Différences entre versions de « Yasmina Khadra »

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{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=197-198}}
 
{{citation|citation=Mon cœur se contracte au spectacle qui s’offre à moi... Janin... C’était la grande cité de mon enfance. Les terres tribales se trouvant à une trentaine de kilomètres de là, j’accompagnais souvent mon père quand il se rendait en ville proposer ses toiles à de louches marchands d’art. À cette époque, Janin me paraissait aussi mystérieuse que Babylone, et j’aimais à prendre ses nattes pour des tapis volants. Puis, lorsque la puberté me rendit plus attentif au déhanchement des femmes, j’appris à m’y rendre seul comme un grand. Janin, c’était la ville rêvée des anges délurés, avec ses petites manières de grosse bourgade singeant les grandes villes, sa cohue incessante qui rappelle le souk un jour de ramadan, ses boutiques aux allures de caverne d’Ali Baba où les babioles s’évertuaient à minimiser l’ombre des pénuries, ses ruelles parfumées où les galopins évoquaient des princes aux pieds nus ; mais aussi son côté pittoresque qui fascinait les pèlerins dans une vie antérieure, l’odeur de son pain que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs et sa bonhomie toujours vivace malgré tant d’infortunes... Où sont donc passées les petites touches qui faisaient son charme et sa griffe, qui rendaient la pudeur de ses filles aussi mortelle que leur effronterie et les vieillards vénérables en dépit de leur caractère impossible ? Le règne de l’absurde a ravagé jusqu’aux joies des enfants. Tout a sombré dans une grisaille malsaine. On se croirait sur une aile oubliée des limbes, hantée d’âmes avachies, d’êtres brisés, mi-spectres mi-damnés, confits dans les vicissitudes tels des moucherons dans une coulée de vernis, le faciès décomposé, le regard révulsé, tourné vers la nuit, si malheureux que même le grand soleil d’As-Samirah ne parvient pas à l’éclairer. <br>Janin n’est plus qu’une ville sinistrée, un immense gâchis ; elle ne dit rien qui vaille et a l’air aussi insondable que le sourire de ses martyrs dont les portraits sont placardés à chaque coin de la rue. Défigurée par les multiples incursions de l’armée israélienne, tour à tour clouée au pilori et ressuscitée pour faire durer le plaisir, elle gît dans ses malédictions, à bout de souffle et à court d’incantations...}}
{{citation|citation=Mon cœur se contracte au spectacle qui s’offre à moi... Janin... C’était la grande cité de mon enfance. Les terres tribales se trouvant à une trentaine de kilomètres de là.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=202-203}}
 
{{citation|citation=J’ignore si j’ai réussi, docteur, mais j’ai voulu que tu vives dans ta chair et ton esprit la haine qui nous ronge. J’ai demandé un rapport détaillé sur toi. On dit que tu es un homme bien, un éminent humaniste et que tu n’as aucune raison de vouloir du mal aux gens. C’était donc difficile pour moi de me faire comprendre sans te soustraire à ton rang social et te traîner dans la boue. Maintenant que tu as touché du bout de tes doigts les saloperies que ta réussite professionnelle t’épargnait, j’ai une chance de me faire comprendre. L’existence m’a appris qu’on peut vivre d’amour et d’eau fraîche, de miettes et de promesses, mais '''qu’on ne survit jamais tout à fait aux affronts'''. Et je n’ai connu que ça depuis que je suis venu au monde. Tous les matins. Tous les soirs. Je n’ai vu que ça, toute ma vie.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=211}}
 
{{citation|citation=Tous les drames sont possibles lorsqu’un amour-propre est bafoué. Surtout quand on s’aperçoit qu’on n’a pas les moyens de sa dignité, qu’on est impuissant. [...] On apprend véritablement à [[haine|haïr]] à partir de l’instant où l’on prend conscience de son impuissance. C’est un moment tragique ; le plus atroce et le plus abominable de tous.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=212}}
 
{{citation|citation=J’ai voulu que tu comprennes pourquoi nous avons pris les armes, docteur Jaafari, pourquoi des gosses se jettent sur les chars comme sur des bonbonnières, pourquoi nos cimetières sont saturés, pourquoi je veux mourir les armes à la main... pourquoi ton épouse est allée se faire exploser dans un restaurant. '''Il n’est pire cataclysme que l’humiliation'''. C’est un malheur incommensurable, docteur. Ça vous ôte le goût de vivre. Et tant que vous tardez à rendre l’âme, vous n’avez qu’une idée en tête : comment finir dignement après avoir vécu ''misérable, aveugle et nu ?''}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=212-213}}
 
=== ''Ce que le jour doit à la nuit'', 2008 ===
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