Clélie, histoire romaine

roman de Madeleine de Scudéry

Clélie, histoire romaine est un roman de Madeleine de Scudéry, publié en 10 volumes in-8°, de 1654 à 1660. Situé dans la Rome antique, il a pour personnage principal Clélie, héroïne légendaire des tout premiers temps de la République romaine. L'intrigue alterne les intrigues amoureuses, les intrigues politiques, l'aventure, les combats et de nombreuses conversations où les personnages débattent sur l'amour et l'amitié.

Une édition ancienne de Clélie.

CitationsModifier

Il ne fut jamais un plus beau jour que celui qui devait précéder les noces de l'illustre Aronce et de l'admirable Clélie ; et depuis que le soleil avait commencé de couronner le printemps de roses et de lis, il n'avait jamais éclairé la fertile campagne de la délicieuse Capoue, avec des rayons plus purs, ni répandu plus d'or et de lumière dans les ondes du fameux Vulturne, qui arrose si agréablement un des plus beaux pays du monde.
  • Première phrase du roman.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre premier, p. 33


Mais à peine eut-elle fait cinq ou six pas, qu'un tremblement de terre effroyable, où ce pays-là est si sujet, commença tout d'un coup, et commença avec une telle impétuosité, que la terre s'entrouvrant entre Aronce et Clélie, aec des mugissements aussi effroyables que ceux de la mer irritée, il en sortit en un instant une flamme si épouvantable, qu'elle les déroba également à la vue l'un de l'autre (...)
  • Séparation d'Aronce et de Clélie au cours d'un séisme au début du roman.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre premier, p. 36


Je plains étrangement mes amis des malheurs qui leur arrivent, lui répliquai-je, mais je ne saurais les plaindre de ceux qu'ils se font ; c'est pourquoi ne vous attendez pas d'avoir nulle part à ma compassion, lorsque vous ne souffrirez que les maux que vous vous ferez à vous-même.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre premier, p. 83


 
La Carte du Tendre incluse dans le roman, où son invention est attribuée à Clélie.
Mais nous fûmes bien étonnés, lorsque Herminius après avoir vu ce que Clélie lui venait d'envoyer, nous fit voir que c'était effectivement une carte dessinée de sa main, qui enseignait par où l'on pouvait aller de Nouvelle Amitié à Tendre, et qui ressemble tellement à une véritable carte, qu'il y a des mers, des rivières, un lac, des villes et des villages (...)
  • Première mention de la "carte du Tendre", élément le plus célèbre du roman.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre premier, p. 92


Je soutiens que pour connaître tous les plaisirs de l'amour, il faut en connaître toutes les peines, et que quiconque ne peut se faire un grand malheur d'une fort petite chose, ne trouvera pas même un grand plaisir à une grande faveur.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre trois, p. 128


Il est vrai qu'il n'y a rien de plus incommode que de raconter soi-même son histoire ; car enfin, si l'on est modeste, on n'ose se louer ; et si on ne l'est pas, on se loue trop.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre trois, p. 130


Je me plains Madame, reprit-il, de ce que vous n'avez pas assez aimé mon rival, car puisque je suis persuadé que vous m'aimez moins que lui, il importe étrangement à mon repos que je croie que vous l'avez fort aimé ; c'est pourquoi il n'est pas si bizarre que vous pensez, d'avoir de la douleur de ce que vous n'en avez point eu de sa perte.
  • Artaxandre, à Pasithée.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre trois, p. 152


Une passion est un grand secours contre l'ennui, en un lieu où l'on a rien à faire ; car enfin, le simple dessein de faire faire un message, ou d'en recevoir un, vous occupe agréablement tout un jour.
  • Artaxandre.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre trois, p. 175


Ne demandez jamais quel plaisir on trouve à aimer ; car l'amour porte son plaisir avec soi ; et dès qu'on a le cœur occupé de cette passion, l'esprit se préoccupe aisément ; on ne voit plus les choses comme elles sont, et on les voit seulement comme on veut qu'elles soient.
  • Céphise, à Artaxandre.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre trois, p. 210


Il y a des choses véritables, répondit Clélie, qui sont si peu agréables, et si éloignées de toute vraisemblance, et il y en a d'inventées qui sont si divertissantes, et si vraisemblables, qu'on peut dire que quelquefois le mensonge est plus agréable que la vérité, et qu'il ressemble mieux à la vérité que la vérité même.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre trois, p. 220


(...) on ne peut vivre sans plaisir ; et ceux qui pensent n'en point avoir, et qui sont naturellement sombres et chagrins, en trouvent assurément dans leur propre mélancolie.
  • Amilcar
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre trois, p. 222


Ce serait donner un fragile fondement à la gloire, que de la fonder sur l'inconstance de la plupart de ceux qui se mêlent d'aimer.
  • Valérie
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, deuxième partie, livre un, p. 227


Selon moi, la grande beauté affaiblit la gloire d'une conquête ; et une très belle femme qui assujettit un coeur, ne mérite guère plus de gloire, qu'en mériterait un conquérant qui aurait une armée de cent mille hommes, et une intelligence dans une petite ville qu'il prendrait sans résistance.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, deuxième partie, livre un, p. 228


Quiconque sait aimer, sait se taire.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, deuxième partie, livre un, p. 236


La véritable gloire de deux personnes qui s'aiment consiste à être eux-mêmes les uniques témoins de leur tendresse, et de leur vertu, et à s'estimer si parfaitement que leur seule approbation suffise à les rendre heureux.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, deuxième partie, livre un, p. 237


Il n'appartient pas aux enjouées d'avoir de grandes aventures, et tous les événements extraordinaires sont réservés aux mélancoliques.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, dcinquième partie, livre trois, p. 278


Le monde est plein d'inconstants si bien déguisés en amants fidèles, qu'il est facile de s'y laisser tromper.
  • Plotine
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, dcinquième partie, livre trois, p. 288


Je vous avoue que j'appelle tout changement inconstance, et que c'est un abus de n'appeler inconstants que ceux qui aiment plusieurs personnes. En effet la tiédeur qui vient après une ardente amour, n'est-elle pas une espèce d'inconstance, et ne suffit-il pas de cesser d'aimer ce que l'on a aimé, pour être appelé inconstant ?
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, dcinquième partie, livre trois, p. 291


N'y a-t-il rien de plus cruel, que de voir après la mort d'une personne infiniment aimable, et infiniment vertueuse, que les marques les plus secrètes d'une affection, deviennent publiques par la négligence de celui qui les a reçues ?
  • Lucie, à Plotine
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, cinquième partie, livre trois, p. 291


On n'est pas obligé d'aimer tous ceux qui ne nous ont pas trahis.
  • Plotine, à Martius
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, cinquième partie, livre trois, p. 329


Qu'il est aisé à une indifférente de conseiller l'indifférence.
  • Martius, à Plotine
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, cinquième partie, livre trois, p. 330


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