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Benjamin Péret

écrivain surréaliste français, poète
Benjamin Péret

Benjamin Péret, né le 4 juillet 1899 à Rezé, mort le 18 septembre 1959 à Paris, est un écrivain surréaliste avec une « fourchette coupante à cliché ». Il est connu sous plusieurs pseudonymes : Satyremont, Peralda et Peralta.

L'Auberge du cul volant, 1922Modifier

L'homme à la couille sauvage descendit de l'arbre qu'il occupait depuis son premier mariage. Il tenait dans chaque main un sexe, d'où sortaient des millions de petites larves qui s'envolaient aussitôt et allaient se poser sur de grosses fleurs bleues. Au contact de ces larves, les fleurs jaillissaient comme si elles eussent été de caoutchouc.
  • « L'Auberge du cul volant », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 3, Mai 1922, p. 16


L'homme au nombril d'écaille, qui portait une main sur la tête, s'éveilla du long sommeil qu'il venait de faire en compagnie d'une négresse : celle qu'il avait ramenée d'un pays où les plantes se déplacent et font l'amour en marchant. Il sortit son revolver et tira sur le marchand, mais celui-ci avait prévu le coup et s'aplatit adoptant à peu près la forme d'une tortue.
En regardant les lampes électriques, il commença à s'enivrer. La petite marchande d'étoiles passa, et vendit à tout le monde sa petite marchandise parfumée, ainsi elle put dîner ce soir-là.
L'homme au nombril d'écaille, le premier s'éveilla de nouveau. Une colombe portant le rameau d'olivier, voltigeait au-dessus de sa tête. Il ouvrit la fenêtre, l'air était pur, le ciel était bleu, les oiseaux chantaient, mais tous les hommes mangeaient dans les arbres avec les oiselles, et les oiseaux étaient dans le lit des femmes.
C'était le matin du 2 avril 1922, et les machines souffraient comme des femmes en couches. Seul l'homme qui s'était aplati comme une tortue allongeait la tête vers la vulve qu'il apercevait à quelque distance de lui, mais à chaque mouvement qu'il faisait pour s'avancer, correspondait un mouvement de la vulve qui s'éloignait.

  • « L'Auberge du cul volant », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 3, Mai 1922, p. 16


Cœur en bouche, 1923Modifier

À chaque tournant il y a un angle droit qui ressemble à un vieillard.
Le loup à pas de nuit s'introduit dans ma couche.
Visiteuse ! visiteuse ! tes boucliers sont des seins !

  • « Cœur en bouche », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 11/12, Octobre 1923, p. 5


Jack l'égareur, 1923Modifier

Escadres souterraines ne vous approchez pas de mon tombeau :
Je suis employé à déclouer les vieux cercueils
pour répartir équitablement les ossements
entre les anciennes sépultures
et les neuves.

  • « Jack l'égareur », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 11/12, Octobre 1923, p. 6


Amour haut parleur sirènes à corps d'oiseaux,
je vous quitte.
Je vais goûter le silence cette belle algue où dorment les requins.

  • « Jack l'égareur », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 11/12, Octobre 1923, p. 7


Rencontre, 1923Modifier

Minuit ajoute une perle de fraise au collier de Madeleine
et puis on ferme à deux battants les portes de la gare.

  • « Rencontre », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 11/12, Octobre 1923, p. 8


Sur la place déserte l'invisible folie imprime son pied
dans le sable humide.

  • « Rencontre », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 11/12, Octobre 1923, p. 8


Les Grands jours du poète, 1923Modifier

Un commodore anglais jure qu'on ne le prendra plus à cueillir la sauge la nuit entre les pieds des statues de sel.
À ce propos une petite salière Cérébos se dresse avec difficulté sur ses jambes fines.
Elle verse dans mon assiette ce qu'il me reste à vivre.

  • « Les Grands jours du poète », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 11/12, Octobre 1923, p. 9


Mort aux vaches et au champ d'honneur, 1953Modifier

Il était environ quatre heures de l'après-midi, M. Charbon frappa trois fois la terre de son front. D'un nuage qui se trouvait à grande hauteur au-dessus de nous, une pluie de fraises s'abattit.
— Toujours le cœur ! fit M. Charbon. Il est en sécurité maintenant et il se moque de nous.
Je regardai le sol autour de nous et je m'aperçus que les fraises y avaient dessiné des lettres. Je lus : La vie est courte.

  • Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. « Découverte Gallimard Littérature », 2000  (ISBN 2-07-053140-6), chap. Témoignages et documents, Benjamin Péret, Mort aux vaches et au champ d'honneur, ch. IV, 1953, p. 153


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