Différences entre versions de « Yasmina Khadra »

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{{citation|citation=J’ai voulu que tu comprennes pourquoi nous avons pris les armes, docteur Jaafari, pourquoi des gosses se jettent sur les chars comme sur des bonbonnières, pourquoi nos cimetières sont saturés, pourquoi je veux mourir les armes à la main... pourquoi ton épouse est allée se faire exploser dans un restaurant. '''Il n’est pire cataclysme que l’humiliation'''. C’est un malheur incommensurable, docteur. Ça vous ôte le goût de vivre. Et tant que vous tardez à rendre l’âme, vous n’avez qu’une idée en tête : comment finir dignement après avoir vécu ''misérable, aveugle et nu ?''}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=212-213}}
 
{{citation|citation=Personne ne rejoint nos brigades pour le plaisir, docteur. Tous les garçons que tu as vus, les uns avec des frondes, les autres avec des lance-roquettes, détestent la guerre comme c’est pas possible. Parce que tous les jours, l’un d’eux est emporté à la fleur de l’âge par un tir ennemi. Eux aussi voudraient jouir d’un statut honorable, être chirurgiens, stars de la chanson, acteurs de cinéma, rouler dans de belles bagnoles et croquer la lune tous les soirs. Le problème, on leur refuse ce rêve, docteur. On cherche à les cantonner dans des ghettos jusqu’à ce qu’ils s’y confondent tout à fait. '''C’est pour ça qu’ils préfèrent mourir'''. Quand les [[rêve]]s sont éconduits, la mort devient l’ultime salut... Sihem l’avait compris, docteur. Tu dois respecter son choix et la laisser reposer en paix.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=213}}
 
{{citation|citation=Il n’y a que deux extrêmes dans la [[folie]] des hommes. L’instant où l’on prend conscience de son impuissance, et celui où l’on prend conscience de la vulnérabilité des autres. Il s’agit d’assumer sa folie, docteur, ou de la subir.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=213}}
 
{{citation|citation=Il avance qu’il y a des signes qui ne trompent pas.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=215}}
 
{{citation|citation=À cet instant précis, je me fiche de la guerre, des bonnes causes, du ciel et de la terre, des martyrs et de leurs monuments. C’est un miracle si je tiens encore debout. Mon cœur cogne comme un fou dans ma poitrine ; mes tripes baignent dans le jus corrosif de leur propre décomposition. Mes paroles devancent mes angoisses, giclent du fond de mon être telles des flammèches incendiaires. J’ai peur de chaque mot qui m’échappe, peur qu’il me revienne comme un boomerang, chargé de quelque chose qui m’anéantirait sur-le-champ. Mais le besoin d’en avoir le cœur net est plus fort que tout. On dirait que je joue à la roulette russe, que mon [[destin]] m’importe peu puisque le moment de vérité va nous départager une fois pour toutes.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=215-216}}
 
{{citation|citation=[O]n ne peut tromper son mari sans offenser le Seigneur. Ça n’a pas de sens. Quand on a choisi de donner sa vie au bon Dieu, c’est qu’on a renoncé aux choses de la vie, à toutes les choses d’ici-bas sans exception. Sihem était une sainte. Un ange. J’aurais été damné rien qu’en levant trop longtemps les yeux sur elle.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=216}}
 
{{citation|citation=Et je le crois, mon Dieu ! je le crois. Ses paroles me sauvent de mes doutes, de mes souffrances, de moi-même ; je les bois jusqu’à la lie, m’en imprègne absolument. Dans mon ciel, des traînées de nuages noirs s’estompent à une vitesse vertigineuse pour laisser place nette. Un flot d’air s’engouffre en moi, chasse le remugle qui m’empuantissait intérieurement, redonne à mon sang une teinte moins repoussante, plus lumineuse. Mon Dieu ! Je suis ''sauf'' ; maintenant que je ramène le salut de l’humanité à celui de mon infinitésimale personne, maintenant que mon honneur est épargné, je perds de vue mon chagrin et mes colères et je suis presque tenté de tout pardonner. Mes yeux se gonflent de larmes, mais je ne les laisse pas gâcher cette hypothétique réconciliation avec moi-même, ces retrouvailles intimes que je suis le seul à fêter quelque part dans ma chair et dans mon esprit.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=217}}
 
{{citation|citation=Pour [mon neveu Adel], les [[ange]]s sont éternels ; pour moi, ils meurent de nos blessures...}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=218}}
 
{{citation|citation=''Les enfants sont la survivance de leurs parents, ce sont leur petit bout d’éternité... Ils'' [mes parents] ''seront inconsolables lorsqu’ils apprendront ma mort. Je mesure pleinement l’immense douleur que je vais leur creuser, mais ce ne sera qu’une peine parmi tant d’autres à leur palmarès. Avec le temps, ils finiront bien par faire leur deuil et par me pardonner. Le sacrifice n’incombe pas qu’aux autres. Si nous acceptons que les enfants des autres meurent pour les nôtres, nous devons accepter que nos enfants meurent pour ceux des autres, sinon, ce ne serait pas loyal. Et c’est là que tu n’arrives pas à suivre ammou'' [qui veut dire oncle en arabe]''. Sihem est femme avant d’être la tienne. Elle est morte pour les autres...'' Pourquoi elle ?... ''Pourquoi pas elle ? Pourquoi veux-tu que Sihem reste en dehors de l’histoire de son peuple ? Qu’avait-elle de plus ou de moins par rapport aux femmes qui s’étaient sacrifiées avant ? C’est le prix à gagner pour être [[liberté|libre]]...'' Elle l’était. Sihem était libre. Elle disposait de tout. Je ne la privais de rien. ''La liberté n’est pas un passeport que l’on délivre à la préfecture, ammou. Partir où l’on veut n’est pas la liberté. Manger à sa faim n’est pas la réussite. La liberté est une conviction profonde ; elle est mère de toutes les certitudes. Or, Sihem n’était pas tellement sûre d’être digne de sa chance. [...] Sihem était plus proche de son peuple que de l’idée que tu te faisais d’elle. '''Elle était peut-être heureuse, mais pas suffisamment pour te ressembler'''.''}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=219}}
 
{{citation|citation=''C’est toi qui voulais tellement la rendre heureuse que tu refusais de considérer ce qui pouvait jeter de l’ombre sur son bonheur. Sihem ne voulait pas de ce bonheur-là. Elle le vivait comme un cas de conscience. La seule manière de s’en disculper était de rejoindre les rangs de la Cause. C’est un cheminement naturel quand on est issue d’un peuple en souffrance. Il n’y a pas de [[bonheur]] sans [[dignité]], et aucun rêve n’est possible sans liberté... Le fait d’être femme ne disqualifie pas la militante, ne l’exempte pas. L’homme a inventé la guerre'' ; la femme a inventé la [[résistance]]. ''Sihem était fille d’un peuple qui résiste. Elle était mieux placée pour savoir ce qu’elle faisait... Elle voulait'' mériter ''de vivre, ammou'', mériter ''son reflet dans le miroir'', mériter ''de rire aux éclats, pas seulement profiter de ses chances.'' [...] [C]''omment accepter d’être aveugle pour être heureux, comment tourner le dos à soi-même sans faire face à sa propre négation ? On ne peut pas arroser d’une main la fleur qu’on cueille de l’autre ; on ne rend pas sa grâce à la rose que l’on met dans un bocal, on la dénature ; on croit en embellir son salon, en réalité, on ne fait que défigurer son jardin...''}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=220}}
 
{{citation|citation=Une exaction de plus à la télé, un abus dans la rue, une insulte perdue ; un rien déclenche l’irréparable lorsque la haine est en soi...}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=220}}
 
{{citation|citation=Je ne veux plus rien entendre. Le monde qu’il me conte ne me sied pas. La mort y est une fin en soi. Pour un médecin, c’est le comble. J’ai fait revenir tant de patients de l’au-delà que j’ai fini par me prendre pour un dieu. Et lorsqu’un malade me faussait compagnie sur le billard, je redevenais le mortel vulnérable et triste que j’ai toujours refusé d’être. Je ne me reconnais pas dans ce qui tue ; ma vocation se situe du côté de ce qui sauve. Je suis chirurgien. Et Adel me demande d’accepter que la mort devienne une ambition, le vœu le plus cher, une légitimité ; il me demande d’assumer le geste de mon épouse, c’est-à-dire exactement ce que ma vocation de médecin m’interdit jusque dans les cas les plus désespérés, jusqu’à l’euthanasie. Ce n’est pas ce que je cherche. Je ne veux pas être fier d’être veuf, je ne veux pas renoncer au bonheur qui m’a fait mari et amant, maître et esclave, je ne veux pas enterrer le rêve qui m’a fait vivre comme je ne vivrais jamais plus.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=220-221}}
 
{{citation|citation=Ma mère... une âme charitable qui s’évanouit au large des souvenirs ; un amour perdu à jamais dans la rumeur des âges. [...] Je n’étais pas le fils de sultan, mais c’est un prince que je revois, les bras déployés en ailes d’oiseau, survolant la misère du monde comme une prière les champs de bataille, comme un chant le silence de ceux qui n’en peuvent plus.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=230}}
 
{{citation|citation=— Tout Juif de Palestine est un peu arabe et aucun Arabe d’Israël ne peut prétendre ne pas être un peu juif. <br> — Tout à fait d’accord avec toi. Alors, pourquoi tant de haine dans une même consanguinité ? <br> — C’est parce que nous n’avons pas compris grand-chose aux prophéties ni aux règles élémentaires de la vie.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=233}}
 
{{citation|citation=La vie d’un homme vaut beaucoup plus qu’un sacrifice, aussi suprême soit-il [...]. Car la plus grande, la plus juste, la plus noble des Causes sur terre est le droit à la vie.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=236}}
 
{{citation|citation=Je suis resté toute la journée sur le tertre, à contempler le tas de décombres qui fut, sous un ciel étincelant, il y a des années-lumière, mon château de petit prince aux pieds nus. Mon arrière-grand-père l’avait bâti de ses mains, pierre après pierre ; plusieurs générations y sont écloses, les yeux plus grands que l’horizon ; plusieurs espérances ont butiné dans ses jardins. Il a suffi d’un [bulldozer] pour réduire en poussière, en quelques minutes, l’éternité entière.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=239}}
 
{{citation|citation=Chacun mène sa guerre sainte comme il l’entend. Si Faten est quelque part, inutile d’essayer de la rattraper. Elle est majeure et parfaitement libre de faire ce qu’elle veut de sa vie. Et de sa mort. Il n’y a pas deux poids et deux mesures, ''docteur''. Quand on accepte de prendre les armes, on doit accepter que les autres en fassent autant. Chacun a droit à sa part de gloire. On ne choisit pas son destin, mais c’est bien de choisir sa fin. C’est une façon démocratique de dire merde à la fatalité.}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=241}}
 
{{citation|citation=[S]oudain, au tréfonds des abysses, une lueur infinitésimale... Elle frétille, approche, se silhouette lentement ; c’est un enfant... qui court ; sa foulée fantastique fait reculer les pénombres et les opacités... ''Cours'', lui crie la voix de son père, ''cours''... Une aurore boréale se lève sur les vergers en fête ; les branches se mettent aussitôt à bourgeonner, à fleurir, à ployer sous leurs fruits. L’enfant longe les herbes folles et fonce sur le Mur qui s’effondre telle une cloison en carton, élargissant l’horizon et exorcisant les champs qui s’étalent sur les plaines à perte de vue... ''Cours''... Et il court, l’enfant, parmi ses éclats de rires, les bras déployés comme les ailes des oiseaux. La maison du patriarche se relève de ses ruines ; ses pierres s’époussettent, se remettent en place dans une chorégraphie magique, les murs se redressent, les poutres au plafond se recouvrent de tuiles ; la maison de grand-père est debout dans le soleil, plus belle que jamais. L’enfant court plus vite que les peines, plus vite que le sort, plus vite que le temps... ''Et rêve'', lui lance l’artiste, ''rêve que tu es beau, heureux et immortel''... Comme délivré de ses angoisses, l’enfant file sur l’arête des collines en battant des bras, la frimousse radieuse, les prunelles en liesse, et s’élance vers le ciel, emporté par la voix de son père : ''On peut tout te prendre ; tes biens, tes plus belles années, l’ensemble de tes joies, et l’ensemble de tes mérites, jusqu’à ta dernière chemise – il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l’on t’a confisqué.''}}
{{Réf Livre|auteur=Yasmina Khadra|titre=L’Attentat|éditeur=Pocket|année=2005|page=245-246}}
 
=== ''Ce que le jour doit à la nuit'', 2008 ===
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