Madeleine de Scudéry

écrivain française

Madeleine de Scudéry, née au Havre le 15 novembre 1607 et morte à Paris le 2 juin 1701, est une femme de lettres française. Son œuvre littéraire, composée de romans comme Clélie, histoire romaine et Artamène ou le Grand Cyrus très inspirés par la culture classique, marque l’apogée du mouvement précieux.

Portrait de Madeleine de Scudéry, École française, vers 1650 (Bibliothèque municipale du Havre).

CitationsModifier

Clélie, histoire romaine (1654-1660)Modifier

Il ne fut jamais un plus beau jour que celui qui devait précéder les noces de l'illustre Aronce et de l'admirable Clélie ; et depuis que le soleil avait commencé de couronner le printemps de roses et de lis, il n'avait jamais éclairé la fertile campagne de la délicieuse Capoue, avec des rayons plus purs, ni répandu plus d'or et de lumière dans les ondes du fameux Vulturne, qui arrose si agréablement un des plus beaux pays du monde.
  • Première phrase du roman.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre premier, p. 33


Mais à peine eut-elle fait cinq ou six pas, qu'un tremblement de terre effroyable, où ce pays-là est si sujet, commença tout d'un coup, et commença avec une telle impétuosité, que la terre s'entrouvrant entre Aronce et Clélie, aec des mugissements aussi effroyables que ceux de la mer irritée, il en sortit en un instant une flamme si épouvantable, qu'elle les déroba également à la vue l'un de l'autre (...)
  • Séparation d'Aronce et de Clélie au cours d'un séisme au début du roman.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre premier, p. 36


Mais nous fûmes bien étonnés, lorsque Herminius après avoir vu ce que Clélie lui venait d'envoyer, nous fit voir que c'était effectivement une carte dessinée de sa main, qui enseignait par où l'on pouvait aller de Nouvelle Amitié à Tendre, et qui ressemble tellement à une véritable carte, qu'il y a des mers, des rivières, un lac, des villes et des villages (...)
  • Première mention de la "carte du Tendre", élément le plus célèbre du roman.
  • Clélie, histoire romaine (1654-1660), Madeleine de Scudéry, éd. Gallimard, coll. « Folio classiques », 2006, première partie, livre premier, p. 92


Citations au sujet de Madeleine de ScudéryModifier

Marie-Jo BonnetModifier

Au lieu de mettre en scène le suicide, Madeleine de Scudéry s'en détourne complètement et préfère envoyer Sappho loin de la ville, au « Pays des Sauromates », territoire des Amazones d'après Hérodote d'Halicarnasse dans ce « coin du monde où l'on [peut] dire que les femmes sont maîtresses d'elles-mêmes ». Ce qui est perdu du côté de l'amour, du plaisir du corps, se retrouve du côté de l'individualité féminine et des valeurs d'affirmation de soi personnifiées par les Amazones.

Paru durant la Fronde et dédié à la Duchesse de Longueville, Artamène ou le Grand Cyrus est symptomatique de la perte de pouvoir politique infligé aux femmes par la monarchie.

Sa fin marque pourtant l'espoir de la conquête possible d'un territoire propre, forteresse de l'âme, terre de liberté où le génie féminin, sous la double protection des Amazones et de l'amour de soi reconquis, se retire.
  • Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. « Poches », 1981, partie 1. Te nommer corps lesbien (XVIè-XVIIè siècle), chap. III Le pays des Sauromates : Sappho chez les Amazones, Introduction, p. 76


Emma DemeesterModifier

« Leur état leur ferme les chemins qui mènent à la gloire », a écrit François de La Rochefoucauld à propos des femmes de son temps. C'était sans compter Madame de La Fayette, Madeleine de Scudéry et plus encore peut-être Marie de Sévigné, considérée aujourd'hui comme un incontournable témoin du Grand Siècle.

  • « Redécouvrir Madame de Sévigné », Emma Demeester, La Nouvelle Revue d'Histoire, nº 45, Novembre-décembre 2009, p. 17


Octave GréardModifier

À la Renaissance, Érasme et Vivès déclaraient hautement les femmes susceptibles de la culture la plus élevée ; on les égalait aux hommes ; on les plaçait même au-dessus : telle est du moins la thèse que soutiennent Corneille Agrippa, Brantôme et toute la suite des poètes attachés à Marguerite de Valois. Avec le dix-septième siècle, le débat change encore une fois de caractère. C’est dans les académies, les salons et les ruelles que Mlle de Gournay et Mlle de Scudéry aspirent à faire une place à leur sexe, toutes prêtes d’ailleurs à la conquérir elles-mêmes par le travail, à ne rien ménager pour assouplir leur esprit aux exercices littéraires les plus subtils et perfectionner leur raison.


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