« Charles-Augustin Sainte-Beuve » : différence entre les versions

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'''{{w|Charles-Augustin Sainte-Beuve}}''' est un critique littéraire et écrivain français, né le 23 décembre 1804 à Boulogne-sur-Mer et mort le 13 octobre 1869 à Paris.
 
== Citations ==
=== Interventions dans ''Causeries du lundi'' ===
==== Concernant [[Honoré de Balzac|Balzac]] ====
{{citation|citation=J'aime de son style, dans les parties délicates, cette ''efflorescence'' par laquelle il donne à tout le sentiment de la vie et fait frissonner la page elle-même. Mais je ne puis accepter, sous le couvert de la physiologie, l'abus continuel de cette qualité, ce style si souvent chatouilleux et dissolvant, énervé, rosé et veiné de toutes les teintes, ce style d'une corruption délicieuse, tout asiatique comme diraient nos maîtres, plus brisés par places et plus amolli que le corps d'un mime antique.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=33|partie=[[Honoré de Balzac|Balzac]]|section=2 septembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Concevoir, disait-il, c'est jouir, ''c'est fumer des cigarettes enchantées'' ; mais sans l'exécution, tout s'en va en rêve et en fumée : ''Le travail constant, a-t-il dit encore, est la loi de l'art comme celle de la vie ; car l'art, c'est la création idéalisée. Aussi les grands artistes, les poètes, n'attendent-ils ni les commandes, ni les chalands ; ils enfantent aujourd'hui, demain, toujours. Il en résulte cette perpétuelle connaissance des difficultés qui les maintient en concubinage avec la Muse''.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=35|partie=[[Honoré de Balzac|Balzac]]|section=2 septembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
==== Concernant [[Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais|Beaumarchais]] ====
{{citation|citation=La révolution de 89, dès le début, apprit à [[Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais|Beaumarchais]] combien il était impuissant devant ce flot immense qu'il avait été des premiers à provoquer et qui débordait en le menaçant. Sorti de France et réfugié à Hambourg, il y vécut dans la détresse jusqu'au point de devoir ménager une allumette et en réserver la moitié pour le lendemain.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=13|partie=[[Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais]]|section=14 juin 1852. ''Causeries du lundi'', t. VI|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[André Chénier]] ====
{{citation|citation=Comme tous ceux qui portent en eux l'idéal, il était très vite capable de dégoût et de dédain. Pourtant, cette misanthropie première ne tint pas devant les grands événements et les promesses de 89. Le serment du Jeu de Paume le transporta. Il n'avait que 27 ans et, pendant deux années encore, jusqu'en 1792, nous le voyons prendre part au mouvement dans une certaine mesure, donner en quelques occasions des conseils par la presse, ne pas être persuadé à l'avance de leur inefficacité ; en un mot, il est plus citoyen que philosophe et il se définit lui-même comme un homme ''qui gémit de voir la vérité soutenue comme une faction, les droits les plus légitimes défendus par des moyens injustes et violents, et qui voudrait enfin qu'on eût raison d'une manière raisonnable''. Et il va chercher quel sont les moyens de lui faire reprendre cette assiette le plus tôt possible et quelles sont les causes ennemies qui s'opposent à l'établissement le plus prompt d'un ordre nouveau.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=38|partie=[[André Chénier]]|section=19 mai 1851. ''Causeries du lundi'', t. IV|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[Denis Diderot|Diderot]] ====
{{citation|citation=[[Denis Diderot|Diderot]] est un homme consolant à voir et à considérer. Il est le premier grand écrivain en date qui appartienne décidément à la moderne société démocratique. Il nous montre le chemin et l'exemple : être ou n'être pas des académies, mais écrire pour le public, s'adresser à tous, improviser, se hâter sans cesse, aller au réel, au fait, même quand on a le culte de la rêverie ; donner, donner, donner encore, sauf à ne recueillir jamais ; ''plutôt s'user que se rouiller'', c'est sa devise. Voilà ce qu'il a fait jusqu'à la fin, avec énergie, avec dévouement, avec un sentiment parfois douloureux de cette déperdition continuelle.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=54|partie=[[Denis Diderot|Diderot]]|section=20 janvier 1851. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux|Marivaux]] ====
{{citation|citation=[[Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux|Marivaux]] n'était point savant ; il avait peu lu en général, mais il a deviné.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=104|partie=[[Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux|Marivaux]]|section=16 et 23 janvier 1854. ''Causeries du lundi'', t. IX|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[Alfred de Musset|Musset]] ====
{{citation|citation=A relire ainsi bon nombre des pièces et des personnages d'[[Alfred de Musset]], on arriverait à découvrir en cet enfant de génie le contraire de [[Johann Wolfgang von Goethe|Goethe]], de ce [[Johann Wolfgang von Goethe|Goethe]] qui se détachait à temps de ses créations, même les plus intimes à l'origine, qui ne pratiquait que jusqu'à un certain point l'oeuvre de ses personnages, qui coupait à temps le lien, les abandonnait au monde, en étant déjà lui-même partout ailleurs. Pour [[Alfred de Musset]], la poésie, c'était lui-même, il s'y précipitait à corps perdu ; c'était son âme juvénile, c'était sa chair et son sang qui s'écoulaient ; et quand il avait jeté aux autres ces lambeaux, ces membres éblouissants du poète, il gardait encore son lambeau à lui, son coeur saignant, son coeur brûlant et ennuyé ; il avait hâte de condenser et de dévorer les saisons.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=108|partie=[[Alfred de Musset]]|section=11 mai 1857. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Il n'était pas de ceux que la critique console de l'art, qu'un travail littéraire distrait ou occupe et qui sont capables d'étudier, même avec emportement, pour échapper à des passions qui cherchent encore leur proie et qui n'ont plus de sérieux objet. Lui, il n'a su que haïr la vie, du moment, pour parler son langage, qu'elle n'était plus la jeunesse sacrée. Il ne la concevait digne d'être vécue, il ne la supportait qu'entourée et revêtu d'un léger délire.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=108|partie=[[Alfred de Musset]]|section=11 mai 1857. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
==== Concernant [[Montesquieu]] ====
{{citation|citation=Homme d'étude et de pensée, détaché d'assez bonne heure des passions et n'ayant du moins jamais été entraîné par elles, il habita et vécut dans la fermeté de l'intelligence. Très bon dans le particulier, naturel et simple, il mérita d'être aimé de tout ce qui l'entourait ; mais, même dans ses parties les plus humaines, on retrouverait ce côté ferme, indifférent, une équité bienveillante et supérieure plutôt que la tendresse de l'âme.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=118|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Au milieu des hardiesses et des irrévérences des ''Lettres Persanes'', un esprit de prudence se laisse entrevoir par la plume d'Usbek ; en agitant si bien les questions et en les perçant quelque-fois à jour, Usbek (et c'est une contradiction peut-être à laquelle n'a pas échappé [[Montesquieu]]) veut continuer de rester fidèle aux lois de son pays, de sa religion. ''Il est vrai, dit-il, que par une bizarrerie qui vient plutôt de la nature que de l'esprit des hommes, il est quelquefois nécessaire de changer certaines lois ; mais le cas est rare; et lorsqu'il arrive, il n'y faut toucher que d'une main tremblante''. Cet esprit qui a dicté les ''Lettres Persanes'' ne poussera jamais les choses à l'extrémité du côté des réformes et des révolutions populaires.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=119|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=On a publié quelques notes de son ''Journal de voyage'' qui se rapportent à son séjour de Londres. Il ne se fait point d'illusion en beau sur l'état du pays et des institutions ; il juge au vrai la corruption des moeurs politiques, la vénalité des consciences et des votes, le côté positif et calculateur, cette peur d'être dupe qui mène à la dureté. S'il voit le mal, [[Montesquieu]] apprécie très bien les avantages qui le compensent : ''L'Angleterre est à présent le pays le plus libre qui soit au monde, je n'en excepte aucune république''. Un coup d'oeil de divination perce comme un éclair dans [une] phrase jetée en passant et qui prédit l'émancipation de l'Amérique anglaise.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=120|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=De retour en France, [[Montesquieu]] se retira à son château de la Brède, loin des soupers de Paris, pour y recueillir et y ordonner ses pensées ; il y resta deux ans, ne voyant que ses livres et ses arbres. Il donna ses ''Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence'' (1734), qui sont restées le plus classique et le plus parfait de ses ouvrages, le seul même qui nous paraisse aujourd'hui sorti tout d'un jet comme une statue. [[Montesquieu]] s'avance d'un pied ferme, par une suite de réflexions serrées et vives et dont l'ensemble a l'air grand ; il a le trait prompt, court et qui porte haut. Cette façon de voir et de dire était faite pour s'appliquer merveilleusement aux Romains. Pour la forme, on aurait à rapprocher du discours historique de [[Montesquieu]] le discours même de [[Jacques-Bénigne Bossuet|Bossuet]].}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=121|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=En parlant des Romains, la langue de [[Montesquieu]] s'est fait comme latine et elle a un caractère de concision ferme qui la rapproche de la langue de Tacite ou de Salluste. Il excelle à retremper les expressions et à leur redonner toute leur force primitive, ce qui permet à son style d'être court, fort et d'avoir l'air simple.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=122|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Au début de ''L'Esprit des lois'', [ [[Montesquieu]] ] va jusqu'à dire que les premiers hommes supposés sauvages et purement naturels sont avant tout timides et ont besoin de la paix : comme si la cupidité physique, le besoin et la faim, ce sentiment aveugle que toute jeunesse a de sa force, et aussi cette rage de domination qui est innée au coeur humain ne devaient pas engendrer dès l'abord les rixes et les guerres. Cette critique est fondamentale et porte sur tout ''L'Esprit des lois''. [[Montesquieu]] accorde trop non seulement en-dehors, mais en secret et dans sa propre pensée, au décorum de la nature humaine [...]. Né sous un gouvernement doux, vivant dans une société éclairée où le souvenir des factions était lointain et où le despotisme qui les avait réprimées n'était plus présent ou du moins sensible, il accommoda légèrement l'humanité à son désir.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=123|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Le livre de [[Montesquieu]], avec tous ses défauts, allait déjouer les craintes et surpasser les espérances de ses amis mêmes. Il y a des ouvrages qu'il ne faut pas voir de trop près : ce sont des monuments.|précisions=Concernant ''L'Esprit des lois''.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=124|partie=[[Montesquieu]]|section=18 et 25 octobre. ''Causeries du lundi'', t. VII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] ====
{{citation|citation=<poem>C'est de lui que date chez nous, au dix-huitième siècle, le sentiment de la nature.
C'est de lui aussi que date dans notre littérature le sentiment de la vie domestique, de cette vie bourgeoise, pauvre, recueillie, intime, où s'accumulent tant de trésors vertueux et doux.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=145|partie=[[Jean-Jacques Rousseau]]|section=4 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=[[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] a forcé, creusé et comme labouré la langue ; il l'a ensemencée en même temps et fertilisée.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=146|partie=[[Jean-Jacques Rousseau]]|section=4 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Le premier livre des ''Confessions'' n'est pas le plus remarquable, mais [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] s'y trouve déjà renfermé tout entier, avec son orgueil, ses vices en germe, ses humeurs bizarres et grotesques, ses bassesses et ses saletés ; avec sa fierté aussi et ce ressort d'indépendance et de fermeté qui le relève ; avec son enfance heureuse et saine, son adolescence souffrante et martyrisée et ce qu'elle lui inspirera plus tard (on le pressent) d'apostrophes à la société et de représailles vengeresses; avec son sentiment attendri du bonheur domestique et de famille qu'il goûta si peu, et encore avec les premières bouffées de printemps et des premières haleines, signal du réveil naturel qui éclatera dans la littérature du dix-neuvième siècle. Nous oublions combien ces premiers paysages parurent frais et nouveaux alors, et quel évènement c'était au milieu de cette société spirituelle, très fine, mais sèche, aussi dénuée d'imagination que de sensibilité vraie, dépourvue en elle-même de cette sève qui circule et qui, à chaque saison, refleurit. C'est [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] qui, le premier, ramena et infusa cette sève végétale puissante dans l'arbre délicat qui s'épuisait. Les lecteurs français, habitués à l'air factice d'une atmosphère de salon, ces lecteurs ''urbains'', comme il les appelle, s'étonnèrent, tout ravis de sentir arriver du côté des Alpes ces bonnes et fraîches haleines des montagnes qui venaient raviver une littérature aussi distinguée que desséchée. Il était temps, et c'est en cela que [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] n'est pas un corrupteur de la langue, mais, somme toute, un régénérateur.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=150|partie=[[Jean-Jacques Rousseau]]|section=4 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[Stendhal]] ====
{{citation|citation=Dans les nouvelles ou romans qui ont des sujets italiens, il a mieux réussi ces ''amours passionnées'' qui n'existent plus, selon lui, en 1838 et qu'on trouverait fort ridicules si on les rencontrait ; ces amours ''qui se nourrissent de grands sacrifices, ne peuvent subsister qu'environnés de mystère et se trouvent toujours voisins de plus affreux malheurs''. Beyle cherche ainsi dans le roman une pièce à l'appui de son ancienne et constante théorie qui l ui avait fait dire : ''L'amour est une fleur délicieuse, mais il faut avoir le courage d'aller la cueillir sur les bords d'un précipice affreux''. Ce genre brigand et ce genre romain est bien saisi dans ''L'Abesse de Castro''.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=153|partie=[[Stendhal]]|section=9 janvier 1854. ''Causeries du lundi'', t. IX|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
==== Concernant [[Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues|Vauvenargues]] ====
{{citation|citation=Il a peu, ou plutôt il n'a pas le sentiment des beautés de la nature : dans la nature, il ne considère volontiers que l'homme et la société ; [[Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues|Vauvenargues]] portait en lui le besoin d'être un grand homme historiquement.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=163|partie=[[Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues|Vauvenargues]]|section=4 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Il avait en horreur et en mépris la fatuité et la frivolité si en vogue à cette date, ce ton de légèreté et de persiflage à la mode, que Gresset a pris sur le fait dans ''le Méchant''. On ne voit pas qu'il ait été occupé des femmes dans les années où il écrit, et le peu qu'il en dit nous montre un homme revenu : ''Les femmes ne peuvent comprendre, dit-il, qu'il y ait des hommes désintéressés à leur égard''.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=164|partie=[[Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues|Vauvenargues]]|section=4 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=[[Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues|Vauvenargues]], en opposition ouverte avec les illusions de son temps, disait encore : ''Jusqu'à ce qu'on rencontre le secret de rendre les esprits plus justes, tous les pas qu'on pourra faire dans la vérité n'empêcheront pas les hommes de raisonner faux'' ; et c'est ainsi, selon lui, ''que les grands hommes, en apprenant aux faibles à réfléchir, les ont mis sur la route de l'erreur''.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=164|partie=[[Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues|Vauvenargues]]|section=4 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[Voltaire]] ====
{{citation|citation=Quand on ne songe qu'à l'idéal de l'agrément, à la fleur de fine raillerie et d'urbanité, on se plaît à se figurer [[Voltaire]] dans cette demi-retraite, dans ces jouissances de société qu'il rêva bien souvent, qu'il traversa quelquefois, mais d'où il s'échappait toujours. Il traversa bien souvent dans sa vie de ces cercles délicieux qui se formaient un moment autour de lui, qui se ralliaient à son brillant, dont il était le génie familier et l'âme, et il en sortait bientôt par quelque accident. L'accident au fond venait de lui : il tenait à un défaut et à une qualité. Le défaut, c'était le besoin d'action à tout prix, le besoin de bruit et de renommée qui ne se passait ni des intrigues, ni des manèges, et qui jouait avec les moyens scabreux : de là toute une suite d'indiscrétions, de déguisements, de rétractations, de désaveux, de mensonges, une infinité de misères.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=168|partie=[[Voltaire]]|section=20 et 27 octobre 1856. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=A l'entendre, lui l'homme de la publicité harcelante et qui fatigua la renommée, il ne publiait jamais, presque jamais, ses livres que malgré lui, à son corps défendant : il avait un secrétaire qui le volait, un ami indiscret qui colportait ses manuscrits ; le libraire pirate s'emparait de son bien en le gâtant, en le falsifiant, et force lui était alors d'imprimer lui-même ses productions et de les livrer au public dans leur sincérité.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=169|partie=[[Voltaire]]|section=20 et 27 octobre 1856. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Ce fut toute sa vie sa prétention d'avoir l'existence d'un écrivain gentilhomme, qui vit de son bien, s'amuse, joue la tragédie en société, s'égaie avec ses amis et se moque du monde. Bon nombre de préceptes de vie se rapportent à ce régime de gaieté auquel il dérogea souvent, mais sur lequel aussi il revient trop habituellement pour que ce ne soit pas celui qu'il préfère : ''Ce monde est une guerre ; celui qui rit aux dépens des autres est victorieux. — Il faut toujours s'amuser, rien n'est si sain. — Je me ruine [à bâtir], je le sais bien ; mais je m'amuse. Je joue avec la vie ; voilà la seule chose à quoi elle est bonne''.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=169|partie=[[Voltaire]]|section=20 et 27 octobre 1856. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=<poem>En parlant de [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]], [[Voltaire]] s'abandonne à toute son antipathie contre cet émule et ce puissant collaborateur, en qui il s'obstine à ne voir qu'un fou et qu'il injurie sans pitié :
''Ah, monsieur!'' écrivait-il à M. Bordes [mars 1765], ''vous voyez bien que [[Jean-Jacques Rousseau|Jean-Jacques]] ressemble à un philosophe comme un singe ressemble à l'homme... On est revenu de ses sophismes et sa personne est en horreur à tous les honnêtes gens qui ont approfondi son caractère. Quel philosophe qu'un brouillon et qu'un délateur. Abandonnons ce malheureux à son opprobre. Les philosophes ne le comptent point parmi leurs frères'' [...].
Il y a un endroit qui donne tristement à réfléchir sur la faiblesse du coeur humain chez les plus grands esprits. [[Voltaire]] vient d'écrire à la duchesse de Saxe-Gotha au sujet de l'exécution du chevalier de La Barre ; il en est révolté, et avec raison ; il trouve horrible que, pour un indigne méfait et qui certes méritait (ce n'est plus lui qui parle) une correction sévère, le chevalier ait été torturé, décapité, livré aux flammes, comme on l'eût fait au douxième siècle ; et tout à côté, voilà qu'il plaisante lui-même sur l'idée qu'on pourrait bien pendre [[Jean-Jacques Rousseau]].</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=175|partie=[[Voltaire]]|section=20 et 27 octobre 1856. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=[[Voltaire]] est contre les majorités et les méprises ; en fait de raison, les masses lui paraissent naturellement bêtes ; il ne croit au bon sens que chez un petit nombre et c'est assez pour lui si l'on parvient à grossir peu à peu le petit troupeau.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=178|partie=[[Voltaire]]|section=20 et 27 octobre 1856. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=''L'Europe me suffit'', disait-il un peu impertinemment, ''je ne me soucie guère du tripot de Paris, attendu que ce tripot est souvent conduit par l'envie, par la cabale, par le mauvais goût et par mille petits intérêts qui s'opposent toujours à l'intérêt commun''. Il croyait sincèrement à la décadence des lettres et il le dit en vingt endroits avec une amère énergie : ''La littérature n'est à présent qu'une espèce de brigandage. S'il y a encore quelques hommes de génie à Paris, ils sont persécutés. Les autres sont des corbeaux qui se disputent quelques plumes de cygne du siècle passé qu'ils ont volées et qu'ils ajustent comme ils peuvent à leurs queues noires''.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=180|partie=[[Voltaire]]|section=20 et 27 octobre 1856. ''Causeries du lundi'', t. XIII|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== ''De la tradition littéraire'' ====
{{citation|citation=Descendants des Romains, ou du moins enfants d'adoption de la race latine, cette race initiée elle-même au culte du Beau par les Grecs, nous avons à embrasser, à comprendre, à ne jamais déserter l'héritage de ces maîtres et de ces pères illustres, héritage qui, depuis [[Homère]] jusqu'au dernier des classiques d'hier (s'il y a eu hier un classique), forme le plus clair et le plus solide de notre fonds intellectuel.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=1|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=<poem>Je me suis [souvent] demandé ce qu'il en aurait été de la destinée moderne littéraire (pour n'envisager que celle-là) si la bataille de Marathon avait été perdue et la Grèce assujettie, asservie, écrasée avant le siècle de [[Périclès]].
N'oublions jamais que Rome était déjà arrivée, par son énergie et son habileté, au pouvoir politique le plus étendu et à la maturité d'un grand Etat, après la seconde guerre punique, sans posséder encore rien qui ressemblât à une littérature proprement dite digne de ce nom; il lui fallut conquérir la Grèce pour être touchée de ce beau feu qui devait doubler et perpétuer sa gloire.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=2|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Rome toute seule, si elle n'avait été touchée du rameau d'or au moment même où elle le brisait, courait le risque de rester à jamais une force puissante, écrasante au monde, Sénat, camp ou légion. C'est l'âme légère de la Grèce qui, passant en elle, a produit, à la seconde ou à la troisième génération, groupe de génies, de talents accomplis, qui composent le bel âge d'Auguste. Soit directement, soit dorénavant par les Romains, cette âme légère, cette étincelle, cet atome igné et subtil de civilisation n'a cessé d'agir aux époques décisives pour donner la vie à des floraisons inattendues, à des renaissances.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=3|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Ne pas avoir le sentiment des ''lettres'', cela, chez les Anciens, voulait dire ne pas avoir le sentiment de la vertu, de la gloire, de la grâce, de la beauté, en un mot de tout ce qu'il y a de véritablement divin sur la terre.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=3|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Cet homme, si homme entre tous, n'était pas un sauvage ni un désordonné ; il ne faut pas le confondre (parce qu'il a été parfois énergique ou subtil à l'excès, et qu'il a donné ou dans les grossièretés ou dans les raffinements de son temps) avec les excentriques et les fous pleins d'eux-mêmes, ivres de leur propre nature et de leurs oeuvres — ivres de leur vin. Il a créé aussi des êtres ravissants de pureté et de douceur et il habite au centre de la nature humaine. Et n'est-ce pas chez lui qu'on doit aller chercher le mot le plus expressif pour rendre la douceur même (''the milk of human kindness''), cette qualité que je demande toujours aux talents énergiques de mêler à leur force pour qu'ils ne tombent point dans la dureté et dans la brutale offense, de même qu'aux beaux talents qui inclinent à être trop doux, je demanderai, pour se sauver de la fadeur, qu'il s'y ajoute un peu de ce que Pline et Lucien appellent amertume, ce sel de la force ; car c'est ainsi que les talents se complètent ; et [[William Shakespeare|Shakespeare]], à sa manière (et sauf les défauts de son temps), a été complet.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=7|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Qu'il me soit permis d'invoquer l'exemple du plus grand des critiques, [[Johann Wolfgang von Goethe|Goethe]], de celui de qui l'on peut dire qu'il n'est pas seulement la tradition, mais qu'il est toutes les traditions réunies : laquelle donc en lui, littérairement, domine ? l'élément classique. J'aperçois chez lui le temple de la Grèce jusque sur le rivage de la Tauride. Il a écrit ''Werther'', mais c'est ''Werther'' écrit par quelqu'un qui emporte aux champs son [[Homère]] et qui le retrouvera, même quand son héros l'aura perdu. C'est ainsi qu'il a gardé sa sérénité dominante. Personne n'habite moins que lui dans les nuages. Il a grandit le Parnasse, il l'étage, il le peuple ; il ne le détruit pas.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=8|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=C'est lui, l'auteur de ''Werther'' et de ''Faust'', et qui s'y connaissait, qui a dit ce mot si juste : ''J'appelle le classique le sain, et le romantique le malade''.|précisions=Il est ici question de [[Johann Wolfgang von Goethe|Goethe]].}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=8|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Le classique [...], dans son caractère le plus général et dans sa plus large définition, comprend les littératures à l'état de santé et de fleur heureuse, les littératures en plein accord et en harmonie avec leur époque, avec leur cadre social, avec les principes et les pouvoirs dirigeants de la société ; contentes d'elles-mêmes — contentes d'être de leur nation, de leur temps, du régime où elles naissent et fleurissent (la joie de l'esprit, a-t-on dit, en marque la force : cela est vrai pour les littératures comme pour les individus) ; les littératures qui sont et qui se sentent chez elles, dans leur voie, non déclassées, non troublantes, n'ayant pas pour principe le ''malaise'', qui n'a jamais été un principe de beauté.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=8|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Les littératures romantiques, qui sont surtout de coup de main et d'aventure, ont leurs mérites, leurs exploits, leur rôle brillant, mais en-dehors des cadres ; elles sont à cheval sur deux ou trois époques, jamais établies en plein dans une seule, inquiètes, chercheuses, excentriques de leur nature, ou très en avant ou très en arrière, volontiers ailleurs — errantes.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=9|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=La littérature classique ne se plaint pas, ne gémit pas, ne ''s'ennuie'' pas. Quelquefois on va plus loin avec la douleur et par la douleur, mais la beauté est plus tranquille. Le classique a cela, au nombre de ses caractères, d'aimer sa patrie, son temps, de ne voir rien de plus désirable ni de plus beau ; il en a le légitime orgueil. ''L'activité dans l'apaisement'' serait sa devise. Cela est vrai du siècle de [[Périclès]], du siècle d'Auguste comme du règne de [[Louis XIV]].}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=9|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Le romantique a la nostalgie, comme Hamlet ; il cherche ce qu'il n'a pas, et jusque par delà les nuages ; il rêve, il vit dans les songes.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=9|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Si un jour nous nous sentions heureux, sincèrement heureux ; si les jeunes âmes touchées d'un bon souffle, atteintes de ce contentement louable et salutaire qui n'engendre pas un puéril orgueil et qui ne fait qu'ajouter à la vie l'émulation, se sentaient heureuses de vivre dans un temps, dans un régime social qui permet ou favorise tous les beaux mouvements de l'humanité ; si elles ne se constituaient pas dès le début en révolte, en fronde, en taquinerie, en aigreur, en regrets ou en espérances d'en arrière ou d'au-delà, si elles consentaient à répandre et à diriger toutes leurs forces dans le large lit ouvert devant elles — oh ! alors l'équilibre entre les talents et le milieu, entre les esprits et le régime social, se trouverait établi ; on se retrouverait à l'unisson ; la lutte, la maladie morale cesserait et la littérature d'elle-même redeviendrait classique par les grandes lignes et par le fond (c'est l'essentiel) — non pas qu'on aurait plus de talent, plus de science, mais on aurait plus d'ombre, d'harmonie, de proportion, un noble but et des moyens plus simples et plus de courage pour y arriver. Nous recommencerions peut-être à avoir des monuments.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=10|partie=De la tradition en littérature|section=12 avril 1858. ''Causeries du lundi'', t. XV|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
=== Interventions dans ''Nouveaux lundis'' ===
==== Concernant de Vigny ====
{{citation|citation=Il est des sources dites autrefois merveilleuses dans lesquelles, si l'on plonge une baguette, un rameau vert, on ne les retire que chargés de sels brillants et à facettes, d'aiguilles diamantées, d'incrustations élégantes et bizarres : c'est à croire à une magie, à un jeu de la nature. L'esprit de M. de Vigny ressemblait à ces sources : on n'y introduisait impunément aucun fait, aucune particularité positive, aucune anecdote réelle ; elles en ressortaient tout autres et méconnaissables pour celui même qui les y avait fait entrer.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=176|partie=Alfred de Vigny|section=15 avril 1864. ''Nouveaux lundis'', t. VI|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
=== Interventions dans ''Premiers lundis'' ===
==== Concernant [[Giacomo Casanova|Casanova]] ====
{{citation|citation=Nulle part il ne rencontre de ces amantes acharnées qui s'attachent violemment à leur proie et ne lâchant pas volontiers leur infidèle ; nulle part de ces ''fornarina'' échevelées et menaçantes, comme [[George Gordon Byron|Byron]] en affronta à Venise ; nulle part non plus de ces êtres gracieusement débiles qui meurent d'un abandon.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=20|partie=[[Giacomo Casanova]]|section=18 novembre 1850. ''Causeries du lundi'', t. III|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
=== ''Mes Poisons'' ===
'''Préface'''
{{citation|citation=Si l'on se mettait à se dire tout haut les vérités, la société ne tiendrait pas un seul instant ; elle croulerait de fond en comble avec un épouvantable fracas comme le temple des Philistins sous les bras de Samson, comme ces galeries souterraines des mines ou ces passages périlleux des montagnes où il ne faut pas élever la voix sous peine d'avalanches.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=9|chapitre=I. En guise de préface|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant l'amour et les femmes ====
{{citation|citation=<poem>1864.
Le plaisir crée une franc-maçonnerie charmante. Ceux qui y sont profès se reconnaissent d'un clin d'oeil, s'entendent sans avoir besoin de paroles, et il se passe là de ces choses imprévues, sans prélude et sans suites, de ces hasards de rencontre et de mystère qui échappent au récit, mais qui remplissent l'imagination et qui sont un des enchantements de la vie. Ceux qui y ont goûté n'en veulent plus d'autres.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=78|chapitre=VIII. Sur l'amour et les femmes|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>Si j'avais un jeune ami à instruire de mon expérience, je lui dirais : — Aimez une coquette, une dévote, une sotte, une grisette, une duchesse. Vous pourrez réussir, et la dompter, la réduire. Mais si vous cherchez quelque bonheur dans l'amour, n'aimez jamais une muse. Là où vous croirez trouver son coeur, vous ne rencontrerez que son talent.
N'aimez pas Corinne — et surtout si Corinne n'est point encore montée au Capitole ; car le Capitole alors est au dedans, et à tout propos, sur tout sujet (et même les plus doux sujets), elle y monte.
Tout amant préfère le sentier, mais Corinne aime la voie romaine.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=80|chapitre=VIII. Sur l'amour et les femmes|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Mme Ancelot, rance et mielleuse, me fait l'effet d'un vieux sirop jaune oublié depuis longtemps dans sa fiole. Ouah ! j'aime cent fois mieux du vinaigre.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=82|chapitre=VIII. Sur l'amour et les femmes|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant [[Honoré de Balzac|Balzac]] ====
{{citation|citation=[[Henri IV]] a conquis son royaume ville à ville. M. de [[Honoré de Balzac|Balzac]] a conquis son public maladif infirmités par infirmités (aujourd'hui les femmes de trente ans, demain celles de cinquante, après-demain les chlorotiques, dans ''Claës'' les contrefaits). Nulle part il est question de santé.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=117|chapitre=XVI. Sur [[Honoré de Balzac|Balzac]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant Victor Cousin ====
{{citation|citation=L'article de Cousin sur les femmes du dix-septième a eu grand succès ; c'est plein de talent d'expression, de vivacité et de traits ; pourtant, c'est choquant pour qui a du goût (mais si peu en ont !) ; il traite ces femmes comme il ferait les élèves dans un cours de philosophie ; il les régente, il les range ; toi d'abord, toi ensuite ; Jacqueline par ici, la Palatine par là ; il les classe, il les clique, il les claque ; il leur déclare comme faveur suprême qu'il les admet. Tout cela manque de délicatesse. Quand on parle des femmes, il me semble que ce n'est point là la véritable question à se faire et qu'il serait mieux de se demander tout bas, non pas si on daignera les accueillir, mais si elles vous auraient accueilli.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=66|chapitre=IV. Sur Victor Cousin|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant [[Victor Hugo]] ====
{{citation|citation=<poem>Dans ce recueil des ''Ombres et Rayons'', il y a des choses aussi belles que jamais, mais aussi il y en a de plus détestables et d'insupportables vraiment. Conçoit-on par exemple que, parlant de l'amour, et après une longue et assez poétique énumération,
« Aimer, c'est comprendre les cieux,
C'est mettre (qu'on dorme ou qu'on veille)
Une lumière dans ses yeux,
Une musique en son oreille, »
il ajoute comme chose toute simple :
« C'est se chauffer à ce qui bout ! »
N'est-ce pas exactement comme si, au plus beau milieu du plus beau salon, on apportait tout d'un coup une marmite ? Il y a désormais force de ces incongruités-là chez [[Victor Hugo|Hugo]] ; ce ne sont plus des taches, ce sont des immondices.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=48|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=[[Victor Hugo|Hugo]] enfin veut être de l'Académie ; il s'en occupe, il vous en entretient gravement, il s'y appesantit durant des heures, il vous reconduit par distraction du boulevard Saint-Antoine à la Madeleine, à minuit, tout en vous en parlant. Dès que [[Victor Hugo|Hugo]] tient une idée, toutes ses forces s'y portent en masse et s'y concentrent ; et l'on entend arriver du plus loin sa grosse cavalerie d'esprit, artillerie et train, et métaphores.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=50|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=[[Victor Hugo|Hugo]] croit les hommes et le monde plus bêtes en vérité qu'ils ne le sont. Le monde est malin. Lui, le jeune et illustre Caliban, il y est pris, il le sera toujours. Son orgueil lui bouche la fenêtre. Les Girardin le flattent, l'exaltent, l'accaparent : cela me fait l'effet d'une pêche à la baleine ; ils le pêcheront.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=51|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=[[Victor Hugo|Hugo]] a du grossier et du naïf (je l'ai dit souvent, et je le redis ici d'après une personne qui le connaît encore mieux que moi). Juliette [Drouet] vieillie le garde par ses flatteries basses auxquelles il est pris. L'acteur Frédérick l'avait dit dès le premier jour : « Elle le prendra en lui disant : ''Tu es grand!'' Et elle le gardera en lui disant: ''Tu es beau!'' Il y va chaque jour parce qu'il a besoin de s'entendre dire : ''Tu rayonnes'', et elle le lui dit. Elle le lui écrit jusque dans ses comptes de cuisine qu'elle lui soumet (car avec cela il est ladre), » et elle prend note ainsi : « Reçu de mon ''trop'' chéri..., reçu de mon ''roi''..., de mon ''ange'', de mon ''beau [[Victor Hugo|Victor]]'', etc. tant pour le marché, — tant pour le blanchissage — quinze sous qui ont passé par ses ''belles mains'', etc. »}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=55|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Tant que [[Victor Hugo|Hugo]] a été jeune, ces erreurs de goût, ces crudités pouvaient sembler des inadvertances d'un enfant sublime, mais qui aime un peu trop le gros et le rouge ; mais aujourd'hui que c'est un homme fait, cela persiste et augmente, ''s'incruste'' en lui de plus en plus : il n'aura jamais de maturité.»}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=58|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Sur les brûlots que lance [[Victor Hugo|Hugo]] de l'île de Jersey. [[Victor Hugo|Hugo]] est dans son île du Cyclope : il nous lance des quartiers de rocher qui ne nous atteignent pas.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=60|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Mme [[Victor Hugo]] est morte à Bruxelles, le jeudi 27 août 1868.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=63|chapitre=IV. Sur [[Victor Hugo]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant lui-même ====
{{citation|citation=Au fond, je suis un homme très précis, très positif, et du moment que l'amour n'a plus été là, j'ai vu juste.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=21|chapitre=II. Sur lui-même|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Au fond, qu'aimerais-je mieux ? ou passer la fin de mes jours dans la solitude raffinée, égoïste et pensive de [[Emmanuel-Joseph Sieyès|Sieyès]], ou vieillir et mourir dans la prostitution banale de La Fayette ?}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=25|chapitre=II. Sur lui-même|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=La plupart des hommes célèbres meurent dans un véritable état de prostitution.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=25|chapitre=II. Sur lui-même|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== Concernant [[George Sand]] ====
{{citation|citation=Longtemps j'ai été à côté de celle qui écrivit ''Lélia'' comme à côté d'un abîme dont le bord était recouvert d'une végétation magnifique, riante, et, couché dans l'herbe haute, j'admirais. Mais un jour, à la fin, je me suis penché, et j'ai vu!
''O quanta Charybdis !''}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=112|chapitre=XV. Sur [[George Sand]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=La coterie [[George Sand]], Lamennais, [[Franz Liszt|Liszt]], Didier, etc. (Lamennais, le naïf, à part) est un amas d'affectations, de vanités, de prétentions, d'emphase et de tapages de toute sorte, un véritable fléau enfin, eu égard à l'importance des talents.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=112|chapitre=XV. Sur [[George Sand]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=[[Marie d'Agoult|Mme d'Agoult]] avait livré au public son ancien amant [[Franz Liszt|Liszt]] dans ''Nélida'' ; voilà Mme [[George Sand|Sand]] qui, à ce qu'on dit, fait la même chose pour Chopin dans ''Lucrezia'' ; elle achève d'immoler les pianistes avec des détails ignobles de cuisine et de lit. Ces dames ne se contentent pas de détruire leurs amants et de les dessécher ; elles les dissèquent.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=114|chapitre=XV. Sur [[George Sand]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Mme [[George Sand|Dudevant]] commet des infamies, et elle écrit des sublimités. Elle se flatte qu'on ne croira jamais ce qui est, et que la phrase, en définitive, prévaudra. Elle se juge assez vaisseau de haut bord pour avoir la sentine profonde.
Une Christine de Suède à l'estaminet.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=114|chapitre=XV. Sur [[George Sand]]|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
==== ''Jugements divers'' ====
{{citation|citation=Le vice moderne qui a fait le plus de mal peut-être dans ces derniers temps, a été la phrase, la déclamation, les grands mots dont jouaient les uns, ou que prenaient au sérieux les autres, que prenaient au sérieux ceux mêmes qui en jouaient...}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=30|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>Anecdotes sur [[François-René de Chateaubriand|Chateaubriand]] et ses deux Floridiennes, sur [[George Gordon Byron|Byron]] et ses deux Albanais.
Oserai-je jamais moi-même imprimer cela ? Quand on arrive à une certaine note de vérité, on offense les gens jusqu'à les faire crier : ils vous lapideraient, s'ils pouvaient.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=30|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>Mars 1848.
[[Alphonse de Lamartine|Lamartine]] règne et plane, [[Victor Hugo|Hugo]] patauge.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=32|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=<poem>La prose de [[Alfred de Musset|Musset]] est charmante, au rebours de celle de [[Victor Hugo]] qui ne peut se relire.
— Essayez, si vous pouvez, de relire ''Notre-Dame de Paris''.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=32|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=[[Théophile Gautier]], qui a une figure assez agréable, assez noble, la chevelure parfumée, le gilet écarlate, a l'haleine gâtée, détestable : ainsi dans sa poésie, à travers toutes les couleurs et les formes spécieuses, il revient toujours un petit souffle fétide, qui corrompt.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=40|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
{{citation|citation=Les défauts de [[Victor Hugo|Hugo]] sont déjà énormes et, comme s'il avait peur qu'on ne les vît pas il les a placés entre deux miroirs grossissants, [[Théophile Gautier|Gautier]] et Vacquerie.}}
{{Réf Livre|titre=Mes Poisons|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=La Table Ronde|année=2006|page=41|chapitre=III. Jugements divers|ISBN=2-7103-2862-3}}
 
=== ''Portraits de Femmes'' ===
==== ''Avertissement'' ====
{{citation|citation=[...] il est impossible d'essayer de parler des femmes sans se mettre d'abord en goût et comme en humeur par [[Marie de Sévigné|Mme de Sévigné]]. Cela tient lieu d'une de ces invocations ou libations qu'on aurait faites dans l'antiquité à la pure source des grâces. [1845]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=37|section=Avertissement|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant le livre de M. Delécluse ====
{{citation|citation=Quelque agités que soient les temps où l'on vit, quelque corrompus ou quelque arides qu'on les puisse juger, il est toujours certains livres exquis et rares qui trouvent moyen de naître ; il est toujours des coeurs de choix pour les produire délicieusement dans l'ombre, et d'autres coeurs épars çà et là pour les recueillir. Ce sont des livres qui ne ressemblent pas à des livres, et qui quelquefois même n'en sont pas ; ce sont de simples et discrètes destinées jetées par le hasard dans des sentiers de traverse, hors du grand chemin poudreux de la vie, et qui de là, lorsqu'en s'égarant soi-même on s'en approche, vous saisissent par des parfums suaves et des fleurs toutes naturelles, dont on croyait l'espèce disparue. [Juillet 1832]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=60|section=Du Roman intime ou mademoiselle de Liron|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant [[Claire de Duras]] ====
{{citation|citation=Il y avait entre les cercles doctrinaires studieux, raisonneurs, bien nobles alors assurément, mais surtout fructueux, et les cercles purement aristocratiques et frivoles, il y avait un intervalle fort marqué, un divorce obstiné et complet ; d'un côté les lumières, les idées modernes, de l'autre le charme ancien, séparés par des prétentions et une morgue réciproque. En quelque endroit pourtant la conciliation devait naître et s'essayer. De même que du sein des rangs royalistes une voix éloquente s'élevait par accès, qui conviait à une chevaleresque alliance la légitimité et la liberté, et qui, dans l'ordre politique, invoquait un idéal de monarchie selon la Charte, de même, tout à côté, et avec plus de réussite, dans la haute compagnie, il se trouvait une femme rare, qui opérait naturellement autour d'elle un compromis merveilleux entre le goût, le ton d'autrefois et les puissances nouvelles. Le salon de [[Claire de Duras|Mme de Duras]], sa personne, son ascendant, tout ce qui s'y rattache, exprime, on ne saurait mieux, l'époque de la Restauration par un aspect de grande existence encore et d'accès à demi aplani, par un composé d'aristocratie et d'affabilité, de sérieux sans pesanteur, d'esprit brillant et surtout non vulgaire, semi-libéral et progressif insensiblement, par toute cette face d'illusions et de transactions dont on avait ailleurs l'effort et la tentative, et dont on ne sentait là que la grâce. C'à été une des productions naturelles de la Restauration, comme ces îles de fleurs formées un moment sur la surface d'un lac, aux endroits où aboutissent, sans trop se heurter, des courants contraires. On a comparé toute la construction un peu artificielle de l'édifice des quinze ans à une sorte de terrasse de Saint-Germain, au bas de laquelle passait sur la grande route le flot populaire, qui finit par la renverser : il y eut sur cette terrasse un coin, et ce ne fut pas le moins attrayant d'ombrage et de perspective, qui mérite de garder le nom de [[Claire de Duras|Mme de Duras]] : il a sa mention assurée dans l'histoire détaillée de ces temps. [Juin 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=105|section=[[Claire de Duras|Madame de Duras]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=L'idée d' ''Ourika'', d' ''Edoudard'', et probablement celle qui anime les autres écrits de [[Claire de Duras|Mme de Duras]], c'est une idée d'inégalité, soit de nature, soit de position sociale, une idée d'empêchement, d'obstacle entre le désir de l'âme et l'objet mortel ; c'est quelque-chose qui manque et qui dévore, et qui crée une sorte d'envie sur la tendresse ; c'est la laideur et la couleur d'Ourika, la naissance d'Edouard ; mais, dans ces victimes dévorées et jalouses, toujours la générosité triomphe. L'auteur de ces touchants récits aime à exprimer l'impossible et briser les coeurs qu'il préfère, les êtres chéris qu'il a formés : le ciel seulement s'ouvre à la fin pour verser quelque rosée qui rafraîchit. [Juin 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=112|section=[[Claire de Duras|Madame de Duras]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Sauf ''Eugénie et Mathilde'', les romans de [[Adélaïde de Souza|Mme de Souza]] appartiennent au dix-huitième siècle vu de l'Empire. Les romans de [[Claire de Duras|Mme de Duras]], au contraire, sont bien de la Restauration, écho d'une lutte non encore terminée, avec le sentiment de grandes catastrophes en arrière. Une de ses pensées habituelles était que, pour ceux qui ont subi jeunes la Terreur, le bel âge a été flétri, qu'il n'y a pas eu de jeunesse, et qu'ils porteront jusqu'au tombeau cette mélancolie première. [Juin 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=116|section=[[Claire de Duras|Madame de Duras]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant Horace ====
{{citation|citation=Horace aime à poser sa Vénus près des lacs d'Albane, en marbre blanc, sous des lambris de citronnier : ''sub trabe citrea''. Volontiers certains petits livres, nés de Vénus et chers à la grâce, se cachent ainsi parfumés dans leurs tablettes de bois de palissandre. [15 Mars 1839]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=490|section=Madame de Charrière|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant [[Germaine de Staël|Germaine de Staël]] ====
{{citation|citation=On aime, après les révolutions qui ont changé les sociétés, et sitôt les dernières pentes descendues, à se retourner en arrière, et, aux divers sommets qui s'étagent à l'horizon, à voir s'isoler et se tenir, comme les divinités des lieux, certaines grandes figures. Cette personnification du génie des temps en des individus illustres, bien qu'assurément favorisée par la distance, n'est pourtant pas une pure illusion de perspective : l'éloignement dégage et achève ces points de vue, mais ne les crée pas. Il est des représentants naturel et vrais pour chaque moment social ; mais, d'un peu loin seulement, le nombre diminue, le détail se simplifie, et il ne reste qu'une tête dominante : Corinne, vue d'un peu loin, se détache mieux au cap Misène. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=125|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=[...] l'existence de [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] est dans son entier comme un grand empire qu'elle est sans cesse occupée, non moins que cet autre conquérant, son contemporain et son oppresseur, à compléter et à augmenter. Mais ce n'est pas dans un sens matériel qu'elle s'agite ; ce n'est pas une province après une province, un royaume après un autre, que son activité infatigable convoite et entasse : c'est dans l'ordre de l'esprit qu'elle s'épand sans cesse ; c'est la multiplicité des idées élevées, des sentiments profonds, des relations enviables, qu'elle cherche à organiser en elle, autour d'elle. Oui, en ses années de vie entière et puissante, instinctivement et par l'effet d'une sympathie, d'une curiosité impétueuse, elle aspirait à une vaste cour, à un empire croissant d'intelligence et d'affection, où rien d'important ou de gracieux ne fût omis, où toutes les distinctions de talent, de naissance, de patriotisme, de beauté, eussent leur trône sous ses regards : comme une impératrice de la pensée, elle aimait à enserrer dans ses libres domaines tous les apanages. Quand [[Napoléon Bonaparte|Bonaparte]] la frappa, il en voulait confusément à cette rivalité qu'elle affectait sans s'en rendre compte elle-même. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=129|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Ses écrits [...], dans l'imperfection même de beaucoup de détails, dans la succession précipitée des aperçus et le délié des mouvements, ne traduisent souvent que mieux sa pensée subtile, son âme respirante et agitée ; et puis, comme art, comme poëme, le roman de ''Corinne'', à lui seul, présenterait un monument immortel. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=131|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Elle écrivit à quinze ans des extraits de l' ''Esprit des Lois'', avec des réflexions ; à cet âge, en 1781, lors de l'apparition du Compte-rendu, elle adressa à son père une lettre anonyme où son style la fit reconnaître. Mais ce qui prédominait surtout en elle, c'était cette sensibilité qui, vers la fin du dix-huitième siècle, et principalement par l'influence de [[Jean-Jacques Rousseau|Jean-Jacques]], devint régnante sur les jeunes coeurs, et qui offrait un si singulier contraste avec l'analyse excessive et les prétentions incrédules du reste de l'époque. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=132|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Il y a une inspiration antique dans cette figure de jeune femme qui s'élance pour parler à un peuple, le pied sur des décombres tout fumants. Il y a de plus une grande sagacité politique et une entente de la situation réelle, dans les conseils déjà mûrs qui lui échappent sous cet accent passionné. Témoin des succès audacieux du fanatisme, [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] le déclare la plus redoutable des forces humaines ; elle l'estime inévitable dans la lutte et nécessaire au triomphe en temps de révolution, mais elle le voudrait à présent circonscrire dans le cercle régulier qui s'est fait autour de lui. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=143|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Il n'est pas en révolution de période plus heureuse, selon elle, c'est-à-dire plus à la merci des efforts et des sacrifices intelligents, que celle où le fanatisme s'applique à vouloir l'établissement d'un gouvernement dont on n'est plus séparé, si les esprits sages y consentent, par aucun nouveau malheur. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=143|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Un ordre de police la rejetait à quarante lieues de Paris : instinctivement, opiniâtrement, comme le noble coursier au piquet, qui tend en tous sens son attache, comme la mouche abusée qui se brise sans cesse à tous les points de la vitre en bourdonnant, elle arrivait à cette fatale limite, à Auxerre, à Châlons, à Blois, à Saumur. Sur cette circonférence qu'elle décrit et qu'elle essaye d'entamer, sa marche inégale avec ses amis devient une stratégie savante ; c'est comme une partie d'échecs qu'elle joue contre [[Napoléon Bonaparte|Bonaparte]] et Fouché représentés par quelque préfet plus ou moins rigoriste. Quand elle peut s'établir à Rouen, la voilà, dans le premier instant, qui triomphe, car elle a gagné quelques lieues sur le rayon géométrique. Mais ces villes de province offraient peu de ressources à un esprit si actif, si jaloux de l'accent et des paroles de la pure Athènes. Le mépris des petitesses et du médiocre en tout genre la prenait à la gorge, la suffoquait ; elle vérifiait et commentait à satiété la jolie pièce de Picard [...]. Enfin, grâce à la tolérance de Fouché, qui avait pour principe de faire le moins de mal possible quand c'était inutile, il y eut moyen de s'établir à dix-huit lieues de Paris (quelle conquête !), à Acosta, terre de Mme de Castellane ; elle surveillait de là l'impression de ''Corinne''. En renvoyant les ''épreuves'' du livre, elle devait répéter souvent, comme Ovide : « Va, mon livre, heureux livre, qui iras à la ville sans moi ! » — « Oh ! le ruisseau de la rue du Bac ! » s'écriait-elle quand on lui montrait le miroir du Léman. A Acosta, comme à Coppet, elle disait ainsi ; elle tendait plus que jamais les mains vers cette rive si prochaine. L'année 1806 lui sembla trop longue pour que son imagination tint à un pareil supplice, et elle arriva à Paris un soir, n'amenant ou ne prévenant qu'un très-petit nombre d'amis. Elle se promenait chaque soir et une partie de la nuit à la clarté de la lune, n'osant sortir le jour. Mais il lui prit, durant cette aventureuse incursion, une envie violente qui la caractérise, un caprice, par souvenir, de voir une grande dame, ancienne amie de son père Mme de Tessé, celle même qui disait : « Si j'étais reine, j'ordonnerais à [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] de me parler toujours. » Cette dame pourtant, alors fort âgée, s'effraya à l'idée de recevoir [[Germaine de Staël|Mme de Staël]] proscrite, et il résulta de la démarche une série d'indiscrétions qui firent que Fouché fut averti. Il fallut vite partir, et ne plus se risquer désormais à ces promenades au clair de lune, le long des quais, du ruisseau favori et autour de cette place Louis XV si familière à Delphine. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=193|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Laissons le temps s'écouler, l'auréole se former de plus en plus sur ces collines, les cimes, de plus en plus touffues, murmurer confusément les voix du passé, et l'imagination lointaine embellir un jour, à souhait, les troubles, les déchirements des âmes, en ces Edens de la gloire. [Mai 1835]|précisions=A propos de Coppet}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=203|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Corinne a beau resplendir par instants comme la prêtresse d'Apollon, elle a beau être, dans les rapports habituels de la vie, la plus simple des femmes, une femme gaie, mobile, ouverte à mille attraits, capable sans effort du plus gracieux abandon ; malgré toutes ces ressources du dehors et de l'intérieur, elle n'échappera point à elle-même. Du moment ''qu'elle se sent saisie par la passion, par cette griffe de vautour sous laquelle le bonheur et l'indépendance succombent'', j'aime son impuissance à se consoler, j'aime son sentiment plus fort que son génie, son invocation fréquente à la sainteté et à la durée des liens qui seuls empêchent les brusques déchirements, et l'entendre, à l'heure de mourir, avouer en son chant du cygne : « De toutes les facultés de l'âme que je tiens de la nature, celle de souffrir est la seule que j'aie exercée tout entière. » [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=205|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=La passion divine d'un être qu'on ne peut croire imaginaire introduit, le long des cirques antiques, une victime de plus, qu'on n'oubliera jamais ; le génie, qui l'a tirée de son sein, est un vainqueur de plus, et non pas le moindre dans cette cité de tous les vainqueurs. [Mai 1835]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=206|section=[[Germaine de Staël|Madame de Staël]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
==== Concernant [[Adélaïde de Souza]] ====
{{citation|citation=On aurait tort de croire qu'il y a faiblesse et perte d'esprit à regretter ces agréments envolés, ces fleurs qui n'ont pu naître, ce semble, qu'à l'extrême saison d'une société d'aujourd'hui détruite. Les peintures nuancées dont nous parlons supposent un goût et une culture d'âme que la civilisation démocratique n'aurait pas abolis sans inconvénient pour elle-même, s'il ne devait renaître dans les moeurs nouvelles quelque chose d'analogue un jour. La société moderne, lorsqu'elle sera un peu mieux assise et débrouillée, devra avoir aussi son calme, ses coins de fraîcheur et de mystère, ses abris propices aux sentiments perfectionnés, quelques forêts un peu antiques, quelques sources ignorées encore. Elle permettra, dans son cadre en apparence uniforme, mille distinctions de pensées et bien des formes rares d'existences intérieures ; sans quoi elle serait sur un point très au-dessous de la civilisation précédente et ne satisferait que médiocrement toute une famille d'âmes. [Mars 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=82|section=[[Adélaïde de Souza|Madame de Souza]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=On était à la veille de la Révolution, quand ce charmant volume fut composé ; en 93, à Londres, au milieu des calamités et des gênes, l'auteur le publia. Cette Adèle de Sénange parut dans ses habits de fête, comme une vierge de Verdun échappée au massacre, et ignorant le sort de ses compagnes. [Mars 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=85|section=[[Adélaïde de Souza|Madame de Souza]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=''Charles et Marie'' est un gracieux et touchant petit roman anglais, un peu dans le goût de Miss Burney. Le paysage de parcs et d'élégants cottages, les moeurs, les ridicules des ladies chasseresses ou savantes, la sentimentalité languissante et pure des amants, y composent un tableau achevé qui marque combien ce séjour en Angleterre a inspiré naïvement l'auteur. [Mars 1834]}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=87|section=[[Adélaïde de Souza|Madame de Souza]]|ISBN=2-07-039493-X}}
 
=== ''Portraits Contemporains'' ===
==== Concernant [[Alfred de Musset|Musset]] ====
{{citation|citation=Il y avait dans ce jeune talent une connaissance prématurée de la passion humaine, une joute furieuse avec elle. ''Amour, fléau du monde, exécrable folie'', n'avait jamais été étreint plus au vif et, pour ainsi dire, plus au sang. Le poète de dix-neuf ans remuait l'âme dans ses abîmes, il en arrachait la vase impure à une étrange profondeur ; il culbutait du pied le couvercle de la tombe : à lui les femmes en cette vie, et le néant après ! La vieillesse était apostrophée, foulée en maint endroit, secoué par le menton, comme décrépite.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=102|partie=[[Alfred de Musset]]|section=Février 1835. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=Quel était donc le coeur de ce poète qui avait tant de pitié de la blancheur des marbres ? Poète, il l'était manifestement, même au fort de sa débauche. Dans ses plus mauvais chemins, la vérité rayonnante, l'image inespérée, l'éclat facile et prompt jaillissaient de la poussière de ses pas. Ce que ne donnent ni l'effort, ni l'étude, ni la logique d'un goût attentif et perfectible, il l'atteignait au passage ; il avait dans le style cette vertu d'ascension merveilleuse qui transporte en un clin d'oeil là où nul n'arrive en gravissant.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=103|partie=[[Alfred de Musset]]|section=Février 1835. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
==== Concernant de Vigny ====
{{citation|citation=La poésie de M. de Vigny a quelque chose de grand, de large, de calme, de lent ; le vers est comme une onde immense, au bord d'une nappe et avançant sur toute sa longueur sans se briser. Le mouvement est souvent comme celui d'une eau, non pas d'une eau qui coule et descend, mais d'une eau qui s'élève et s'amoncelle avec murmure, comme l'eau du déluge, comme Moïse qui monte.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=174|partie=Alfred de Vigny|section=1835. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
==== ''De la littérature industrielle'' ====
{{citation|citation=En province, à Paris même, si l'on n'y est pas plus ou moins mêlé, on ignore ce que c'est au fond que la presse, ce bruyant rendez-vous, ce poudreux boulevard de la littérature du jour, mais qui a, dans chaque allée, ses passages secrets.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=185|partie=De la littérature industrielle|section=1er septembre 1839. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=L'état actuel de la presse quotidienne, en ce qui concerne la littérature, est, pour trancher le mot, désastreux. Aucune idée morale n'étatn en balance, il est arrivé qu'une suite de circonstances matérielles a graduellement altéré la pensée et en a dénaturé l'expression. L'annonce naquit et elle passa vite aux prodiges. Les conséquences de l'annonce furent rapides et infinies. On eut beau vouloir séparer dans le journal ce qui restait consciencieux et libre de ce qui devenait public et vénal : la limite du ''filet'' fut bientôt franchie. La ''réclame'' servit de pont. Comment condamner à deux doigts de distance, qualifier détestable et funeste ce qui se proclamait et s'affichait, deux doigts plus bas, comme la merveille de l'époque ? L'attraction des majuscules croissantes de l'annonce l'emporta: ce fut une montagne d'aimant qui fit mentir la boussole. Afin d'avoir en caisse le profit de l'annonce, on eut de la complaisance pour les livres annoncés ; la critique y perdit son crédit.}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=186|partie=De la littérature industrielle|section=1er septembre 1839. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
{{citation|citation=<poem>L'annonce constitue, après l'impression, un redoublement de frais qu'il faut prélever sur la première vente, avant d'atteindre aucun profit : mille francs d'annonces pour un ouvrage nouveau ; aussi, à partir de là, les libraires ont-ils impitoyablement exigé des auteurs deux volumes au lieu d'un, et des volumes in-octavo au lieu d'un format moindre ; car cela ne coûte pas plus à annoncer et, les frais d'annonce restant les mêmes, la vente du moins est double et répare.
[...] Il y a des auteurs qui n'écrivent plus leurs romans de feuilletons qu'en dialogue, parce qu'à chaque phrase, et quelquefois à chaque mot, il y a du blanc et que l'on gagne une ligne [...]. Ainsi chacun est allé tout droit dans son égoïsme, coupant l'arbre par la racine. Chacun, en y passant, a effondré le terrain sous ses pas : qu'importe les survenants ? après nous, le déluge !</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=187|partie=De la littérature industrielle|section=1er septembre 1839. ''Portraits contemporains'', t. II|ISBN=2-7056-6179-4}}
 
=== ''Portraits Littéraires'' ===
==== Concernant [[André Chénier]] ====
{{citation|citation=Une voix pure, mélodieuse et savante, un front noble et triste, le génie rayonnant de jeunesse, et parfois, l'oeil voilé de pleurs ; la volupté dans toute sa fraîcheur et sa décence ; la nature dans ses fontaines et ses ombrages ; une flûte de buis, un archet d'or, une lyre d'ivoire ; le beau pur, en un mot, voilà [[André Chénier]].}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=33|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=[[André Chénier|Chénier]] était un païen aimable, croyant à Vénus, aux Muses ; un Alcibiade candide et modeste, nourri de poésie, d'amitié et d'amour.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=21|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=<poem>[[André Chénier]] nous a dit le secret de son âme : sa vie ne fut pas une vie de plaisir, mais d'art, et tendait à se purifier de plus en plus.
[...] il rêvait, aux bords de la Marne, quelque retraite indépendante et pure, quelque ''saint loisir'', où les beaux-arts, la poésie, la peinture (car il peignait volontiers), le consoleraient des voluptés perdues, et où l'entoureraient un petit nombre d'amis de son choix.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=34|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Suivant [[André Chénier]], ''l'art ne fait pas que des vers, le coeur seul est poète'' ; mais cette pensée si vraie ne le détournait pas, aux heures de calme et de paresse, d'amasser par des études exquises ''l'or et la soie qui devait passer en ses vers'' [...]. L'analyse la plus fine, les préceptes de composition les plus intimes, s'y transforment sous ses doigts, s'y couronnent de grâce, y reluisent d'images et s'y modulent comme un chant.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=34|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
{{citation|citation=Il compare sa muse jeune et légère à l'harmonieuse cigale, ''amante des buissons'', et s'il est triste, si ''sa main imprudente a tari son trésor'', si sa maîtresse lui a fermé, ce soir-là, le ''seuil inexorable'', une visite d'ami, un sourire de ''blanche voisine'', un livre entrouvert, un rien le distrait, l'arrache à sa peine.}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=35|partie=[[André Chénier]]|section=1829. ''Portraits littéraires'', t.I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
==== Concernant [[Denis Diderot|Diderot]] ====
{{citation|citation=<poem>[[Denis Diderot|Diderot]] fut cet homme, moule vaste et bouillonnant où tout se fond, où tout se broie, où tout fermente ; capacité la plus encyclopédique qui fût alors, mais capacité active, dévorante à la fois et vivifiante, animant, embrasant tout ce qui y tombe et le renvoyant au dehors dans des torrents de flamme et aussi de fumée ; Diderot passant d'une machine à bas qu'il démonte et décrit aux creusets de d'[[Paul Henri Thiry d'Holbach|Holbach]] et de Rouelle, aux considérations de Bordeu ; disséquant, s'il le veut, l'homme et ses sens aussi dextrement que Condillac, dédoublant le fil de cheveu le plus ténu sans qu'il se brise, puis tout d'un coup rentrant au sein de l'être, de l'espace, de la nature et taillant en plein dans la grande géométrie métaphysique quelques larges lambeaux, quelques pages sublimes et lumineuses que Malebranche ou Leibniz auraient pu signer avec orgueil s'ils n'eussent été chrétiens ; esprit d'intelligence, de hardiesse et de conjecture, alternant du fait à la rêverie, flottant de la majesté au cynisme, bon jusque dans son désordre, un peu mystique dans son incrédulité et auquel il n'a manqué, comme à son siècle, pour avoir l'harmonie, qu'un rayon divin, un ''fiat lux'', une idée régulatrice, un Dieu.
Entre [[Voltaire]], [[Georges-Louis Leclerc de Buffon|Buffon]], [[Jean-Jacques Rousseau|Rousseau]] et d'[[Paul Henri Thiry d'Holbach|Holbach]], entre les chimistes et les beaux esprits, entre les géomètres, les mécaniciens et les littérateurs, entre ces derniers et les artistes, sculpteurs ou peintres, entre les défenseurs du goût ancien et les novateurs comme Sedaine, [[Denis Diderot|Diderot]] fut un lien. Il était bien propre à être le centre mobile, le pivot du tourbillon ; à mener la ligue à l'attaque avec concert, inspiration et quelque chose de tumultueux et de grandiose dans l'allure.</poem>}}
{{Réf Livre|titre=Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès|auteur=Charles-Augustin Sainte-Beuve|éditeur=Hermann (éditeurs des sciences et des arts)|collection=Collection savoir : lettres|année=1992|année d'origine=|page=54|partie=[[Denis Diderot|Diderot]]|section=Juin 1831. ''Portraits littéraires'', t. I|ISBN=2-7056-6178-6}}
 
== Propos rapportés de Sainte-Beuve et commentaires à ce même sujet ==
=== Citations concernant [[Juliette Récamier]] ===
{{citation|citation=<poem>C'est acquérir des forces que de simplifier sa vie. [[Juliette Récamier|Mme Récamier]] fut plus puissante dans sa cellule de l'Abbaye-aux-Bois qu'elle ne l'avait été dans son bel hôtel. « C'est là, dit Sainte-Beuve, que son doux génie, dégagé des complications trop vives, se fit de plus en plus sentir avec bienveillance... L'esprit de parti était alors dans sa violence. Elle désarmait les colères ; elle adoucissait les aspérités ; elle vous ôtait la rudesse et vous inoculait l'indulgence. » Une femme, si elle est belle, un peu coquette et sait écouter, peut beaucoup sur les passions des hommes. Elle obtient tout parce qu'elle n'exige rien. « Être protégé par [[Juliette Récamier|Mme Récamier]] fut, pendant plus de trente ans, la plus infaillible des recommandations. » Elle régna sur l'Académie, sur les Facultés, sur les ministères, « et il n'y avait pas jusqu'aux bâtards de son apothicaire et de son portier que cette femme essentiellement bonne et obligeante ne trouvât moyen de convenablement caser dans les bureaux des ministres ».
A l'Abbaye-aux-Bois, les amours de [[François-René de Chateaubriand|Chateaubriand]] et de [[Juliette Récamier|Mme Récamier]] prirent un caractère cérémonieux et public qui rappelle les journées du grand roi.</poem>|précisions=Sainte-Beuve cité par le biographe André Maurois en 1938}}
{{Réf Livre|titre=René ou la vie de Chateaubriand|auteur=[[André Maurois]]|éditeur=Grasset|collection=Les Cahiers Rouges|année=1956|page=276|section=V ''Un instant de bonheur'|chapitre=VII « Le partisan »
|ISBN=2-246-18904-7}}
 
== L'oeuvre de Sainte-Beuve appréhendée à son tour par la critique ==
=== Giovanni Macchia, ''[[François-René de Chateaubriand|Chateaubriand]]'' — Europe n°775-776, 1993 ===
{{citation|citation=Après la première grande tentative d'interprétation proposée par Sainte-Beuve, dont la mesure se trouvait dans un jeu de reconnaissances et de repentirs, on vit s'esquisser un processus de mythification de l'écrivain, où la raison critique s'éclipsait tandis qu'étaient exaltés des motifs irrationnels, presque mystiques : le mystère d'une créativité qui loge dans une tournure, une phrase, une page, et qui de cette page se transmet à l'oeuvre et à l'homme qui l'a composée, de même qu'un brin d'herbe contient le miracle de l'entière création.}}
{{Réf Article|titre=L'homme de la mort — Mythification de l'écrivain|auteur=Giovanni Macchia|publication=Chateaubriand — Revue Littéraire Europe|numéro=775-776|page=10|date=Novembre-décembre 1993|ISSN=0014-2751}}
 
=== Gérald Antoine, Préface de ''Portraits de Femmes'', 1998 ===
{{citation|citation=La grâce peut épouser la force : Sainte-Beuve ne s'y risquera point. Elle peut épouser la délicatesse : c'est son alliance de prédilection.|précisions=Citation extraite de la préface proposée par Gérald Antoine en 1998.}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=13|section=Un peintre qui « se mire » en ses modèles|chapitre=Préface conçue par Gérald Antoine|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Sainte-Beuve n'aime rien tant que peindre des visages en demi-teinte, des femmes écrivains de peu d'éclat, moins auteurs que femmes et qui d'ailleurs ne cherchent nullement à se faire voir de loin.|précisions=Citation extraite de la préface proposée par Gérald Antoine en 1998.}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=15|section=Femmes et oeuvres : lesquelles choisir ?|chapitre=Préface conçue par Gérald Antoine|ISBN=2-07-039493-X}}
 
{{citation|citation=Si l'on nous demandait [...] les impressions les plus insistantes qui se dégagent des ''Portraits de Femmes'', nous mettrions en avant d'abord une constante et soyeuse bigarrure, ensuite un invincible goût de l'en-deçà. En-deçà de la critique comme du portrait, car selon l'auteur ni l'une ni l'autre n'ont de fin. En-deçà de la biographie, car elle sent trop l'érudition. En-deçà de la poésie, fût-elle en prose, car sauf exception il n'ose y prétendre. Au bout du compte, les ''Portaits de Femmes'' sont un subtil assortiment de tout cela, et la somme est un fruit dont les saveurs composites flattent la gourmandise, sans toujours l'apaiser.|précisions=Citation extraite de la préface proposée par Gérald Antoine en 1998.}}
{{Réf Livre|titre=Portraits de Femmes|auteur=Sainte-Beuve|éditeur=Gallimard|collection=Folio Classique|année=1998|page=32|section=Du peintre à son public|chapitre=Préface conçue par Gérald Antoine|ISBN=2-07-039493-X}}
 
 
{{interprojet|w}}
{{DEFAULTSORT:Sainte-Beuve, Charles-Augustin}}
[[Catégorie:Écrivain]]
[[Catégorie:Critique]]
[[Catégorie:Homme]]
[[Catégorie:Personnalité française]]
[[Catégorie:Naissance en 1804]]
[[Catégorie:Décès en 1869]]
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