Différences entre les versions de « L'homme sans qualités »

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→‎Tome I, 1930 : LHSQ, 62-63 (cacanie, image), 67-68 (ingénieur + image), 71-72 (mathématiques, sciences)
m (→‎Tome I, 1930 : LHSQ, 62-63 (cacanie, image), 67-68 (ingénieur + image), 71-72 (mathématiques, sciences))
|chapitre=5. Ulrich.
|page=43-44
|tome=1
|traducteur=[[Philippe Jaccottet]]
|année d'origine=1930}}
 
[[Image:Imperial Coat of Arms of the Empire of Austria.svg|thumb|Armoirie de l'[[Autriche-Hongrie]], 1866-1915]]
{{citation|Sur cette Cacanie maintenant engloutie, que de choses curieuses seraient à dire ! Elle était, par exemple, ''kaiserlich-königlich'' (impériale-royale) et aussi bien ''kaiserlich und königlich'' (impériale et royale) ; il n'était chose ni personne qui ne fût affecté là-bas d'un de ces deux sigles , ''k. k'' ou ''k. u. k.'' ; il n'en fallait pas moins disposer d'une science secrète pour pouvoir décider à coup sûr quelles institutions et quels hommes pouvaient être dits ''k. k.'' et quels autres ''k. u. k.''. Elle s'appelait par écrit Monarchie austro-hongroise, et se faisait appeler, oralement, l'Autriche : nom qu'elle avait officiellement et solennellement abjuré, mais conservait dans les affaires de cœur, comme pour prouver que les sentiments ont autant d'importance que le droit public, et que les prescriptions n'ont rien à voir avec le sérieux de la vie. La Constitution était libérale, mais le régime clérical. Le régime était clérical, mais les habitants libres penseurs. Tous les bourgeois étaient égaux devant la loi, mais justement, tous n'étaient pas bourgeois. Le Parlement faisait de sa liberté un usage si impétueux qu'on préférait d'ordinaire le tenir fermé ; mais l'on avait aussi une loi d'exception qui permettait de se passer du Parlement ; et chaque fois que l'État tout entier se préparait à jouir des bienfaits de l'absolutisme, la Couronne décrétait qu'on allait recommencer à vivre sous le régime parlementaire.}}
{{Réf Livre|titre=L'Homme sans qualités
|auteur=Robert Musil
|éditeur=du Seuil
|collection=Points
|année=2004
|ISBN=978-2-7578-0368-4
|chapitre=8. La Cacanie
|page=62-63
|tome=1
|traducteur=[[Philippe Jaccottet]]
|année d'origine=1930}}
 
[[Image:Vintage Small Slide Rule, 4.75 Inches in Length, Made in England (9610232930).jpg|thumb|Règle à calcul.]]
{{citation|Lorsqu'il pénétra dans les amphithéâtres de mécanique, Ulrich s'enfiévra. À quoi bon l'Apollon du Belvédère, quand on sous les yeux les formes neuves d'un turbogénérateuur ou le jeu des pistons d'une machine à vapeur ! Qui peut encore se passionner pour de millénaires bavardages sur le bien et le mal, quand on a établi que ce ne sont pas des « constantes » mais des « valeurs fonctionnelles », de sorte que la bonté des œuvres dépend des circonstances historiques, et la bonté des hommes de l'habileté psychotechnique avec laquelle on exploite leurs qualités ! Considéré du point de vue technique, le monde devient franchement comique ; mal pratique en tout ce qui concerne les rapports des hommes entre eux, au plus haut point inexact et contraire à l'économie en ses méthodes. À celui qui a pris l'habitutde d'expédier ses affaires avec la règle à calcul, il devient carrément impossible de prendre au sérieux la bonne moitié des affirmations humaines. Qu'est-ce qu'une règle à calcul ? Deux systèmes de chiffres et de graduations combinés avec une ingéniosité inouïe ; deux petits bâtons laqués de blancs glissants l'un dans l'autre, dont la coupe forme un trapèze aplati, à l'aide desquels on peut résoudre en un instant, sans gaspiller une seule pensée, les problèmes les plus compliqués, ; un petit symbole qu'on porte dans sa poche intérieure et qu'on sent sur son cœur comme une barre blanche... Quand on possède une règle à calcul et que quelqu'un vient à vous avec de grands sentiments ou de grandes déclarations, on lui dit : Un instant, je vous prie, nous allons commencer par calculer les marges d'erreur et la valeur probable de tout cela !}}
{{Réf Livre|titre=L'Homme sans qualités
|auteur=Robert Musil
|éditeur=du Seuil
|collection=Points
|année=2004
|ISBN=978-2-7578-0368-4
|chapitre=10. Le deuxième essai. Premiers éléments d'une morale de l'Homme sans qualités.
|page=67-68
|tome=1
|traducteur=[[Philippe Jaccottet]]
|année d'origine=1930}}
 
 
{{citation|D'Ulrich, en revanche, on pouvait dire ceci au moins en toute certitude, qu'il aimait les mathématiques à cause de ceux qui ne pouvait les souffrir. Il était moins scientifiquement qu'humainement amoureux de la science. Il voyait que, sur toutes les questions où elle se jugeait compétente, elle pensait autrement que les hommes ordinaires. Que l'on substitue seulement à l'expression « conception scientifique » l'expression « conception de la vie », au mot « hypothèse » le mot « essai », au mot « vérité » le mot « fait », il n'y aurait pas une seule carrière de physicien ou de mathématicien notable qui ne depassât de loin pour le courage et la puissance subversive, les plus extraordinaires hauts faits de l'histoire. L'homme n'était pas encore né qui eût pu dire à ses fidèles : « Volez, tuez, forniquez... notre doctrine est si forte qu'elle tirera même de la sanie de vos péchés le clair bouillonnement des torrents ! » Alors que, dans le domaine scientifique, il arrive à peu près tous les deux ans qu'un élément qui avait tenu jusqu'alors pour une erreur renverse brusquement toutes les conceptions, ou qu'une pensée insignifiante ou méprisée devienne la maîtresse d'un nouvel empire de pensées ; dans ce domaine, de tels événements ne sont pas de simples renversements ; comme l'échelle de Jacob, ils conduisent au ciel. Dans le domaine de la science, tout se passe avec la même force, la même souveraineté, la même magnificience que dans les contes. Et Ulrich sentait que les hommes ignoraient cela, qu'il n'avaient même pas aucune idée de la façon dont on peut penser ; si on leur apprenait à penser autrement, ils vivraient aussi autrement.}}
{{Réf Livre|titre=L'Homme sans qualités
|auteur=Robert Musil
|éditeur=du Seuil
|collection=Points
|année=2004
|ISBN=978-2-7578-0368-4
|chapitre=11. L'essai le plus important
|page=71-72
|tome=1
|traducteur=[[Philippe Jaccottet]]
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