Différences entre versions de « François-Xavier Bellamy »

Balise : Éditeur de source 2017
 
== ''Demeure, pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel'', 2018 ==
{{citation|
La modernité est l'univers dans lequel le mouvement prend toute la place, à la fois comme un fait et comme une norme. Le mouvement est tout ce qui est, et tout ce qui doit être. Malheur à celui qui n'est pas assez mobile, pas assez souple et adaptable, pour se couler dans le flux : il constitue une objection vivante à ce monde nouveau, à ce monde du nouveau, qui ne lui pardonnera pas de rester comme un fossile encombrant au milieu de l'innovation triomphante. La modernité se caractérise par une immense colère contre ce qui ne se met pas à son rythme.
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{{Réf Livre
|titre=Demeure, pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel
|auteur=François-Xavier Bellamy
|éditeur=Grasset
|année=2018
|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=85
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{{citation|
Affirmer que ce qui existe doit exister, c'est évidemment une erreur de raisonnement ; mais le contraire d'une erreur n'est pas forcément une vérité : et en l'occurrence, affirmer de manière opposée que ce qui existe doit être remplacé, que l'innovation est forcément un bien — regarder l'histoire comme étant forcément l'occasion d'un progrès, c'est aussi une erreur de raisonnement, non moins absurde, et non moins dangereuse.
|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=104
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{{citation|
Le transhumanisme se donne un but totalement autre : non pas réparer le corps humain, mais le remplacer. Il ne s'agit plus de se modeler sur une régularité naturelle, que l'on appelle la santé — l'état du corps dans son cours ordinaire, quand aucune pathologie n'est venue le troubler. Le progressisme post-moderne ne veut pas recevoir l'homme tel qu'il est, mais le dépasser — pour cela, il faut commencer par le mépriser, et par se mépriser soi-même.
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{{Réf Livre
|titre=Demeure, pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel
|auteur=François-Xavier Bellamy
|éditeur=Grasset
|année=2018
|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=112
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|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=158, 159
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{{citation|
La conscience humaine ne vise à rien de moins que l'éternité. Et c'est précisément ce que professe la philosophie naissante face à la sophistique : quand l'intelligence n'a d'autre but que de changer aussi vite que les ombres qui passent, elle devient inconsistante comme elles et tout aussi inféconde. De la même manière, quand le progressisme moderne s'enorgueillit d'être l'art d'épouser au mieux le mouvement, quand il considère par principe qu'il faut changer, bouger, évoluer, alors il détruit la possibilité de tout progrès authentique.
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{{Réf Livre
|titre=Demeure, pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel
|auteur=François-Xavier Bellamy
|éditeur=Grasset
|année=2018
|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=162
}}
 
|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=189, 190
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{{citation|
Ainsi la publicité vide de leur sens les mots les plus essentiels, et rend absurde le langage. Derrière elle, le marché trahit des réalités qu'il absorbe : rendre tout bien échangeable et liquide, c'est à la fin détruire ce qui ne saurait devenir l'objet d'un échange marchand. La mobilisation générale qui constitue la dynamique du marché, cette extension perpétuelle pour ne rien laisser en dehors de la marche de l'économie, c'est, au sens littéral du terme, une liquidation générale. Vendre de la « présence », c'est seulement révéler et emmurer encore notre infinie solitude ; commercialiser l'« humain », c'est de toute évidence contribuer à construire un monde inhumain. Si elle va au bout de ce renversement universel, la société la plus prospère peut aussi bien devenir celle la plus grande misère…
Cette misère n'a rien d'une fatalité : elle est un choix, le produit d'une vision du monde.
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{{Réf Livre
|titre=Demeure, pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel
|auteur=François-Xavier Bellamy
|éditeur=Grasset
|année=2018
|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=212, 213
}}
 
{{citation|
En réalité, le progressisme, nous l'avons dit, n'est pas une option politique, mais une neutralisation de la politique. Il ne consiste pas à considérer qu'un progrès est désirable — ce qui est une tautologie, mais a considérer que tout mouvement est un progrès. De ce point de vue, la seule maxime qui reste à la politique et l'injonction de tout faire pour libérer le mouvement, pour défaire les immobilismes, pour déconstruire les barrières, pour « laisser faire et laisser passer ». La politique est conduite par là à s'effacer pour que plus rien ne puisse empêcher la circulation universelle des personnes et des choses, orchestrée par l'économie marchande.
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{{Réf Livre
|titre=Demeure, pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel
|auteur=François-Xavier Bellamy
|éditeur=Grasset
|année=2018
|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=217
}}
 
{{citation|
Entendons-nous bien : le marché est évidemment nécessaire à l'économie, et l'économie à la vie sociale et politique des hommes. Cependant, une difficulté majeure survient quand l'économie marchande n'est plus une activité parmi d'autres, mais la clé de toute activité ; quand l'argent par lequel les objets circulent n'est plus un moyen, mais une fin ; quand le marché ne trouve plus une place au sein de la cité, mais que toute la cité devient un immense marché. <br />
Difficulté majeure en effet ; car cette domination de l'économie marchande ne signe pas seulement la crise de la politique : elle entraîne aussi, paradoxalement, une crise inédite de l'économie elle-même. Le marché est un outil essentiel à la vie des hommes ; et quand il absorbe tout de leur vie, il perd son sens, devient absurde, et se retourne contre eux. <br />
La culture contemporaine porte partout des traces de cette crise profonde. On connaît le mot désabusé qui ouvre le film de Jan kounen, ''99 Francs'' : <br />
''Tout s'achète. L'amour, l'art, la planète Terre, vous, moi. Surtout moi. L'homme est un produit comme les autres, avec une date limite de vente.''
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{{Réf Livre
|titre=Demeure, pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel
|auteur=François-Xavier Bellamy
|éditeur=Grasset
|année=2018
|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=223, 224
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{{citation|
Comment s'étonner, dès lors, que l'économie moderne soit à l'origine de la crise écologique que nous découvrons aujourd'hui ? Il ne s'agit pas là d'un hasard ou d'un accident. Le monde du mouvement, en exigeant que tout soit sans cesse remplacé, ne pouvait que faire de la nature sa première cible : une « économie des flux », de la croissance et du « progrès » doit rendre mobile tout ce qui est installé, tous les ordres établis. Et la nature et par définition la figure de cet équilibre qui nous précède. La crise écologique et donc l'effet logique d'une économie du mouvement. Il faudrait être aveugle pour prétendre préserver la nature en affirmant simultanément que notre but est de tout changer, de tout transformer, de tout mettre au service de l'idole du « progrès » technique.
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{{Réf Livre
|titre=Demeure, pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel
|auteur=François-Xavier Bellamy
|éditeur=Grasset
|année=2018
|ISBN=978-2-246-81558-7
|page=230
}}