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{{w|Anne Calife}}, de son vrai nom '''Anne Colmerauer''', est une femme de lettres [[France|française]] née le {{date|19|mai|1966}} à Grenoble (Rhône-Alpes, [[:w:Isère (département)|Isère]]). Son œuvre comprend des romans qui traitent de thèmes divers, souvent liés à l'addiction, mais aussi quelques pièces de théâtre. Publiée par de nombreuses maisons d'éditions, ses textes, bien que peu connus, sont considérés, par ses lecteurs aussi bien que par la presse, comme "justes et forts", reflétant une écriture nerveuse et sensorielle.
Voir est le verbe relatif au sens de la vue.
 
== {{w|Anne Calife}} sous le nom de Anne Colmerauer, {{w|Meurs la faim}}, 1999 ==
==Littérature==
===Roman===
 
{{Citation |En l’air, le ciel est blanc, tellement il veut être bleu. Même pas un petit nuage pour s’accrocher. Au sol, quelques maisons éparses et cette roche calcaire comme des gros morceaux de sucre qui renvoie le soleil. Et tout le silence qui rend le soleil plus fort}}
==== [[Anne Calife]], ''Paul et le Chat'', 2004 ====
{{Réf Livre|titre=Meurs a faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999, réedition Menthol House|année=2004|page=9|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
{{citation|Alors, c’est Paul que je regarde. Voir, je ne sais faire que cela : Paul, neuf mois. Son premier Printemps. Des yeux, je suis l'arc énorme de sa joue rose que surmonte celui plus petit de la cornée, puis au-dessus, un cil noir incurvé en aile d'oiseau. Et ses joues… si tendues qu'elles en allument des reflets. Entre la mer et le ciel, les soldats avancent lentement, leurs costumes gris volent sur le sable comme des poissons perdus.}}
 
{{Citation|L’appartement est immense avec du blanc partout, au sol, au plafond, sur les murs. Dans mes promenades, je rencontre peu de meubles mais beaucoup de cartons. Tout est vide. Au sol, il y a du marbre blanc, au ciel volent des mouettes blanches, qui ne ressemblent pas aux oiseaux que je connais.}}
{{Réf Livre|titre=Meurs a faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999, réedition Menthol House|année=2004|page=9|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
 
{{Citation|Comment fait-on un signe de croix ? Je ne connais rien à la religion. Comment faire un signe de croix avec des mains blanches de chantilly }}
{{Réf Livre|titre=Meurs la faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999. réedition Menthol House|année=2004|page=205|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
 
{{Citation|En été, tout Marseille va à Cassis. La tôle de la voiture renvoie des éclairs blancs sous le soleil. Je cligne des yeux. J’aperçois à peine le conducteur }}
{{Réf Livre|titre=Meurs la faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999. réedition Menthol House|année=2004|page=160|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
 
{{Citation|Il était parfaitement détendu. Ses fesses blanches lui faisaient une petite culotte. Il s’essuya en silence, un pli narquois au coin des commissures.}}
{{Réf Livre|titre=Meurs la faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999. réedition Menthol House|année=2004|page=155|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
 
{{Citation|Rien n’est plus impressionnant qu’une calanque. Tirés du ciel, des blocs de roches blanches crêtées de noir plongent, verticaux, dans la mer. Leurs clapotis égayèrent Sophie. Elle rit la première. Puis ce fut mon tour. Enfin ma mère découvra ses grandes dents blanches.}}
{{Réf Livre|titre=Meurs la faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999. réedition Menthol House|année=2004|page=1152|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
 
{{Citation|L’inquiétude la rend cruelle. Quand elle tient une proie entre ses dents blanches, elle ne lâche jamais. Elle va mitrailler en scrutant mon regard. Que faire ? }}
{{Réf Livre|titre=Meurs la faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999. réedition Menthol House|année=2004|page=168|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
 
{{Citation|Tout me manque. Le sourire blanc de ma mère me manque, l’ordinateur égoïste de mon père me manque, le thym et la sauge me manquent }}
{{Réf Livre|titre=Meurs la faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999. réedition Menthol House|année=2004|page=205|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
 
{{Citation|Mon sang La traverse et me traverse comme un seul corps. Chaque jour, Elle grandit davantage. Je flaire la folie. La nuit, Elle dort sous mon lit. Son pied blanc dépasse du matelas. J’essaie de faire comme si de rien n’était ; c’est juste mon imagination. Mais dès que je ferme les yeux, Elle se jette sur moi et m’étrangle }}
{{Réf Livre|titre=Meurs la faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999. réedition Menthol House|année=2004|page=205|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
 
{{Citation|Bleu cathodique. Les images continuaient dans la cuisine avec les fumées bleutées qui se développaient lentement comme le souffle de la ville à l’agonie }}
{{Réf Livre|titre=Meurs la faim |auteur= Anne Calife|éditeur=Gallimard,1999. réedition Menthol House|année=2004|page=205|ISBN=978-2-9599680-1-3}}
 
==== {{w|Anne Calife}} sous le nom de Anne Colmerauer, ''La déferlante'', 2003 ====
{{Citation |Je monte une gamme harassante. Mon ombre noire, hésitante me suit péniblement. Sur les marches blanches, elle marque des bémols chancelants. Elle s'affine, traînant derrière moi, de plus en plus longue et filiforme, puis refuse. Essoufflée, je m'arrête. Mon ombre aussi. Marseille entoure la mer dans ses longs bras blancs.… Au loin palpite la mer, ce globe humide visqueux, œil immense tourné vers moi. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=11|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Au-dessus de moi, grincent des mouettes aux ailes écartelées. Sous le ciel tendu, Lucille monte les marches, des centaines de marches blanches formant le piano géant des escaliers de la gare Saint Charles. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=11|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Fuis, fuis, Lucille. Fuis ces milliards de mètres cubes d’eau salée, ce ciel trop blanc.. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=11|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Quand j’ai remis ma chemise, je me suis rendu compte qu’elle sentait … Oui une odeur de transpiration végétale. La même que celle de… de … ma mère … Oui, Lucille sur une île blanche avec autour du bleu. Que du bleu. Devant, derrière. De temps à autre, je recevais de mon passé des bouteilles avec du papier jauni dedans. Et, là, c’est le présent qui tambourine à la porte. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=11|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Le train se dirige vers le Nord. Au fil des rails, la nature paraît se solidifier, se rigidifier. L’énergie du ciel passe dans les feuilles, les branches. Les arbres s’élancent plus hauts, plus verdoyants, tandis que le ciel pâlit, se trouble devant ces troncs puissants, cette force de l’herbe. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=13|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |C’est une ville toute blanche et grise, avec des clochers crénelés, des pavés bombés comme des écailles de tortues. Comme l'eau de pluie dans les gargouilles, Lucille a suivi une pente longeant des façades claires }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=14|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Ce soir, j’attaque Vermeer. Je vais tenter de reproduire ce tableau « La laitière », qui m’a laissé toute abasourdie. De la cruche dans la jatte, coule le lait. Il coulait de façon quasi éternelle. La femme au tablier baisse les yeux, sa main gauche soutenait la cruche. On ne voit pas ses yeux. Morte ? Immobile, figée ? Eternité? Surtout, surtout au centre du tableau, le tablier ! Non, que le Tablier ! Un tablier d'un Bleu ! Une de ces couleurs qui vous saute au visage … Impossible de reproduire le bleu outremer du tablier. J’ajoute par-ci une touche de violet, par-là du noir. J’ai beau m’acharner, rien à faire. Invincible ce Bleu. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=20|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Oh, je n’y arriverai jamais ! Car je sais bien que l’Intelligence aux yeux perçants suit les cailloux blancs semés par la Logique, cette despote… }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=24|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation | Portonevere. Crêtés de noir, des blocs de roches blanches s'enfoncent verticalement dans les eaux. Jusqu'où, mon dieu ? }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=26|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Je me penche dans la tasse de café comme pour y chercher une solution. Le liquide noir me renvoie ma pupille dilatée, immense. Moi, je suis l'oeil dit le café mais toi ? Toi ? Qui es-tu ? }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=26|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Je frôle au passage des cyprès en chapeaux pointus dans la cour. Surtout, surtout je reconnais le son clair du burin contre la roche. Ding-ding. Chaque coup entre dans ma chair, faisant claquer tous les os de mon squelette. Des branches noires de cyprès ont griffé mes bras nus. Je m’immobilise. Où donc avais-je vu autant de cyprès ? Il me semble connaître ces arbres depuis toujours. C’est que j’en avais copié des cyprès dans les tableaux de Van Gogh « Champ de blé au cyprès», « Cyprès dans la nuit étoilée ». Pourtant chez Van Gogh, ils jaillissaient, de l’été brûlant tordus comme des flammèche noires. Oui, l’Artiste ne peignait que des cyprès qui ondulaient, tourbillonnaient parmi le soleil, l'or des champs. Non, non, ce n’était pas cela. Ma mémoire se confronte avec de toutes autres images : celles de cyprès fiers et rigides, qu’un fort mistral ne faisait pas plier. En sourdine encore : ding - ding. Le vent tord les arbres noirs. Ma vue se brouille. Il suffirait Lucille, que tu regroupes, rassembles tes pensées sur cette odeur effilée, aiguisée, sur ce son clair. Je ferme les yeux, le vent gifle mon visage. J’inspire à fond. Je devine la résistance des cyprès sous le vent, celle de mon esprit qui se cabre, résiste. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=26|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Février secoue un colossal édredon du ciel. Les flocons tombent, tombent, sur mon ventre de sept mois. Toute la neige semble dire, laisse, Lucille, oublie, oublie …}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=31|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Les travaux ménagers laissèrent donc place à une activité bien plus passionnante : la sculpture sur bois. Pourquoi le bois, cette matière tourmentée faite de fibres, s’enchevêtrant, se superposant ? Peut–être parce que c’est un matériau qui asservit l’Artiste, condamné à respecter le sens des fibres du bois, à suivre leurs angoisses.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=32|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Chaque instant que je passe avec mon fils est clair, pur, comme le givre le matin au pied des racines. Un présent tout neuf, page blanche et vierge, pour une nouvelle Lucille.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=45|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Pourquoi ce rejet de la mort ? Pourquoi ne parle-t-on que de la naissance de l’homme, jamais de son agonie ? Moi, mon agonie sera l’expérience de ma vie. Je m’y préparais tous les jours. Oh oui. Elle sera le retour dans le temps fœtal, la vague, le terreau. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=50|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |« Pourtant Régine, il te faudra apprendre à VOIR. Car tout l’invisible de mon travail t’aura échappé … Combien de fois lui avais-je répété que je ne représentais pas l'agonie en elle-même, mais toute la solitude de l’humanité ! Oh, je voudrais tant convaincre les hommes de la brièveté de leur vie ! Les faire réagir ! Moi, toi, nous sommes seuls. Oui, seuls, nous resterons. Isolés dans nos bulles de verre. Complètement. A la naissance, l’oxygène avait pénétré, déchiré nos poumons de nouveau-né. Seuls, seuls à crier, n’est-ce pas ? Nous avançons dans un tunnel, clair, transparent, durant l’enfance, allant s’opacifiant avec l’âge. Pour voir autre chose, pour voir ce que l’œil physique ne saurait voir … Pour voir l’Invisible, il faut la casser cette paroi de verre. Parce qu’après nous mourrons. Encore seuls à voir arriver le mur noir. A se sentir glisser dans le gouffre visqueux. »}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=52|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |On rentrait, ressortait avec de grands sacs blancs, comme des ailes de cygne, laissant derrière nous l’empreinte indélébile de l’ylang-ylang. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=55|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |C’est avec ferveur que j’ai déchiré le papier de soie rien que pour l’entendre crépiter entre les doigts. Apparaît du blanc, que du blanc. Petite, je n’étais habillée qu’en blanc. Oui, tous les blancs :crème ivoire, césure. Blanc chagrin. Années d’enfance diluées dans l’immaculé. Pour laver mon linge, enfin plutôt les taches de sang, ils avaient acheté une énorme quantité d’eau oxygénée ce fut tout. Une machine à laver tournait exprès pour moi. La femme de ménage que la vue de draps aussi rouges avait effrayé fut renvoyée sur-le-champ. Pour épurer les mauvaises pensées nourries contre ma famille, tous les soirs, je me purifiais en sacrifiant mes veines. Je dormais dans un pyjama blanc. J'étais un ange, je vous dis. »}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=55|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Je l'envie. Je voudrais tant avoir cette force d'acier qui résiste à la persuasion des autres. Moi, qui ne suis que Lucille, flamme chétive d'une bougie qu'un seul souffle des autres suffirait à éteindre.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=56|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Nous voici allongés sur l'herbe, Tom et moi. Dessous le vert de l'herbe, dessus la bienveillance du ciel. Les ciels d'automnes sont les plus beaux : aussi précis que ceux de l'été avec pourtant une onctuosité, une douceur … Des ciels suaves, prêts à se rompre, prêts à pleurer. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=58|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Quand j’ai remis ma chemise, je me suis rendu compte qu’elle sentait … Oui une odeur de transpiration végétale. La même que celle de… de … ma mère … Oui, Lucille sur une île blanche avec autour du bleu. Que du bleu. Devant, derrière. De temps à autre, je recevais de mon passé des bouteilles avec du papier jauni dedans. Et, là, c’est le présent qui tambourine à la porte. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=58|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Figures de proues, les souvenirs surgissaient sans cesse dans le liquide du quotidien. Mon passé ne cessait me tendre des miroirs, où se reflétaient paroles, odeurs, gestes. Oublier. Tout ? Est-ce qu’on peut seulement ? Et puis la mémoire serait peut-être la seule protestation contre la maladie mentale ? Ne rien se rappeler, c’est entendre tinter derrière soi le grelot de la folie. Oui mon passé est là, impérieux, pressant. Un énorme paquet encombrant. D’accord, d’accord, Lucille se mutilait parce qu’elle souffrait trop. Bien. Parce que la douleur physique en remplaçait une autre plus grande, encore. Bon. Et alors ? Ce passé, quoi en faire aujourd’hui ? Vieilles souffrances, plaies, quel sens leur donner ? }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=59|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Dans mon dos, je sens la petite main. Je sais que Tom va venir se renverser contre moi, en riant.Ca y est, ses pieds nus labourent mes côtes, il vient s'asseoir sur mes jambes croisées en tailleur. J’ai l'impression que tout ce que j'ai de vivant, passe au centre, dans ce corps chaud, cet axe doré. Comme si Lucille devenait coque autour du fruit.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=60|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Les montgolfières sont allongées sur le sol, collant à l’herbe chaude, comme des bêtes inertes et molles. On entend le souffle chaud et rauque de l'hydrogène qui les gonfle peu à peu. A quoi sert de souffrir ? Seule, la souffrance permet de s'élever, déchirant dans l'être une échancrure où le ciel peut s’engouffrer. Une plaie où tout peut s’y précipiter, le bon comme le mauvais. Une à une, les montgolfières s’élèvent lentement, gravement. Elles passent au-dessus de la foule, des toits, solennelles et sauvages. Et dessinent des larmes colorées sur les joues bombées du ciel.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=60|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Eh, oui, Lucille cet ancien grumeau, enfin intégrée, malaxée, dans la pâte chaude de la Société. Après tout, guère compliqué, je me dis en gravissant les marches : suffit de rentrer dans la boîte et couic-couic de couper tout ce qui dépasse.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=61|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Irritant mes narines une odeur capiteuse éclabousse toute ma cervelle. Benjoin, jasmin ? Où suis-je ? Le parfum enveloppe de soie crépitante ma chambre, mon lit Régine à mon chevet }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=67|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Il secoue la tête voulant dire non. Un NON froid, bleu et colossal qui se dresse devant moi. Me barre la route.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=70|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Lucille , écroulée sur le lit. Lucille, hoquetant, suffoquant. Où peut-on trouver autant de noir pour gribouiller sur l’existence des humains ? }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=71|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |J’ai versé du café lyophilisé dans la tasse. La poudre forme une tache noire dans l’eau chaude. Un soleil noir qui s’étend, s’étend en longs filaments. Les longs tentacules bruns envahissent tout le liquide, toute la cuisine.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=71|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Phi, mon pauvre Phi, t’auras beau faire, beau dire, je serai toujours une belle porcelaine, toujours fêlée. Ça fuira toujours Phi.
Toujours.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=71|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |De mes omoplates croissent des amorces d’ailerons. Ils m'emportent, m’enlèvent, me soulèvent de terre. Ma volonté a pris ma tête, mes pieds.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=77|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation | Avec cette silhouette plus petite, recouverte d'une pèlerine bleue dissimulant le visage. Ce visage que je connais pas cœur.
Pupilles, cils, cornées, agrippés, accrochés cette pèlerine bleue, à ce bleu. phosphorescent qui palpite derrière les épines sombres. Mes yeux vont du manteau à la pèlerine, de la pèlerine au manteau, comme pour y trouver une solution, alors qu'il n'y en a pas. Un cauchemar … Encore un. Fermons, ferme les yeux, Lucille … Taches bleutées envahissent mes nerfs optiques par saccades fulgurantes. Se crever les yeux, Lucille. C’est ce qu’il faudrait.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=77|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Elle m’ouvrit la porte. Sa chevelure frais teint en orange surmontait un tablier autant orange, un tablier hideux vraiment, avec des pâquerettes velues aux tiges tordues. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=78|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Le mixer s’embrase de reflets bleus.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=80|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Je suis en train de me dire qu'elle a un accent Marseillais juste celui que Régine et moi avions perdus. Un accent rude, salé, fort, une lame blanche venant trancher la brume Lorraine }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=81|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Au bout du fil, cette voix. Coupe-circuit général ! Quelque chose se décolle en moi, comme un vieux caillot s'arrache. Un flot de sang jaillit m'éclabousse le visage, le cerveau. }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=83|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Ah, les huîtres ! Ne pas ignorer qu’on asperge leurs chairs écartelées d’acide. Et surtout qu’on les mange vivantes. Sous le citron les entrailles déchirées se rétractent de douleur. Mâche, déchire leurs organes palpitants. Je crois que je serais capable ce soir de manger du homard vivant. Et du crabe. Et des moules. Tous ces animaux froids, mous, lisses, encore imprégnés de la saumure de l’océan. Crus. Vivants.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=84|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Impossible d’avoir un oeil juste sur le passé. Leurs morceaux du passé sont comme les vitraux d’églises, enchâssés dans du plomb : autant de vues que de couleurs … }}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=88|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Je rase les murs. Tout est dangereux. Dans les boutiques, derrière mon passage, des ondes vertes de malveillance. Ça mijote, ça mijote, papote, papote…}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=90|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Mes chaussures écrasent les feuilles mortes. On dirait un jeu de cartes grandiose qui eût égaré au sol toutes ses figures géométriques. Voilà qui aurait plu à Phi, à ce joueur de poker. Du pique, du trèfle. Je froisse des feuilles de ginko-biloba, de marronniers. Avec Tom, nous sautillons parmi les tas de feuilles. Roi dame, valet. Autant de cartes, autant de souvenirs. Du bout des semelles, je bats les cartes comme des visages. Certains sont flous comme ceux de mes trois frères, je me souviens juste qu’ils étaient tous trois bien plus grands que mon père … Mon père, ses yeux sombres…}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=92|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |J’ai longtemps écouté ses pas décroître en crissant sur le sol gelé. La bouche cerise de Tom a dit Maman, alors là, non, on ne peut pas résister. On s’agenouille, on le prend dans ses bras . On le presse contre soi à l’étouffer.
-Donne du pain aux poissons rouges. Ils ont faim eux aussi, ! dis-je pour qu’il ne voit pas mes larmes couler. Fesses aux talons, Lucille, repliée, recroquevillée. Bien moins qu’une grenouille, Lucille, fin prête à se jeter dans le bassin gelé en dépliant des pattes en Z. Les miettes volent sur le bassin, les nénuphars . Dans le bassin, les poissons rouges se dispersent, en morceaux écarlates. Et puis ce n’est plus des poissons mais les éclats de mon cœur en mille morceaux rouges s’éparpillant dans une eau glacée.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=94|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Du sang, non, Lucille, du jus violacé qui gicle noyant la planche. Clac. La lame inox a laissé une trace dans le bois de la planche. Tombent mollement des tranches chaudes. Encore vivantes, veloutées comme des muqueuses Spiralées de blanc, de rouge, comme de l'amour. Comme de la haine.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=94|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Le soleil de septembre ensanglantait les érables, rougissait son sourire. Philippe m’embrassa sur le banc de notre rencontre. Derrière ses cheveux blonds, je voyais les marronniers jaunes bouger lentement.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=94|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |Ces couleurs-ci ne semblent pas inspirer du tout, le mari désorienté…. Il serre la serviette à carreaux dans ses mains, en maugréant :
-Je crois vraiment qu’on a tous besoin de vacances ! Effaré, Philippe contemple les boursouflures des feuilles bleutées. Tom paraît très satisfait du chou bleu qu’il a entrepris d’explorer en Ferrari.
-Tom ! Non ! Pas la voiture dans ton assiette. Dis, ça ne te rappelle rien ces feuilles violettes, Phi ? On dirait, on dirait, dis-je encore … les lèvres d’un noyé. J’ai versé du citron sur les feuilles. Sous l’action de l’acidité, des taches écarlates ont marbré le chou bleu.
-Oui c’est la tête d’un noyé ! Un noyé bouilli, dis-je. Regarde, si je verse du citron le noyé se réveille ! Il va… Il va …parler !
Les yeux de Philippe vont de mon visage au chou, reviennent agrandis vers moi.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=95|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
{{Citation |De mon amour, je ne palpe que des tissus conjonctifs emplis de pus, dont la seule pression me fait crier. Cette nuit-ci, je dis adieu à une moitié de moi-même. Qui dériva au large, en silence. Entre les bords des plaies repoussaient, germaient de nouveaux tissus. Difformes et hideux. Dans l’obscurité, je faisais attention à mes mouvements. Immobile, Lucille. Ne pas bouger. Pourtant quelque chose bougeait, quelque chose que j’identifiait mal, que je ne voulais pas reconnaître. Qui rampait dans l’ombre.}}
{{Réf Livre|titre=La déferlante |auteur= Anne Calife|éditeur=Balland,2003, réedition Menthol House|année=2003|page=98|ISBN=2-7158-1436-4}}
 
==== {{w|Anne Calife}}, {{w|Paul et le Chat}}, 2004 ====
 
{{Citation|Aux extrémités des branches, luisaient des bourgeons à carapaces vertes comme les chars.}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=20|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Lorsque Paul manifeste sa volonté de changer d’endroit, une pointe de vert apparaît dans le bleu de ses yeux. Sans cris, sans pleurs, sans phrases, je sais deviner son désir aux variations de couleur de son iris. Et je le change aussitôt de place. Oui, j’accours à un anneau bleu repoussé par la dilatation d’une pupille, à un iris verdi par la colère. Je me précipite sans mots formés avant le geste.}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=27|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{citation|Alors, c’est Paul que je regarde. Voir, je ne sais faire que cela : Paul, neuf mois. Son premier Printemps. Des yeux, je suis l'arc énorme de sa joue rose que surmonte celui plus petit de la cornée, puis au-dessus, un cil noir incurvé en aile d'oiseau. Et ses joues … si tendues qu'elles en allument des reflets. Entre la mer et le ciel, les soldats avancent lentement, leurs costumes gris volent sur le sable comme des poissons perdus.}}
{{Réf Article|titre=Paul et le Chat |auteur=[[Anne Calife ]]|publication=Mercure de France, réeditions Menthol House |date= 2004|page=24}}
 
{{Citation|Sous les hululements, j’avais plié la nuque. Sous la douche, le savon me parut à la fois immense et dérisoire. Sur la céramique, mes pieds dessinaient deux éventails japonais. Au travers de mes larmes, au travers de la buée, je vis brûler les branches noires du chêne}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=21|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{citation|Peu importaient les mots, c’étaient ces images qui me lacéraient, ces images qui passaient, repassaient, infernales, comme la boucle du Chat. Trois jours plus tard, encore là devant la télévision, délaissant radio et journaux. Besoin de ces images. Besoin de voir. }}
{{Réf Article|titre=Paul et le Chat |auteur=[[Anne Calife ]]|publication=Mercure de France, réeditions Menthol House |date= 2004|page=22}}
 
{{Citation| Du ciel cru, nu, soufflait soudain un vent bleu. Il fit claquer la chaise longue blanche rayée de bleu comme les voiles d’un bateau. Sans commentaires, je devinai le vent du côté de la Guerre. Des tourbillons de fumée bleue penchèrent à droite. Au travers des volutes, allaient et venaient des silhouettes noires, des silhouettes paniquées. Mère… et donc chargée de le soulever pour le poser devant ce qu’il convoitait. }}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=86|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Combien de mots pour décrire l’éclat outré de son regard, ce blanc qui diminue ? Combien pour cette pointe de jaune verdissant soudain l’iris ? Les désirs de Paul flottent, furtifs, fugaces dans son regard, modifiant les rayons bleutés, hachurant son iris. Pour leur éclat, je peux bien choisir un bleu minéral : ardoise, turquoise, lapis-lazuli joli. Pour leur transparence, taper dans un bleu végétal : gentiane, pervenche, myosotis. Pour leur intensité, m’incliner vers l’art : Klee, Chagall, bleu Matisse, Picasso – ridicules peut-être au regard d’une si petite surface.}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=86|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Bleu petit bateau, bleu de la Vierge Marie. Le rouge n’est pas si loin du bleu. Le rouge d’un cauchemar n’est qu’un rêve bleuté qui s’est asphyxié. }}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=86|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Le journaliste n’avait pas filmé la femme penchée mais son visage troublé dans les eaux noires, encerclé par les parois blanches du puits. Comment avait-il pu faire ça ? Il avait dû gentiment s’asseoir sur la margelle du puits aux côtés d’une femme endeuillée, lui disant : « Mais faites comme si je n’étais pas là, pleurez donc. Je vais prendre votre reflet dans les eaux du puits, ce sera plus parlant}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=60|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Sur le Golfe, il devait encore faire nuit. La mer, le ciel devaient se fondre unis – noir à peine frangé du blanc des vagues. Noir immense. Noir engloutissant tous les espoirs.}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=31|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Dans le noir, longtemps, j'avais repensé à la peau blanche de la petite fille, à ses pupilles élargies de douleur. Le jour perçait. Dehors, les arbres formaient des boules blanches contre le vert de la plaine. Pourquoi les fleurs s’ouvrent-elles à même le bois noir et nu ?}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=37|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|La convoitise rétrécit ses prunelles, l’acide vert de ses yeux vira au noir. Son pelage, ses taches noires se figèrent, sauf la queue qui fouetta l’air. Ça y est ! Il a bondi. Entre ses pattes, le merle fut plus rapide. Déjà, il tirait un trait tordu dans le ciel. Le Chat bailla de dépit, dévoilant ses canines pointues, son palais rouge, sa langue rose.}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=60|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Pis encore ! Elle est couverte de suçons ! De larges ecchymoses violettes maculent son beau cou blanc, ses épaules.}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=86|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Jamais, je n’ai autant remarqué le vert puissant du Printemps, insultant les premiers bleus du ciel. De même, le rouge du sang me renvoie au bleu des yeux de Paul. Car le rouge n’est qu’un bleu qui a souffert. La souffrance se rattache à tout, s’accroche partout, se reflète dans les yeux bleu myosotis d’un bébé de mars. }}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=92|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Les cheveux sombres cachaient presque son visage clair. La souffrance ou la peur dilatait ses yeux noirs contre sa peau blanche. Elle criait parce qu'elle avait été réveillée en sursaut par la caméra ou parce qu'elle souffrait de sa jambe amputée...}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=36|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Le Mari, sa chemise amidonnée et blanche sur le divan noir, leva les bras au ciel vers une belle évidence. Chatons ? plus rien : il les avait noyés. Comment ? Il refusa d’en parler, balayant toutes mes questions d’un geste blanc.}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=44|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Et je mis la télé en route. Toujours ces images en boucle, en cercle, qui se mordaient la queue. La Guerre continuait. Dans l’aube rougie, des hommes marchaient vers Bagdad. Ils marchaient vers la mort d'autres hommes dans le parfum des amandiers en fleurs. À quoi t’attendais-tu Anne ? Hein ? Le Chat mit au monde un troisième chaton. Tout blanc.}}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=36|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{Citation|Moite, j’ouvris la fenêtre pour respirer. Gonflé, le cerisier floconnait, dépassé par l’abondance de ses pétales blancs. En face, la voisine souleva le rideau blanc qui retomba lentement. Le soleil médaillait le soldat. Solitaire, la fleur du magnolia éclatait en apothéose blanche. Et la Mort qui marchait là, entre les boules blanches, s’arrêta. }}
{{Réf Livre|titre=Paul et le Chat |auteur= Anne Calife|éditeur=Mercure de France, réedition Menthol House|année=2004|page=43|ISBN=978-2-9599680-2-0}}
 
{{DEFAULTSORT:Calife, Anne}}
[[Catégorie:Écrivain français]]
[[Catégorie:Naissance en 1966]]
[[Catégorie:Nom de plume]]
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