Différences entre les versions de « L'homme sans qualités »

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[[Image:Vintage Small Slide Rule, 4.75 Inches in Length, Made in England (9610232930).jpg|thumb|Règle à calcul.]]
{{citation|Lorsqu'il pénétra dans les amphithéâtres de mécanique, Ulrich s'enfiévra. À quoi bon l'Apollon du Belvédère, quand on sous les yeux les formes neuves d'un turbogénérateuur ou le jeu des pistons d'une machine à vapeur ! Qui peut encore se passionner pour de millénaires bavardages sur le bien et le mal, quand on a établi que ce ne sont pas des « constantes » mais des « valeurs fonctionnelles », de sorte que la bonté des œuvres dépend des circonstances historiques, et la bonté des hommes de l'habileté psychotechnique avec laquelle on exploite leurs qualités ! Considéré du point de vue technique, le monde devient franchement comique ; mal pratique en tout ce qui concerne les rapports des hommes entre eux, au plus haut point inexact et contraire à l'économie en ses méthodes. À celui qui a pris l'habitutdehabitude d'expédier ses affaires avec la règle à calcul, il devient carrément impossible de prendre au sérieux la bonne moitié des affirmations humaines. Qu'est-ce qu'une règle à calcul ? Deux systèmes de chiffres et de graduations combinés avec une ingéniosité inouïe ; deux petits bâtons laqués de blancs glissants l'un dans l'autre, dont la coupe forme un trapèze aplati, à l'aide desquels on peut résoudre en un instant, sans gaspiller une seule pensée, les problèmes les plus compliqués, ; un petit symbole qu'on porte dans sa poche intérieure et qu'on sent sur son cœur comme une barre blanche... Quand on possède une règle à calcul et que quelqu'un vient à vous avec de grands sentiments ou de grandes déclarations, on lui dit : Un instant, je vous prie, nous allons commencer par calculer les marges d'erreur et la valeur probable de tout cela !}}
{{Réf Livre|titre=L'Homme sans qualités
|auteur=Robert Musil
 
 
{{citation|D'Ulrich, en revanche, on pouvait dire ceci au moins en toute certitude, qu'il aimait les mathématiques à cause de ceux qui ne pouvaitpouvaient les souffrir. Il était moins scientifiquement qu'humainement amoureux de la science. Il voyait que, sur toutes les questions où elle se jugeait compétente, elle pensait autrement que les hommes ordinaires. Que l'on substitue seulement à l'expression « conception scientifique » l'expression « conception de la vie », au mot « hypothèse » le mot « essai », au mot « vérité » le mot « fait », il n'y aurait pas une seule carrière de physicien ou de mathématicien notable qui ne depassât de loin pour le courage et la puissance subversive, les plus extraordinaires hauts faits de l'histoire. L'homme n'était pas encore né qui eût pu dire à ses fidèles : « Volez, tuez, forniquez... notre doctrine est si forte qu'elle tirera même de la sanie de vos péchés le clair bouillonnement des torrents ! » Alors que, dans le domaine scientifique, il arrive à peu près tous les deux ans qu'un élément qui avait tenu jusqu'alors pour une erreur renverse brusquement toutes les conceptions, ou qu'une pensée insignifiante ou méprisée devienne la maîtresse d'un nouvel empire de pensées ; dans ce domaine, de tels événements ne sont pas de simples renversements ; comme l'échelle de Jacob, ils conduisent au ciel. Dans le domaine de la science, tout se passe avec la même force, la même souveraineté, la même magnificience que dans les contes. Et Ulrich sentait que les hommes ignoraient cela, qu'il n'avaient même pas aucune idée de la façon dont on peut penser ; si on leur apprenait à penser autrement, ils vivraient aussi autrement.}}
{{Réf Livre|titre=L'Homme sans qualités
|auteur=Robert Musil
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