Carl Gustav Jung

médecin psychiatre suisse qui crée la psychologie analytique (1875-1961)

Carl Gustav Jung est un psychiatre, psychanalyste et penseur suisse né le 26 juillet 1875 à Kesswil (Thurgovie), et mort le 6 juin 1961 à Küsnacht, canton de Zurich (Suisse).

Citations propres à l'auteur

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Dialectique du moi et de l'inconscient, 1933

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Quiconque progresse sur la route de la réalisation de son Soi, inconscient, rendra nécessairement conscients les contenus de l'inconscients personnel, ce qui élargira considérablement l'étendue, les horizons et la richesse de la personnalité. Soulignons tout de suite que cet « élargissement » concerne au premier chef la conscience morale et la connaissance de soi-même ; car les contenus de l'inconscient que l'analyse libère et qui passent dans le conscient sont, en règle générale, tout d'abord des contenus désagréables, qui comme tels ont été refoulés : souvenirs, désirs, tendances, projets, etc.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. I. L'inconscient personnel et collectif, p. 43


[...] la différence entre mon malade et Schopenhauer consiste en ceci : chez le premier, la représentation qui s'empara de lui intuitivement en est restée au stade d'une simple ébauche mal équarrie, tandis que Schopenhauer, théâtre du même foisonnement représentatif, par-delà ce stade, en détacha et en considéra l'essence dans sa conscience, pour les exprimer ensuite en un langage de valeur et de portée universelles. Le philosophe, ce faisant, éleva l'intuition primitive hors de ses premiers cheminements souterrains dans la clarté diurne de la conscience générale : elle devint un des éléments de son patrimoine. Il serait tout à fait erroné de supposer que la conception visionnaire qui s'était emparée du malade possédât une valeur et un caractère personnels, en d'autres termes que ce fût un élément qui lui appartînt. Si tel avait été le cas, nous n'eussions pas eu affaire à un malade, mais à un philosophe.
Or, seul est philosophe de génie celui qui parvint à élever une vision primitive, qui n'est qu'un déroulement naturel, à la dignité d'une idée abstraite, et à en créer un patrimoine conscient de la collectivité des hommes.

  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 58


La valeur personnelle ne peut résider que dans l'élaboration philosophique, et non point dans la vision primaire. Celle-ci, au début, chez le philosophe aussi, germe simplement et pousse ses bourgeons à partir du même fond d'idées communes à l'humanité, patrimoine auquel participe en principe tout un chacun : c'est du même pommier que proviennent toutes les pommes d'or, que ce soit un apprenti serrurier débile ou un Schopenhauer qui les ramasse, lorsqu'elles tombent au souffle de la vie.
Mais cet exemple nous apprend encore davantage : il nous apprend que les contenus psychiques suprapersonnels ne sont en aucune façon une matière morte et inerte et indifférente que l'on pourrait s'approprier au petit bonheur et à son gré. Bien au contraire, il s'agit d'entités vivantes, de forces dynamiques qui exercent une grande attraction, une fascination sur le conscient. L'identification avec sa charge ou son titre possède en soi quelque chose de si séduisant que nombreux voit-on les hommes qui ne sont plus rien d'autres que la dignité que la société a bien voulu leur conférer. Il serait vain de rechercher derrière cette façade une trace de personnalité. Si on cherche quand-même, tout ce que l'on trouve derrière la grandiloquence de façade, ce n'est qu'un petit fantoche assez pitoyable. Voilà pourquoi les charges (ou les titres ou les honneurs qui y sont attachés, quelle que soit la dénomination de la coquille extérieure que l'on a revêtue) sont si captivantes : elles constituent une compensation facile, un masque commode derrière lesquels on peut dissimuler les insuffisances, les débilités, les inconsistances personnelles (la liste n'est point close).

  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 58


De même [...] que certains peuvent disparaître, engloutis en quelque sorte par un rôle social, d'autres peuvent être engloutis par une vision intérieure, échappant ainsi à leur entourage. Certaines modifications incompréhensibles de la personnalité, telles des conversations subites et inattendues ou mainte autre perturbation en profondeur, proviennent de l'attraction exercée par une image collective, attraction qui [...] peut déterminer une inflation tellement poussée que la personnalité s'en trouve comme dissoute. Or une telle dissolution de la personnalité constitue une maladie mentale, soit passagère, soit durable, une « dissociation de l'âme » pour laquelle Bleuler a créé la dénomination de « schizophrénie ».
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 63


C'est cet état de choses qui explique, par exemple, le fait que l'inconscient des races et des peuples les plus éloignés les uns des autres présente des analogies, des correspondances remarquables, analogies qui se manifestent entre autres dans le phénomène, déjà souvent mis en évidence, de la concordance extraordinaire des formes et des thèmes mythiques autochtones, sous les latitudes les plus diverses.
  • Dialectique du moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, coll. « Folio-Essais », 1986, partie 1 (Des effets de l'inconscient sur le conscient), chap. 2 (Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient.), p. 64


[...] un individu qui attribue la psyché collective — qui lui est donnée a priori et à son insu — à son patrimoine acquis ontogénétiquement comme si elle en faisait partie, s'attribue cela en quelque sorte illégitimement, et agrandit de façon démesurée le périmètre de sa personnalité, avec toutes les conséquences que cela comporte : car, dans la mesure où la psyché collective constitue les « parties inférieures » des fonctions psychiques, et par conséquent cette base qui soutient implicitement toute personnalité, son attribution au Moi va alourdir et dévaloriser la personnalité, ce qui s'exprimera dans l'inflation, soit par un écrasement du sentiment de soi-même, soit par une exaltation inconsciente et une mise en évidence du Moi, qui peut alors atteindre à une volonté morbide de domination.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 65


Le développement de la personnalité chez le primitif, ou mieux, le développement de la personne, est une question de prestige magique. La figure du medecine-man ou celle du chef de la tribu sert de guide : tous deux se distinguent par la singularité des parures, par des signes extérieurs, et par leur façon de vivre, l'ensemble exprimant leur rôle. Les signes extérieurs particuliers délimitent et isolent l'individu ; la possession de secrets rituels renforce cet isolement. Par ces moyens, et par d'autres de même sorte, le primitif se crée une enveloppe que l'on peut appeler sa persona, son masque. Chez le primitif, d'ailleurs [...] il s'agit bien de véritables masques qui, pour les fêtes totémiques par exemple, servent à la transformation et à l'exaltation du personnage. Par le masque, l'individu sélectionné est mis en marge de la sphère de la psyché collective, et, d'ailleurs, dans la mesure où il parvient à s'identifier à sa persona, il s'y dérobe réellement. Cet affranchissement de la psyché collective lui confère aux yeux de sa tribu un prestige magique.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 69


La société, éprouvant dans son ensemble le besoin de posséder une incarnation de la puissance magique, utilise pour véhicule l'appétit de pouvoir d'un homme et le désir de soumission des masses, créant ainsi la possibilité du prestige personnel.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 70


Incarner, et de façon bien vivante, un prestige nouveau est [...] une action créatrice non seulement pour le personnage choisi, mais aussi pour tout son clan : l'élu se distingue par ses hauts faits, et la masse se caractérise par son renoncement à l'exercice de la puissance. Tant qu'il est nécessaire de lutter contre des influences hostiles pour conquérir et sauvegarder cet état des choses, l'œuvre commune reste créatrice. Mais, dès que les obstacles disparaissent et que l'approbation générale est atteinte, le prestige perd de sa valeur primitive et devient un poids mort. C'est alors en général que se produit un schisme, qui donnera au processus l'occasion de recommencer.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 71


L'impossibilité ou le refus de voir l'individuel, dont on ne perçoit même plus l'existence, équivaut tout simplement à étouffer l'individu, ce qui détruit au sein d'un groupe social les éléments de différenciation. Car c'est l'individu qui est par excellence le facteur de différenciation. Les plus grandes vertus, les créations les plus sublimes, comme aussi les pires défauts et les pires atrocités, sont individuels.
Plus une communauté est nombreuse, plus la sommation des facteurs collectifs, qui est inhérente à la masse, se trouve accentuée au détriment de l'individu par le jeu des préjugés conservateurs ; plus aussi l'individu se sent moralement et spirituellement anéanti, ce qui tarit ainsi la seule source possible du progrès moral et spirituel d'une société [...]. Tout ce qu'il y a d'individuel en lui est condamné à sombrer, c'est-à-dire à être refoulé. De ce fait tous les facteurs individuels deviendront inconscients, tomberont dans l'inconscient ; ils y végéteront et s'y transformeront selon une loi implacable en une manière de négativité systématique, de malignité principielle, qui se manifestent en impulsions destructrices et en comportements anarchiques. Ces tendances deviendront agissantes sur le plan social, chez l'individu tout d'abord : certains sujets à tempérament prohétique deviennent l'instrument de crimes à sensation (meurtre de roi, etc.) ; mais elles se font sentir chez tous de façon indirecte, à l'arrière-plan, par une décadence morale inévitable de la société.

  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 73


Plus un corps social est petit, plus est garantie l'individualité de ses membres ; plus sont grandes leur liberté relative et les possibilités d'une responsabilité consciemment assumée. Hors de la liberté, point de moralité
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 75


Notre admiration pour les organisations colossales s'amenuise dès que nous entrevoyons l'envers de la médaille, qui est fait d'une accumulation et d'une mise en relief monstrueuses de tout ce qu'il y a de primitif dans l'humain, et d'une destruction inéluctable de l'individualité en faveur de l'hydre qu'est, une fois pour toutes et décidément, n'importe quelle grande organisation. Le cœur d'un homme d'aujourd'hui, façonné sur l'idéal collectif moral régnant, s'est transformé en une « caverne de brigands », ce que l'analyse de son inconscient révèle de façon frappante, même si cet homme n'est pas troublé le moins du monde. Et dans la mesure où il est normalement « adapté » à son entourage, les plus grandes folies, oui, les plus grandes infamies commises par son groupe ne l'incommoderont pas et ne le troubleront pas, en apparence, la quiétude de son âme, pourvu que la majorité de ses concitoyens et de ses semblables croie à la haute moralité de l'organisation sociale régnante.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 75


[...] comme l'individuation est une nécessité psychologique tout à fait inéluctable, le poids écrasant et tout-puissant du collectif, clairement discerné, nous fait mesurer l'attention toute particulière qu'il faut vouer à cette plante délicate nommée « individualité », afin qu'elle ne soit pas totalement écrasée par lui.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 77


[...] la persona n'est qu'un masque, qui, à la fois, dissimule une partie de la psyché collective dont elle est constituée, et donne l'illusion de l'individualité.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. III. La « persona », élément constitutif de la psyché collective, p. 84


Quand nous nous mettons à la tâche d'analyser la persona, nous détachons, nous soulevons le masque, et découvrons que ce qui semblait être individuel était au fond collectif : en d'autres termes, la persona n'était que le masque d'un assujettissement général du comportement à la coercicion de la psyché collective.
  • Dialectique du moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, coll. « Folio-Essais », 1986, partie 1 (Des effets de l'inconscient sur le conscient), chap. 3 (La "persona", élément constitutif de la psyché collective), p. 84


[...] la persona n'est rien de réel : elle ne jouit d'aucune réalité propre ; elle n'est qu'une formation de compromis entre l'individu et la société, en réponse à la question de savoir sous quel jour le premier doit apparaître au sein de la seconde. [...] comparée à l'individualité du sujet, sa persona n'est qu'une réalité secondaire, un simple artifice, un compromis à la constitution duquel d'autres participent bien souvent davantage que l'intéressé lui-même.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. III. La « persona », élément constitutif de la psyché collective, p. 84


[...] je considère qu'une perte d'équilibre peut être quelque chose de salutaire puisque, grâce à elle, le conscient défaillant sera remplacé par l'activité automatique et instructive de l'inconscient ; celui-ci visera à la reconstitution d'un nouvel équilibre, but qu'il est capable d'atteindre... pourvu que le conscient soit en état d'assimiler les contenus produits par l'inconscient, c'est-à-dire de les comprendre et de les intégrer.
Car en effet, à ce carrefour, plusieurs éventualités sont possibles : celle que nous venons d'envisager est la plus heureuse. Il en est une seconde : si l'inconscient engloutit le conscient et saccage les instances conscientes, cela entraîne un état psychotique. La troisième éventualité enfin est la suivante : l'inconscient ne peut pas réaliser entièrement un raz de marée comme dans la seconde éventualité, sans pourtant que se crée la compréhension créatrice de la première éventualité ; alors se produit un conflit qui paralyse toute possibilité de progrès et d'évolution.

  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. III. La « persona », élément constitutif de la psyché collective, p. 92


Ce n'est pas chose insignifiante que de voir s'effondrer, chez un être humain, l'attitude et les structures conscientes. C'est en petit une véritable fin du monde, le sujet a l'impression que tous les éléments qui constituaient sa vie retombent dans une manière de chaos originel. Il se sent abandonné, désorienté, vulnérable à l'extrême, tel un navire sans gouvernail et livré aux fureurs des éléments. C'est du moins ce qui semble être et l'impression qu'il en a. L'expérience montre que la réalité est un peu différente : en fait, l'être, abandonné par son conscient, est retombé dans ses plans inconscients collectifs, auxquels il est livré.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. IV. Tentatives pour extraire et libérer l'individualité de la psyché collective, La reconstitution régressive de la persona, p. 92


C'est dans la victoire remportée sur la psyché collective que réside la vraie valeur, la conquête du trésor, de l'arme invincible, du précieux talisman ou de tous autres biens suprêmes inventés par le mythe. Quiconque donc s'identifie à la psyché collective et s'y perd — c'est-à-dire, en langage mythique, se laisse engloutir par le monstre — va par conséquent se trouver au voisinage immédiat du trésor que garde le serpent, mais au détriment de toute liberté.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. IV. Tentatives pour extraire et libérer l'individualité de la psyché collective, L'identification avec la psyché collective, p. 109


Il existe une voie, une possibilité de parvenir au-delà des échelons psychologiques, des niveaux mentaux et humains décrits dans la première partie de cet ouvrage : c'est la voie de l'individuation. La voie de l'individuation signifie : tendre à devenir un être réellement individuel et, dans la mesure où nous entendons par individualité la forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable, il s'agit de la réalisation de son Soi, dans ce qu'il y a de plus rebelle à toute comparaison.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. I. La fonction de l'inconscient, p. 115


La réalisation de son Soi se situe à l'opposé de la dépersonnalisation de soi-même.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. I. La fonction de l'inconscient, p. 116


Dans la mesure où l'individu humain, en tant qu'unité vivante, est composé d'une foule et d'une somme de facteurs universels, il est totalement collectif et sans l'ombre d'une opposition à la collectivité.
  • Dialectique du moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, coll. « Folio-Essais », 1986, partie 2 (L'individuation), chap. 1 (La fonction de l'inconscient), p. 117


L'individuation n'a d'autre but que de libérer le Soi, d'une part des fausses enveloppes de la persona, et d'autre part de la force suggestive des images inconscientes.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. I. La fonction de l'inconscient, p. 117


Toute notre expérience actuelle nous permet d'affirmer que les processus inconscients se situent dans une position de compensation par rapport au conscient
  • Dialectique du moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, coll. « Folio-Essais », 1986, partie 2 (L'individuation), chap. 1 (La fonction de l'inconscient), p. 122


Le secret de [la] philosophie alchimique, et sa clé ignorée pendant des siècles, c'est précisément le fait, l'existence de la fonction transcendante, de la métamorphose de la personnalité, grâce au mélange et à la synthèse de ses facteurs nobles et de ses constituants grossiers, de l'alliage des fonctions différenciées et de celles qui ne le sont pas, en bref, des épousailles, dans l'être, de son conscient et de son inconscient.
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. III. Les techniques de la différenciation entre le Moi et les figures de l'inconscient, p. 216


Quiconque y réfléchit se fera une idée approximative de la manière dont se déroule la métamorphose de la personnalité. Du fait de sa participation active, le sujet se mêle aux processus inconscients et il en devient détenteur en se laissant pénétrer et saisir par eux. Ainsi, il relie en lui les plans conscients et les plans inconscients. Le résultat en est un mouvement ascensionnel dans la flamme, la métamorphose dans la chaleur alchimique et la naissance de l'« esprit subtil ».
  • Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1964  (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. III. Les techniques de la différenciation entre le Moi et les figures de l'inconscient, p. 225


La vie symbolique, 1939

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Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie ; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche.
  • La vie symbolique (1939), Carl Gustav Jung, éd. Albin Michel, 1989, p. 151


Psychologie de l'inconscient, 1942

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Trop d'animalité défigure l'homme civilisé, trop de civilisation créé des animaux malades.
  • Psychologie de l'inconscient (1942), Carl Gustav Jung, éd. Georg, 1993, p. 61


Essai d'exploration de l'inconscient, 1942

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C'est le sentiment que la vie a un sens plus vaste que la simple existence individuelle qui permet à l'homme de s'élever au-dessus du mécanisme qui le réduit à gagner et à dépenser.
  • Essai d'exploration de l'inconscient (1942), Carl Gustav Jung, éd. Le livre de poche, 1996, p. 151


Les Racines de la conscience, 1954

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On ne reconnaît l'existence psychique que par la présence de contenus susceptibles de devenirs conscients. Par conséquent, nous ne pouvons parler d'un inconscient que si nous pouvons prouver l'existence de ses contenus.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 24


L'archétype représente essentiellement un contenu inconscient modifié en devenant conscient et perçu, et cela dans le sens de la conscience où il émerge.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 26


Quand on a fait tout ce qu'on pouvait, il ne reste plus que ce qu'on pourrait faire si on savait.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 46


Au fond rien n'a de signification, car lorsqu'il n'y avait pas d'homme pensant, personne n'était là pour interpréter les phénomènes. Celui-là seul qui ne comprend pas a besoin d'une interprétation.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 60


Là où une science naturelle ne peut plus procéder expérimentalement, elle se fait descriptive, sans pour cela cesser d'être scientifique. Mais une science expérimentale s'ôte à elle-même toute possibilité si elle délimite son champ d'action d'après des notions théoriques.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 79


Chaque pas infime en avant sur le chemin de la réalisation de la conscience est créateur de monde.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 132


La conscience ne peut exister que si, sans cesse, on reconnaît l'inconscient et l'on tient compte de lui, de même que toute vie doit traverser de nombreuses morts.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 133


Il n'est pas de science qui prenne ses hypothèses pour une vérité définitive.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 294


Nul ne peut donner ce qu'il n'a pas.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 308


L'amour seul ne sert à rien s'il n'est pas doté d'intelligence.
  • Les Racines de la conscience, Carl Gustav Jung, éd. Buchet/Chastel, 1971, p. 458


Un mythe moderne, 1958

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Je me rappelle ici non sans malaise l'époque à laquelle j'étais persuadé que quelque chose qui était plus lourd que l'air ne pouvait pas voler; peu de temps après je dus avec une certaine gêne me rendre à l'évidence.
  • Un mythe moderne, Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, 1961, p. 61


La découverte de processus psychiques inconscients, vieille maintenant de plus d'un demi-siècle, n'est pas encore, de fort loin, devenu un patrimoine universel; encore bien moins l'apprécie-t-on à sa juste mesure.
  • Un mythe moderne, Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, 1961, p. 129


La mort, d'une certaine façon, est un grand "réalisateur". Par la seule intuition du trait final inexorable qu'elle tire au-dessous du bilan d'une vie, elle impose à l'homme de parachever bien des choses que, sans elle, il laisserait en suspens.
  • Un mythe moderne, Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, 1961, p. 147


En vérité, il ne faut pas grand-chose pour que disparaisse et s'efface l'abîme qui semble régner entre les mondes d'obscurantisme d'hier et notre époque contemporaine. Nous nous identifions à un tel degré à la conscience momentanée du présent que nous en oublions l'existence "intemporelle" des soubassements psychiques.
  • Un mythe moderne, Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, 1961, p. 156-157


Car aucun auteur ne peut échapper à la fatalité inéluctable de pourvoir son héros de quelques traits appartenant à sa propre nature, et de révéler ainsi les quelques aspects parcellaires de lui-même qu'il a investis dans ledit héros.
  • Un mythe moderne, Carl Gustav Jung, éd. Galimard, 1961, p. 281


L'Enfant doué, 1962

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L'Enfant doué est une étude réalisée à Bâle en 1942 pour l'assemblée annuelle du corps enseignant, publiée dans la revue Psychologie und Erziehung à Zurich en 1962.

Le problème que pose l'enfant doué est loin d'être simple. Cet enfant ne manifeste pas ses dons uniquement en étant un bon élève. Il arrive qu'il ne le soit pas du tout (...) si l'on se contente de l'observer de l'extérieur, il arrive que l'on ait beaucoup de peine à le distinguer du faible d'esprit.
  • Psychologie et éducation (recueil de textes de CG Jung), Carl Gustav Jung (trad. Yves Le Lay), éd. Buchet Chastel, 1995, chap. L'enfant doué, p. 246


N'oublions pas non plus que les enfants doués ne sont pas toujours précoces ; leur développement est plutôt lent et leurs capacités restent parfois fort longtemps à l'état de latence.
  • Pychologie et éducation (recueil de textes de CG Jung), Carl Gustav Jung (trad. Yves Le Lay), éd. Buchet Chastel, 1995, chap. L'enfant doué, p. 247


Dans une classe spéciale de biens doués, l'enfant court le danger de se développer unilatéralement. Au contraire, dans une classe normale, il s'ennuiera, certes, quand il s'agira de la matière dans laquelle il est supérieur, mais l'étude des autres lui rappellera son retard et cela ne peut que lui être utile et nécessaire au point de vue moral.
  • Pychologie et éducation (recueil de textes de CG Jung), Carl Gustav Jung (trad. Yves Le Lay), éd. Buchet Chastel, 1995, chap. L'enfant doué, p. 253


Correspondance

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Vous allez sans doute secouer la tête avec incrédulité , si je me hasarde à remarquer que je n'aurais probablement guère été en mesure de formuler le concept d'ombre si l'existence de l'ombre n'avait été une expérience majeure de ma vie, faite non seulement sur les autres, mais aussi sur moi-même.
  • Correspondance 1955-1957 (1955), Correspondances de C.G. Jung réunies par Aniéla Jaffé (trad. Claude Maillard (de l'allemand).), éd. Albin Michel, 1995, p. 101


Rencontres et interviews

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La religion d'Hitler est la plus proche qui soit de l'islamisme, réaliste, terrestre, promettant le maximum de récompenses dans cette vie, mais avec ce Walhalla façon musulmane avec lequel les Allemands méritoires peuvent entrer et continuer à goûter le plaisir. Comme l'islamisme, elle prêche la vertu de l'épée.
  • C. G. Jung parle : Rencontres et interviews (1936), Carl Gustav Jung, éd. Buchet-Chastel, 1985, p. 94


Ce qui me frappa [chez les Américains], c'est la grande influence du Noir, influence psychologique naturellement sans mélange de sang. L'expression émotionnelle de l'Américain, particulièrement sa façon de rire, peut être étudiée le mieux dans les suppléments des journaux américains ; ce rire inimitable de Roosevelt, vous le trouverez dans sa forme primitive chez le Noir américain. La démarche particulière avec les articulations relativement lâches ou bien la hanche balancée que l'on observe si souvent chez les Américains proviennent du Noir américain. La musique américaine a pris au Noir sa principale inspiration tout comme la danse. […] La vivacité de l'Américain moyen, qui se manifeste non seulement au jeu de baseball, mais tout particulièrement par un amour extraordinaire de l'expression verbale — le flot perpétuel et sans limite de bavardages qui caractérisent les journaux américains en est l'exemple le plus marquant — ne peut guère dériver des ancêtres germaniques, mais ressemble surtout au « bavardage » du village africain. […] Ainsi l'Américain nous présente l'image singulière d'un Européen avec le comportement d'un Noir et l'âme d'un Indien.
  • (en) Another thing that struck me was the great influence of the Negro, a psychological influence naturally, not due to the mixing of blood. The emotional way an American expresses himself, especially the way he laughs, can best be studied in the illustrated supplements of the American papers; the inimitable Teddy Roosevelt laugh is found in its primordial form in the American Negro. The peculiar walk with loose joints, or the swinging of the hips so frequently observed in Americans, also comes from the Negro. American music draws its main inspiration from the Negro, and so does the dance. […] The vivacity of the average American, which shows itself not only at baseball games but quite particularly in his extraordinary love of talking - the ceaseless gabble of American papers is an eloquent example of this - is scarcely to be derived from his Germanic forefathers, but is far more like the chattering of a Negro village. […] Thus the American presents a strange picture: a European with Negro behaviour and an Indian soul.
  • Civilization in Transition (The Collected Works of C. G. Jung), Carl Gustav Jung (trad. Wikiquote), éd. Routledge & Kegan Paul, 1964, p. 46-49


D'autres auteurs le concernant

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Küsnacht et Bollingen : lorsque j'ai vu ces deux maisons, il m'a semblé évident qu'elles fonctionnaient comme métaphores des deux aspects de la personnalité de Jung, ce qu'il appelle la « personnalité numéro un » et la « personnalité numéro deux ». La première est extravertie, socialisée, ordonnée à la réussite professionnelle et à la vie familiale. La seconde est plus secrète, tournée vers les intuitions et l'écoute de l'inconscient, solitaire et fortement reliée à la nature.
  • Jung et la question du sacré (1992), Ysé Tardan-Masquelier, éd. Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », 1998  (ISBN 2-226-09581-0), Introduction, p. 9


Charles Baudouin, L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe, 1963

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L'inconscient freudien, du moins à l'origine, c'est surtout ce que l'individu a refoulé. C'est donc du conscient rejeté, devenu inconscient par une sorte d'accident. Mieux encore, les refoulements essentiels étant ceux de l'enfance, cet inconscient est bien prêt de coïncider avec l'infantile : c'est, pourrait-on dire, l'enfant qui survit secrètement en nous [...].
Freud a fort bien admis ensuite l'existence d'éléments inconscients qui ne procèdent pas du refoulement — qui sont inconscients par nature. Mais c'est bien l'inconscient refoulé qui est au centre de ses recherches, qui a pour lui une signification pratique ; car l'analyse a essentiellement à ses yeux pour fonction de défaire des refoulements, de réparer des accidents.
L'attention de Jung va au contraire se porter avec prédilection sur ces autres éléments qui seraient inconscients par nature, et ainsi la perspective s'élargit singulièrement. Il se plaît à dire que ce serait étriquer fort l'inconscient que de le réduire à des miettes tombées de la table du conscient. Il est plus conforme à ce que nous savons d'admettre que la conscience est une acquisition tardive, et qu'elle a lentement émergé d'un inconscient primordial.
Tandis que l'inconscient refoulé de Freud a un caractère strictement individuel, puisqu'il procède du vécu infantile de chacun, l'inconscient primordial apparaît d'emblée à Jung comme « collectif » dans ses grandes lignes — collectif se définissant essentiellement ici comme : identique chez les divers individus.

  • L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe (1963), Charles Baudouin, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2002  (ISBN 2-228-89570-9), partie I. Idées directrices, chap. II. Les structures de l'inconscient — L'inconscient collectif, Structures de l'inconscient, p. 73


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