Henri Laborit

médecin, chirurgien et neurobiologiste français du XXe siècle, instigateur de l'utilisation des neuroleptiques
Henri Laborit
Henri Laborit

Henri Laborit, Hanoï (Indochine), 21 novembre 1914 – 18 mai 1995, était un médecin chirurgien et philosophe en biologie comportementale.

La vie antérieure, 1989Modifier

Quand on a passé 40 ans de sa vie à observer les faits biologiques et quand la biologie générale vous a conduit pas à pas vers l'étude du système nerveux puis vers celle des comportements, un certain septicisme vous envahit à l'égard de toute relation d'une expérience vécue, exprimée dans un langage conscient. La seule certidude que nous pouvons en retirer, c'est que toute pensée, tout jugement nous concernant ou concernant ceux que nous avons rencontrés sur notre route, toute analyse logique de notre vécu n'exprime que nos désirs inconscients, nos automatismes culturels, la recherche le plus souvent d'une valorisation de nous-mêmes à nos yeux et à ceux de nos contemporains. Parmi les relations qui s'établissent à chaque instant entre notre système nerveux et le monde qui nous entoure, nous en isolons préférentiellement certaines, sur lesquelles se fixe notre attention. Elles deviennent pour nous signifiantes parce qu'elles répondent ou s'opposent à nos élans pulsionnels, canalisés par les apprentissages socioculturels auxquels nous sommes soumis depuis notre naissance.


Mon oncle d'Amérique (film), 1980Modifier

Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change.


Éloge de la fuite, 1976Modifier

Le racisme est une théorie biologiquement sans fondement au stade où est parvenue l'espèce humaine, mais dont on comprend la généralisation par la nécessité, à tous les niveaux d'organisation, de la défense des structures périmées.


Ne sachant pas qu'il existe dans un milieu différent, l'enfant va mémoriser [...] l'odeur de sa mère, sa chaleur et son visage. Il s'agit sans doute là d'un processus analogue à celui de "l'empreinte" décrit par K. Lorenz chez ses oies. En résumé, des réflexes conditionnés établissent des rapports entre une récompense, l'assouvissement d'un besoin fondamental et les stimuli sensoriels d'origine externe qui les accompagnent. Lorsque vers le huitième ou dixième mois, son action progressive sur le milieu lui fera prendre conscience de son existence distincte du milieu qui l'entoure, il va découvrir que sa mère [...] n'appartient pas qu'à lui seul. L'enfant comprendra d'un seul coup qu'il peut perdre en partie sa gratification et découvrira l'œdipe, la jalousie et l'amour malheureux.


Être heureux, c'est à la fois être capable de désirer, capable d'éprouver du plaisir à la satisfaction du désir et du bien-être lorsqu'il est satisfait, en attendant le retour du désir pour recommencer.


C'est un lieu commun que de dire que la Science a tué la Foi, qu'elle a tué les anciens dieux. Il est exact de dire qu'elle a remplacé la Foi dans la thérapeutique de l'angoisse. L'homme attend d'elle qu'elle le rende immortel, dans ce monde et non dans l'autre. Mais la déception est proche car la science n'apporte pas de solution à la destinée. Elle ne donne pas de "sens à la vie". Elle se contente de l'organiser. Ou si elle lui donne un sens, c'est de n'en avoir aucun, d'être un processus hasardeux et hautement improbable.


Beaucoup de chrétiens aujourd'hui se rallient à la doctrine marxiste car depuis les temps anciens, l'établissement ecclésiastique a signé des concordats successifs avec le pouvoir lorsqu'il n'a pas pu l'exercer lui-même. Il s'est rallié aux dominants de toutes les époques, alors que le Christ s'est promené à travers le monde en ralliant autour de lui les faibles et les dominés.


Tant que mes jambes me permettent de fuir, tant que mes bras me permettent de combattre, tant que l'expérience que j'ai du monde me permet de savoir ce que je peux désirer, nulle crainte : je puis agir. Mais lorsque le monde des hommes me contraint à observer ses lois, lorsque mes mains et mes jambes se trouvent emprisonnées dans les fers implacables des préjugés, alors je frissonne, je gémis et je pleure.


La nouvelle grille, 1974Modifier

Nous entrons dans une ère où toutes les "valeurs" anciennes établies pour favoriser la dominance hiérarchique doivent s'effondrer. Les règles morales, les lois, le travail, la propriété, tous ces règlements de manœuvre qui sentent la caserne ou le camp de concentration ne résultent que de l'inconscience de l'homme ayant abouti à des structures socio-économiques imparfaites, où les dominances ont besoin de la police, de l'armée et de l'État pour se maintenir en place. Aussi longtemps que la coercition, toutes les coercitions persisteront, elles seront la preuve de l'imperfection du système social qui en a besoin pour subsister. Tant que des hommes voudront imposer leur vérité aux autres hommes, on ne sortira pas de l'inquisition, des procès staliniens, des morales, des polices, de la torture et de l'avilissement du cerveau humain par les préjugés les plus attristants dans l'inconscience de ses motivations préhominiennes.


Il faut propager au plus vite cette notion que l'homme "n'est" pas une force de travail mais une structure qui traite l'information et qui se trouve être également une source nouvelle d'information. Qu'une partie de celle-ci lui serve à transformer la matière et l'énergie et aboutisse à la création d'objets, que ceux-ci aient avant tout une valeur d'usage, avant d'avoir une valeur d'échange, cette dernière assurant d'abord le maintien de la dominance, est admissible. Mais que cette information que sécrète son cerveau imaginant lui serve exclusivement à produire des objets, des marchandises, c'est là qu'est l'erreur fondamentale qu'ont entretenue les idéologies socio-économiques contemporaines.


L'agressivité détournée, 1970Modifier

Comment espérer qu'un jour l'Homme que nous portons tous en nous puisse se dégager de l'animal que nous portons également si jamais on ne lui dit comment fonctionne cette admirable mécanique que représente son système nerveux ? Comment espérer voir disparaître l'agressivité destructrice, la haine, la violence et la guerre ? N'est-il pas indispensable de lui montrer combien aux yeux de la science peuvent paraître mesquins et ridicules les sentiments qu'on lui a appris à considérer souvent comme les plus nobles sans lui dire que c'est seulement parce qu'ils sont les plus utiles à la conservation des groupes et des classes sociales, alors que l'imagination créatrice, propriété fondamentale et caractéristique de son cerveau, n'est le plus souvent, c'est le moins qu'on puisse dire, absolument pas exigée pour faire un honnête homme et un bon citoyen ?
  • L’agressivité détournée : Introduction à une biologie du comportement social, Henri Laborit, éd. Union Générale d’Édition, coll. « 10/18 », 1970  (ISBN 2-264-00370-7), p. 8


L'homme imaginant, 1970Modifier

..., car les choses se contentent d'être, elles ne sont ni vraies ni fausses, ni justes ni injustes, ni bonnes ni mauvaises, ni laides ni belles, en dehors des conditionnements du système nerveux humain qui les fait trouver telles. Les choses sont. Selon l'expérience que nous en avons, qui varie avec notre classe sociale, notre hérédité génétique, notre mémoire sémantique et personnelle, nous les classons hiérarchiquement dans une échelle de valeurs qui n'est que l'expression de nos déterminismes innombrables. Nos déterminisme sociaux sont dominants, car les sociétés, comme toutes les structures vivantes, ont tendance à maintenir l'état dans lequel elles se trouvent, pour préserver leur existence, en soumettant l'individu à leurs préjugés, leurs préceptes, leurs lois, leurs "valeurs". Un tel sujet est alors dit équilibré avec son milieu, état idéal car il ne sera à l'origine d'aucune révolte. Il n'aura même plus à penser, car la société lui aura créé dès l'enfance une batterie de réflexes conditionnés par des jugements de valeur, qui n'ont de valeur que pour le groupe social dans lequel il vit.
  • L’homme imaginant : essai de biologie politique, Henri Laborit, éd. Union Générale d’Édition, coll. « 10/18 », 1970  (ISBN 2-264-00882-2), Chapitre I - Biologie et politique, p. 16


Il faut toujours revenir aux questions fondamentales sous peine de s'égarer.
1°) Que fait l'homme sur la terre ? Il vit ou, plus précisément, il survit. Il croît et se multiplie, au même titre que toutes les espèces vivantes qui, à travers les âges de la terre, sont arrivées jusqu'à nous.
2°) Pour y parvenir, dans un perpétuel échange d'énergie avec son milieu, et par une régulation en rétroaction sur ce dernier, il a dû s'adapter à lui et adapter celui-ci à ses besoins.
3°) Il y a été aidé par un phénomène biologique particulier qui est sa faculté d'imagination ou, en d'autres termes, de restructuration originale de ses expériences acquises, ou transmises, à travers les générations par le langage.
4°) On peut donc admettre que cette adaptation, facteur de sa survie, sera d'autant meilleure que son expérience est plus vaste.
On peut en conclure que son but essentiel est la « connaissance » indispensable à sa survie.
  • L’homme imaginant : essai de biologie politique, Henri Laborit, éd. Union Générale d’Édition, coll. « 10/18 », 1970  (ISBN 2-264-00882-2), Chapitre III - L'« essence de l'Homme ». La notion de besoin, p. 42


[...] ou l'humanité aura comme finalité essentielle de fuir l'ignorance et l'unidisciplinarité idéologique et technique, ou elle demeurera dans le chaos, la souffrance et le meurtre. L'ignorance et le conditionnement sont les vrais ennemis de l'homme, tant du prolétaire que du bourgeois. L'ignorance ne vient pas seulement de la difficulté que certains hommes rencontrent à s'instruire. Elle vient aussi du fait que l'homme ne cherche le plus souvent à connaître que ce qui satisfait ses désirs. Il cherche dans la connaissance la reconnaissance de ses pulsions primitives ou secondaires et interdites, une justification de ses jugements de valeur. Il ferme les yeux, atteint de photophobie quand la lumière de la vérité le frappe trop brusquement et éclaire les couches obscures de son inconscient. Il préfère l'alchimie à la chimie, le yoga à la physique moderne et la politique à la neuro-psycho-biologie.
  • L’homme imaginant : essai de biologie politique, Henri Laborit, éd. Union Générale d’Édition, coll. « 10/18 », 1970  (ISBN 2-264-00882-2), Chapitre VII - Étude critique des régimes socio-économiques contemporains, p. 76


Lorsque l'on pense au fait que chaque enfant qui naît est une page blanche, découpée dans le long parchemin enroulé du déterminisme génétique, mais fraîche et immacculée comme au premier jour du monde humain; lorsque l'on pense que ce qui s'inscrit très tôt sur elle, ce qui fait sa richesse et sa fragilité, c'est l'expérience acquise par l'humanité au cours des âges, et que cette expérience nous sommes seuls et tous responsables du contenu sémantique des caractères qui la transcrivent, nous sommes tentés de conclure qu'il y manque un chapitre, sans doute essentiel, à voir le monde des adultes, ce monde aveugle et déchaîné. Et c'est vrai qu'à l'héritage nous n'avons pas encore ajouté, ce que nous savons ou du moins croyons connaître de la Vie. Sur cette page blanche s'inscrivent, jour après jour, les lois physiques et les lois sociales, les règlements, les sens interdits, les feux rouges, les codes, les limitations de vitesse, mais rien, absolument rien, concernant la page elle-même, son origine, sa texture, ses filigranes, sa couleur et son utilité.
  • L’homme imaginant : essai de biologie politique, Henri Laborit, éd. Union Générale d’Édition, coll. « 10/18 », 1970  (ISBN 2-264-00882-2), Chapitre X - Naissance et rôle des sciences de la vie, p. 116,117


Ah! si les peuples sous-développés étaient indispensables à la survie des autres, il y a fort à penser que l'on s'occuperait d'eux plus activement. Mais si l'impérialisme mondial est prêt à faire des guerres locales pour conserver l'exploitation de certaines régions pétrolières, ou pour conserver le contrôle de certaines régions dont il considère qu'elles sont importantes à sa sécurité, il sait bien par contre qu'il peut continuer à vivre sans les populations qui les habitent. Si les classes dominantes nationales ne peuvent se passer de leur prolétariat national qui détient la force de travail, l'impérialisme international par contre n'a pas besoin du prolétariat misérable qui constitue les populations du tiers-monde. Autant dire qu'il considère faire œuvre charitable s'il ampute de quelques centimes le produit national, pour le livrer gratuitement pense-t-il à ces populations, alors qu'il retire de leur sol une richesse pourtant considérable. Pourquoi n'ont-elles pas d'ailleurs suivi une évolution technique semblable? C'est bien la preuve que ce sont des races inférieures, peu douées, et qui « méritent » le sort misérable qui est le leur. Même si cette opinion n'est pas toujours proférée, elle est toujours plus ou moins inconsciemment pensée. Elle résulte directement d'ailleurs de la notion de liberté humaine, l'homme libre étant seul responsable de son destin.
  • L’homme imaginant : essai de biologie politique, Henri Laborit, éd. Union Générale d’Édition, coll. « 10/18 », 1970  (ISBN 2-264-00882-2), Chapitre XIII - Et le tiers-monde?, p. 156,157


En effet, la cybernétique, nous l'avons dit, nous apprend que le milieu transforme l'homme et que l'homme transforme le milieu. Mais depuis des centaines de milliers d'années, la structure biologique de l'homme est restée à peu près la même. Ce qui a changé, c'est ce que sa mémoire est maintenant capable d'engrammer. Ce qui a changé, ce sont donc les éléments que son Imagination a à sa disposition et peut aujourd'hui manipuler. Mais les facteurs qui dirigent cette manipulation, nous commençons à peine à les entrevoir, à les isoler, à les comprendre, ce qui est nécessaire pour les diriger. [...] La toxicité d'un agent pharmacologique est complètement différente suivant qu'il est injecté à un animal isolé ou à un animal en groupe et suivant l'importance du groupe.
  • L’homme imaginant : essai de biologie politique, Henri Laborit, éd. Union Générale d’Édition, coll. « 10/18 », 1970  (ISBN 2-264-00882-2), Épilogue, p. 184


Biologie et structure, 1968Modifier

La chose neuve de ces dernières années, c'est le remplacement de l'homme, pour les travaux manuels, par la machine. Libérant sa main, elle favorise son cerveau et c'est à notre avis là que réside le dernier chaînon actuel de l'évolution. Ce chaînon exige une refonte douloureuse de tout l'équilibre social, en commençant par le refonte de l'enseignement pour terminer sur celle de la vision du monde et de l'homme par lui-même qui doit se repenser. La discipline de base des économistes devrait être la thermodynamique. Celle de l'homo sapiens la logique mathématique, l'étude de la complexité croissante et des structures.


Ce qui manque, semble-t-il, à notre enseignement primaire et secondaire, ce n'est certes pas le contenu, mais la structure. Il ne s'agit pas d'apprendre le plus de choses possible si on ne sait pas comment elles sont reliées entre elles, dans l'espace et le temps, de la géographie à l'histoire, des mathématiques à Victor Hugo. Chaque chose apprise n'a aucun intérêt si elle ne s'inscrit pas dans un cadre plus vaste, par niveaux d'organisation et régulations intermédiaires, aussi bien dans le sens horizontal du présent, que vertical du passé et de l'avenir. Chaque heure passée, pour un enfant ou un adolescent assis sur un banc d'école, devrait commencer par définir la structure de ce qui va être dit et se terminer par la mise en place de ce qui a été dit dans les structures d'ensemble. Cet effort fournirait aux jeunes générations le sentiment indispensable de la relativité de toutes choses et les mathématiques, si décevantes pour beaucoup, deviendraient ainsi naturellement le langage précis permettant de décrire les relations.


Le drame de notre époque vient sans doute du fait que l'homme n'a jamais transformé si vite son environnement, en si peu de temps ; que les hommes qui ont été les ouvriers de cette transformation n'ont pu en tirer les conséquences générales, car ils n'ont pu adapter leur langage, fixé dans les années passées, aux structures nouvelles qu'ils ont fait naître. Leurs enfants ont hérité d'un monde nouveau et d'un langage inadapté à ce monde.


Du soleil à l'homme, 1963Modifier

Il faut apprendre avant tout à chaque homme le danger du langage. Une éducation sémantique précoce devrait être assurée dans toutes les couches sociales, dès l'enfance. Quand les hommes auront compris que le mot n'est pas l'objet, quand ils auront compris que des abstractions comme « liberté », « démocratie » ou autres slogans ne sont que des mots que chaque homme remplit d'une valeur affective différente, que chaque civilisation, chaque groupe humain, chaque homme a sa notion de liberté ou de démocratie et que dans ces conditions, sans un retour à une définition universelle, difficilement réalisable avec des mots, il n'est pas d'entente possible entre les hommes, un grand pas sera fait. Quand on aura appris aux enfants, à tous les enfants, que 1 et 1 ne font 2 que pour faciliter notre vie journalière, mais que 1 n'existe que comme cas particulier d'un ensemble, que 1 n'existe pas en dehors de l'homme qui le conçoit et que vouloir ajouter 1 à 1 est quelque chose d'impensable puisque deux objets identiques n'existent pas; Quand tous les enfants du monde auront compris que seules les analogies de structure peuvent être appréhendées par l'esprit humain, quand ils vivront vraiment la relativité de toutes choses, alors peut-être, le sectarisme, l'assassinat et l'exploitation de l'homme par l'homme disparaîtront-ils de notre planète.
  • Du soleil à l'homme - L'organisation énergétique des structures vivantes, Henri Laborit, éd. Masson et Cie, 1963, p. 100,101


Ainsi, essayer de donner aux mots un sens précis, en sachant qu'ils ne sont pas l'objet, mais qu'ils ne font que décrire momentanément un aspect trés limité, un aspect artificiellement isolé, d'une réalité inconnue, qu'ils ne sont qu'un symbole dont la valeur sémantique varie avec chaque individu, son hérédité, son expérience passée, son équilibre biologique du moment, nous rapproche d'un comportement plus scientifique. La science d'aujourd'hui, qui choisit d'ailleurs la formulation mathématique le plus souvent pour s'exprimer, est une science des relations et la philosophie qui en découle, une philosophie ouverte, sans cesse prête à modifier ses concepts avec le progrès de nos connaissances.
  • Du soleil à l'homme - L'organisation énergétique des structures vivantes, Henri Laborit, éd. Masson et Cie, 1963, p. 102


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