comptent point parmi leurs frères'' [...].
Il y a un endroit qui donne tristement à réfléchir sur la faiblesse du coeur humain chez les plus grands esprits. [[Voltaire]] vient d'écrire à la duchesse de Saxe-Gotha au sujet de l'exécution du chevalier de La Barre ; il en est révolté, et avec raison ; il trouve horrible que, pour un indigne méfait et qui certes méritait (ce n'est plus lui qui parle) une correction sévère, le chevalier ait été torturé, décapité, livré aux flammes, comme on l'eût fait au douxième siècle ; et tout à côté, voilà qu'il plaisante lui-même sur l'idée qu'on pourrait bien pendre [[Jean-Jacques Rousseau]].</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=175|partie=[[Voltaire]]|section=20 et 27 octobre 1856. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=180|partie=[[Voltaire]]|section=20 et 27 octobre 1856. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== ''De la tradition littéraire'' ====
{{citation|citation=Descendants des Romains, ou du moins enfants d'adoption de la race latine, cette race initiée elle-même au culte du Beau par les Grecs, nous avons à embrasser, à comprendre, à ne jamais déserter l'héritage de ces maîtres et de ces pères illustres, héritage qui, depuis [[Homère]] jusqu'au dernier des classiques d'hier (s'il y a eu hier un classique), forme le plus clair et le plus solide de notre fonds intellectuel.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=1|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
==== Concernant [[Honoré de Balzac|Balzac]] ====
{{citation|citation=[[Henri IV]] a conquis son royaume ville à ville. M. de [[Honoré de Balzac|Balzac]] a conquis son public maladif infirmités par infirmités (aujourd'hui les femmes de trente ans, demain celles de cinquante, après-demain les chlorotiques, dans ''Claës'' les contrefaits). Nulle part il est question de santé.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=117|chapitre=XVI. Sur [[Honoré de Balzac|Balzac]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=48|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=[[Victor Hugo|Hugo]] enfin veut être de l'Académie ; il s'en occupe, il vous en entretient gravement, il s'y appesantit durant des heures, il vous reconduit par distraction du boulevard Saint-Antoine à la Madeleine, à minuit, tout en vous en parlant. Dès que [[Victor Hugo|Hugo]] tient une idée, toutes ses forces s'y portent en masse et s'y concentrent ; et l'on entend arriver du plus loin sa grosse cavalerie d'esprit, artillerie et train, et métaphores.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=50|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=51|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=[[Victor Hugo|Hugo]] a du grossier et du naïf (je l'ai dit souvent, et je le redis ici d'après une personne qui le connaît encore mieux que moi). Juliette [Drouet] vieillie le garde par ses flatteries basses auxquelles il est pris. L'acteur Frédérick l'avait dit dès le premier jour : « Elle le prendra en lui disant : ''Tu es grand!'' Et elle le gardera en lui disant: ''Tu es beau!'' Il y va chaque jour parce qu'il a besoin de s'entendre dire : ''Tu rayonnes'', et elle le lui dit. Elle le lui écrit jusque dans ses comptes de cuisine qu'elle lui soumet (car avec cela il est ladre), » et elle prend note ainsi : « Reçu de mon ''trop'' chéri..., reçu de mon ''roi''..., de mon ''ange'', de mon ''beau [[Victor Hugo|Victor]]'', etc. tant pour le marché, — tant pour le blanchissage — quinze sous qui ont passé par ses ''belles mains'', etc. »}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=55|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=58|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Sur les brûlots que lance [[Victor Hugo|Hugo]] de l'île de Jersey. [[Victor Hugo|Hugo]] est dans son île du Cyclope : il nous lance des quartiers de rocher qui ne nous atteignent pas.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=60|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Mme [[Victor Hugo]] est morte à Bruxelles, le jeudi 27 août 1868.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=63|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=112|chapitre=XV. Sur [[George Sand]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Mme d'ArgoultAgoult avait livré au public son ancien amant [[Franz Liszt|Liszt]] dans ''Nélida'' ; voilà Mme [[George Sand|Sand]] qui, à ce qu'on dit, fait la même chose pour Chopin dans ''Lucrezia'' ; elle achève d'immoler les pianistes avec des détails ignobles de cuisine et de lit. Ces dames ne se contentent pas de détruire leurs amants et de les dessécher ; elles les dissèquent.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=114|chapitre=XV. Sur [[George Sand]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Mme [[George Sand|Dudevant]] commet des infamies, et elle écrit des sublimités. Elle se flatte qu'on ne croira jamais ce qui est, et que la phrase, en définitive, prévaudra. Elle se juge assez vaisseau de haut bord pour avoir la sentine profonde.
Une Christine de Suède à l'estaminet.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=114|chapitre=XV. Sur [[George Sand]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=125|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=[...] l'existence de [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] est dans son entier comme un grand empire qu'elle est sans cesse occupée, non moins que cet autre conquérant, son contemporain et son oppresseur, à compléter et à augmenter. Mais ce n'est pas dans un sens matériel qu'elle s'agite ; ce n'est pas une province après une province, un royaume après un autre, que son activité infatigable convoite et entasse : c'est dans l'ordre de l'esprit qu'elle s'épand sans cesse ; c'est la multiplicité des idées élevées, des sentiments profonds, des relations enviables, qu'elle cherche à organiser en elle, autour d'elle. Oui, en ses années de vie entière et puissante, instinctivement et par l'effet d'une sympathie, d'une curiosité impétueuse, elle aspirait à une vaste cour, à un empire croissant d'intelligence et d'affection, où rien d'important ou de gracieux ne fût omis, où toutes les distinctions de talent, de naissance, de patriotisme, de beauté, eussent leur trône sous ses regards : comme une impératrice de la pensée, elle aimait à enserrer dans ses libres domaines tous les apanages. Quand [[Napoléon Bonaparte|Bonaparte]] la frappa, il en voulait confusément à cette rivalité qu'elle affectait sans s'en rendre compte elle-même. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=129|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=143|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Un ordre de police la rejetait à quarante lieues de Paris : instinctivement, opiniâtrement, comme le noble coursier au piquet, qui tend en tous sens son attache, comme la mouche abusée qui se brise sans cesse à tous les points de la vitre en bourdonnant, elle arrivait à cette fatale limite, à Auxerre, à Châlons, à Blois, à Saumur. Sur cette circonférence qu'elle décrit et qu'elle essaye d'entamer, sa marche inégale avec ses amis devient une stratégie savante ; c'est comme une partie d'échecs qu'elle joue contre [[Napoléon Bonaparte|Bonaparte]] et Fouché représentés par quelque préfet plus ou moins rigoriste. Quand elle peut s'établir à Rouen, la voilà, dans le premier instant, qui triomphe, car elle a gagné quelques lieues sur le rayon géométrique. Mais ces villes de province offraient peu de ressources à un esprit si actif, si jaloux de l'accent et des paroles de la pure Athènes. Le mépris des petitesses et du médiocre en tout genre la prenait à la gorge, la suffoquait ; elle vérifiait et commentait à satiété la jolie pièce de Picard [...]. Enfin, grâce à la tolérance de Fouché, qui avait pour principe de faire le moins de mal possible quand c'était inutile, il y eut moyen de s'établir à dix-huit lieues de Paris (quelle conquête !), à Acosta, terre de Mme de Castellane ; elle surveillait de là l'impression de ''Corinne''. En renvoyant les ''épreuves'' du livre, elle devait répéter souvent, comme Ovide : « Va, mon livre, heureux livre, qui iras à la ville sans moi ! » — « Oh ! le ruisseau de la rue du Bac ! » s'écriait-elle quand on lui montrait le miroir du Léman. A Acosta, comme à Coppet, elle disait ainsi ; elle tendait plus que jamais les mains vers cette rive si prochaine. L'année 1806 lui sembla trop longue pour que son imagination tint à un pareil supplice, et elle arriva à Paris un soir, n'amenant ou ne prévenant qu'un très-petit nombre d'amis. Elle se promenait chaque soir et une partie de la nuit à la clarté de la lune, n'osant sortir le jour. Mais il lui prit, durant cette aventureuse incursion, une envie violente qui la caractérise, un caprice, par souvenir, de voir une grande dame, ancienne amie de son père Mme de Tessé, celle même qui disait : «S iSi j'étais reine, j'ordonnerais à [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] de me parler toujours. » Cette dame pourtant, alors fort âgée, s'effraya à l'idée de recevoir [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] proscrite, et il résulta de la démarche une série d'indiscrétions qui firent que Fouché fut averti. Il fallut vite partir, et ne plus se risquer désormais à ces promenades au clair de lune, le long des quais, du ruisseau favori et autour de cette place Louis XV si familière à Delphine. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=193|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=174|partie=Alfred de Vigny|section=1835. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
==== ''De la littérature industrielle'' ====
{{citation|citation=En province, à Paris même, si l'on n'y est pas plus ou moins mêlé, on ignore ce que c'est au fond que la presse, ce bruyant rendez-vous, ce poudreux boulevard de la littérature du jour, mais qui a, dans chaque allée, ses passages secrets.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=185|partie=De la littérature industrielle|section=1er septembre 1839. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
==== Concernant [[Denis Diderot|Diderot]] ====
{{citation|citation=<poem>[[Denis Diderot|Diderot]] fut cet homme, moule vaste et bouillonnant où tout se fond, où tout se broie, où tout fermente ; capacité la plus encyclopédique qui fût alors, mais capacité active, dévorante à la fois et vivifiante, animant, embrasant tout ce qui y tombe et le renvoyant au dehors dans des torrents de flamme et aussi de fumée ; Diderot passant d'une machine à bas qu'il démonte et décrit aux creusets de d'[[Paul Henri Thiry d'Holbach|Holbach]] et de Rouelle, aux considérations de Bordeu ; disséquant, s'il le veut, l'homme et ses sens aussi dextrement que Condillac, dédoublant le fil de cheveu le plus ténu sans qu'il se brise, puis tout d'un coup rentrant au sein de l'être, de l'espace, de la nature et taillant en plein dans la grande géométrie métaphysique quelques larges lambeaux, quelques pages sublimes et lumineuses que Malebranche ou Leibniz auraient pu signer avec orgueil s'ils n'eussent été chrétiens ; esprit d'intelligence, de hardiesse et de conjecture, alternant du fait à la rêverie, flottant de la majesté au cynisme, bon jusque dans son désordre, un peu mystique dans son incrédulité et auquel il n'a manqué, comme à son siècle, pour avoir l'harmonie, qu'un rayon divin, un ''fiat lux'', une idée régulatrice, un Dieu.
Entre [[Voltaire]], [[Georges-Louis Leclerc de Buffon|Buffon]], [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] et d'[[Paul Henri Thiry d'Holbach|Holbach]], entre les chimistes et les beaux esprits, entre les géomètres, les mécaniciens et les littérateurs, entre ces derniers et les artistes, sculpteurs ou peintres, entre les défenseurs du goût ancien et les novateurs comme Sedaine, [[Denis Diderot|Diderot]] fut un lien. Il était bien propre à être le centre mobile, le pivot du tourbillon ; à mener la ligue à l'attaque avec concert, inspiration et quelque chose de tumultueux et de grandiose dans l'allure.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=54|partie=[[Denis Diderot|Diderot]]|section=Juin 1831. ''Portraits littéraires'', t. I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
== Propos rapportés de Sainte-Beuve et commentaires à ce même sujet ==
=== Citations concernant [[Juliette Récamier]] ===
{{citation|citation=<poem>C'est acquérir des forces que de simplifier sa vie. [[Juliette Récamier|Mme Récamier]] fut plus puissante dans sa cellule de l'Abbaye-aux-Bois qu'elle ne l'avait été dans son bel hôtel. « C'est là, dit Sainte-Beuve, que son doux génie, dégagé des complications trop vives, se fit de plus en plus sentir avec bienveillance... L'esprit de parti était alors dans sa violence. Elle désarmait les colères ; elle adoucissait les aspérités ; elle vous ôtait la rudesse et vous inoculait l'indulgence. » Une femme, si elle est belle, un peu coquette et sait écouter, peut beaucoup sur les passions des hommes. Elle obtient tout parce qu'elle n'exige rien. « Être protégé par [[Juliette Récamier|Mme Récamier]] fut, pendant plus de trente ans, la plus infaillible des recommandations. » Elle régna sur l'Académie, sur les Facultés, sur les ministères, « et il n'y avait pas jusqu'aux bâtards de son apothicaire et de son portier que cette femme essentiellement bonne et obligeante ne trouvât moyen de convenablement caser dans les bureaux des ministres ».
A l'Abbaye-aux-Bois, les amours de [[François-René de Chateaubriand|Chateaubriand]] et de [[Juliette Récamier|Mme Récamier]] prirent un caractère cérémonieux et public qui rappelle les journées du grand roi.</poem>|précisions=Sainte-Beuve cité par le biographe André Maurois en 1938}}
{{Réf Livre|titre=René ou la vie de Chateaubriand|auteur=[[André Maurois]]|éditeur=Grasset|collection=Les Cahiers Rouges|année=1956|page=276|section=V ''Un instant de bonheur'|chapitre=VII « Le partisan »
|ISBN=2-246-18904-7}}
 
=== Gérald Antoine, Préface de ''Portraits de Femmes'', 1998 ===
{{citation|citation=La grâce peut épouser la force : Sainte-Beuve ne s'y risquera point. Elle peut épouser la délicatesse : c'est son alliance de prédilection.|précisions=Citation extraite d'unede la préface rédigéeproposée par Gérald Antoine en 1998.}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=13|section=Un peintre qui « se mire » en ses modèles|chapitre=Préface conçue par Gérald Antoine|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Sainte-Beuve n'aime rien tant que peindre des visages en demi-teinte, des femmes écrivains de peu d'éclat, moins auteurs que femmes et qui d'ailleurs ne cherchent nullement à se faire voir de loin.|précisions=Citation extraite d'unede la préface rédigéeproposée par Gérald Antoine en 1998.}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=15|section=Femmes et oeuvres : lesquelles choisir ?|chapitre=Préface conçue par Gérald Antoine|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Si l'on nous demandait [...] les impressions les plus insistantes qui se dégagent des ''Portraits de Femmes'', nous mettrions en avant d'abord une constante et soyeuse bigarrure, ensuite un invincible goût de l'en-deçà. En-deçà de la critique comme du portrait, car selon l'auteur ni l'une ni l'autre n'ont de fin. En-deçà de la biographie, car elle sent trop l'érudition. En-deçà de la poésie, fût-elle en prose, car sauf exception il n'ose y prétendre. Au bout du compte, les ''Portaits de Femmes'' sont un subtil assortiment de tout cela, et la somme est un fruit dont les saveurs composites flattent la gourmandise, sans toujours l'apaiser.|précisions=Citation extraite d'unede la préface rédigéeproposée par Gérald Antoine en 1998.}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=32|section=Du peintre à son public|chapitre=Préface conçue par Gérald Antoine|ISBN=2-07-039493-X}}
 
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