Différences entre versions de « Andreï Makine »

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(Au-delà des frontières)
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== ''La fille d'un héros de l'Union soviétique'', 1990 ==
{{Citation
|citation=Comme tout est fragile et étrange ici-bas...bas… <br />
C'est ainsi que sa vie n'avait tenu qu'à cet éclat de miroir terni et aux doigts bleuis par le froid d'une ambulancière mince comme une adolescente. Il était couché dans ce champ printanier labouré par les chars, au milieu de centaines de capotes figées pendant la nuit en un monceau glacé. À gauche, d'un noir cratère, des poutres brisées hérissaient leurs pointes déchiquetées. Tout près, les roues enfoncées dans une tranchée à demi éboulée, un canon antichar se cabrait vers le ciel.
|précisions=Incipit
== ''Le voyage d'une femme qui n'avait plus peur de vieillir'', 2001 ==
{{Citation
|citation=C'était précisément l'idée d'une porte secrète ouverte sur un mystérieux ailleurs qui avait traversé son esprit pendant qu'elle comparait son pied à l'empreinte. Une porte, et, derrière, une coulée de jours insolites, une autre senteur du vent, une autre matière à vivre...vivre… Mais la petite porte donnait sur un carré recouvert de vieux pavés, à moitié en terre battue, ce reste d'un ancien parterre où rien ne poussait plus depuis longtemps. Et l'air avait l'odeur âcre d'une fine pluie de décembre, mélange de relents acides venant des embouteillages du boulevard de Magenta et du graillon de la rue du Faubourg-Saint-Denis. Une matière à vivre...vivre…
|précisions= Makine a signé ce roman sous le nom de Gabriel Osmonde
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{{Citation
|citation=L'essentiel, c'est d'attendre par une nuit de grand froid la venue d'un inconnu qui entrera dans une pièce glacée et noire, allumera le feu dans la cheminée, étalera les cartes d'une mer mystérieuse perdue au milieu des neiges. L'essentiel est de croire à un miracle...miracle…
|précisions= Makine a signé ce roman sous le nom de Gabriel Osmonde
}}
== ''La femme qui attendait'', 2004 ==
{{Citation
|citation=« Une femme si intensément destinée au bonheur (ne serait-ce qu'à un bonheur purement physique, oui, à un banal bien-être charnel) et qui choisit, on dirait avec insouciance, la solitude, la fidélité envers un absent, le refus d'aimer...aimer… » <br />
J'ai écrit cette phrase à ce moment singulier où la connaissance de l'autre (de cette femme-là , Véra) nous semble acquise. Avant, c'est la curiosité, la divination, la soif d'aveux.
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== ''La vie d'un homme inconnu'', 2009 ==
{{Citation
|citation=Il se disait que ce spectacle loufoque se jouait dans un pays qui avait donné au monde des génies prométhéens dont la parole avait jadis affronté l'exil, la mort et, ce qui est pire, la hargne des philistins. Une audace prophétique, des vies brûlées sur l'autel de la vérité...vérité… Dans sa jeunesse, il voyait ainsi cette grande et vieille littérature. A présent, à l'autre bout de la table, souriait finement ce Chinois dont les livres avaient été réécrits par un obscur rédacteur (un « nègre » pour un Chinois, le comble !). A sa gauche, une jeune femme épatait le public par son air démoniaque. Son vis-à-vis, un Africain venu d'un pays couvert de millions de cadavres, racontait des histoires de cul, comme disent les français, oui, des anecdotes lestes assaisonnées de folklore d'une origine douteuse.
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{{Réf Livre
 
{{Citation
|citation=Choutov regagne sa chambre d'un pas traînant, rythmé sur les arguments qui se bousculent dans sa tête. L'esprit d'escalier...escalier… Il aurait dû dire à Vlad qu'autrefois un recueil de poèmes pouvait changer votre vie, mais un poème pouvait aussi coûter la vie à son auteur. Les strophes avaient le poids des longues peines derrière le cercle polaire où tant de poètes avaient disparu...disparu…
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{{Réf Livre
 
{{Citation
|citation=Notre erreur est de chercher des paradis pérennes. Des plaisirs qui ne s'usent pas, des attachements persistants, des caresses à la vitalité de lianes : l'arbre meurt mais leurs antrelacsentrelacs continuent à verdoyer. Cette obsession de la durée nous fait manquer tant de paradis fugaces, les seuls que nous puissions approcher au cours de notre fulgurant trajet de mortels. Leurs éblouissements surgissent dans des lieux souvent si humbles et éphémères que nous refusons de nous y attarder. Nous préférons bâtir nos rêves avec les blocs granitiques des décennies. Nous nous croyons destinés à une longévité de statues.
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{{Réf Livre
 
{{Citation
|citation=J'ai dû attendre plus encore avant de comprendre véritablement quelle était cette offrande humble et précieuse que j'avais reçue d'elles. Le pays de notre jeunesse a sombré en emportant dans son naufrage tant de destins restés anonymes. Cette jeune fille retrouvant sur un disque la mélodie que nous aimions, sa mère poussant un sac en toile entre les mains d'un prisonnier, moi-même clopinant dans la boue sur ma jambe cassée...cassée… Et une myriade d'existences, douleurs, espoirs, deuils, promesses. Et ce rêve d'une ville idéale, peuplée d'hommes et de femmes qui n'allaient plus connaître la haine. Et cette « doctrine éternellement vivante, créatrice et révolutionnaire », emportée elle aussi par la frénésie du temps.
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{{Réf Livre
== ''Une femme aimée'', 2013 ==
{{Citation
|citation=« Elle a vécu à la limite extrême des jeux humains, au sommet de ce que nous imaginons comme pouvoir, richesse, plaisir charnel. Cette limite était son quotidien. Donc elle devait certainement vouloir la franchir et ...<br />
– Partir ! »
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{{Citation
|citation=Oleg se rappelle Eva Sander. Elle tenait passionnément à cette version. Un amour tardif que Catherine découvre enfin, une tendresse inattendue de la part d'une femme qui a toujours su organiser sa vie charnelle, tel un département de ministère.<br />
« Ce qu'ils vivaient était si étranger au monde que pour s'aimer, ils devaient effacer ce monde-là. Partir. Renaître...Renaître… »
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{{Réf Livre
 
{{Citation
|citation=Les colis que les biens nommés « valisards » font acheminer de la campagne supportent mal la chaleur printanière, ce qui provoque une scène d'anthologie à laquelle assistent, effondrés, [[Simone de Beauvoir]] et Jacques-Laurent Bost : [[Jean-Paul Sartre|Sartre]], en lanceur de grenade, jette par la fenêtre un lapin impropre à la consommation...consommation…
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{{Réf Livre
 
{{Citation
|citation=... C'est cette nuit-là, je crois, qu'un officier américain criera à ses hommes débarqués sur les plages normandes et qui essayaient de s'accrocher aux falaises criblées de balles : « Mourez le plus loin possible, les gars ! »...
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{{Réf Livre
|ISBN=978-2-02-132917-9
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{{citation|
|ISBN=978-2-02-132917-9
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{{citation|
 
{{citation|
Jamais auparavant nous n'avons autant senti l'épaisseur de la masse humaine prête à nous sauter la gorge pour défendre "« ses acquis" ». Osmonde presse son index aux lèvres. « Tsss ! Laissez-les dormir, vos braves contemporains. Ils n'ont que ce jeu-là à jouer. Pendant quelques milliers de jours. » Il se lève, nous salue et lance de sa voix grommelante : « Votre combat est le reflet de leur sommeil. En les dénonçant, vous vivez leur cauchemar en miroir. Il vous emprisonne. Sciez les barreaux ! Lynden vous aidera… » <br />
Je suis alors frappé par cette évidence : racisme et antiracisme, passéisme et révolution, laïcisme et fanatisme, cosmopolitisme et populisme sont deux moitiés d'une même scène où s'affrontent les acteurs, incapables de quitter ce théâtre. Or la vérité de l'homme est en dehors des tréteaux !
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