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Le Coq et l'Arlequin

Le Coq et l'Arlequin est un essai de Jean Cocteau, publié en 1918, où l'auteur développe ses idées sur ce que devrait être, selon lui, l'art de son temps, et en particulier la musique.

CitationsModifier

L’art c’est la science faite chair.
Le musicien ouvre la cage aux chiffres, le dessinateur émancipe la géométrie.
Une œuvre d’art doit satisfaire toutes les muses — c’est ce que j’appelle :
Preuve par 9.
Un chef-d’œuvre est une partie d’échecs gagnée échec et mat.
UN JEUNE HOMME NE DOIT PAS ACHETER DE VALEURS SURES.
Ces univers inconnus que nous visitons sans cesse sur des pieds inconnus, ne les confondez pas avec le domaine du rêve. Nous ne sommes pas des rêveurs. Nous sommes des explorateurs réalistes.
LE TACT DANS L’AUDACE, C’EST DE SAVOIR JUSQU’OÙ ON PEUT ALLER TROP LOIN.

  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 11


Il y a une maison, une lampe, une soupe, du feu, du vin, des pipes, derrière toute œuvre importante de chez nous. Le rossignol chante mal.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 12


La source désapprouve presque toujours l'itinéraire du fleuve.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 13


Un artiste ne saute pas de marches ; s’il en saute, c’est du temps perdu, car il faut les remonter après.
Un artiste qui recule ne trahit pas. Il se trahit.

  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 14


Un scrupule sentimental qui nous empêche de dire toute la vérité en fait une Vénus qui se cache le sexe avec la main. Or la vérité montre son sexe avec sa main.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 15


Sens. — L’oreille réprouve mais supporte certaines musiques ; transportons-les dans le domaine du nez, elles nous obligeraient à fuir.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 17


Un vrai artiste est toujours en rumeur.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 18


Dans le créateur, il y a nécessairement un homme et une femme, et la femme est presque toujours insupportable.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 19


L’art est lent, circonspect dans ses plus aveugles révolutions.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 34


Nos musiciens ont évité le torrent Wagner sur une corde raide mais, pas plus que le torrent, la corde raide ne peut être considérée comme un moyen de locomotion honnête.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 36


Le public n’aime pas les profondeurs dangereuses; il aime mieux les surfaces. C’est pourquoi dans une expression d’art qui lui demeure encore suspecte il inclinerait plutôt en faveur des supercheries.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 44


LE PUBLIC N’ADOPTE HIER QUE COMME UNE ARME POUR FRAPPER SUR MAINTENANT.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 45


Publics. — Ceux qui défendent aujourd’hui en se servant d’hier, et qui pressentent demain (1 pour cent).

Ceux qui défendent aujourd’hui en détruisant hier et qui nieront demain (4 pour cent). Ceux qui nient aujourd’hui pour défendre hier, leur aujourd’hui (10 pour cent). Ceux qui s’imaginent qu’aujourd’hui est une erreur et donnent rendez-vous pour après-demain (12 pour cent). Ceux d’avant-hier qui adoptent hier pour prouver qu’aujourd'hui sort des limites permises (20 pour cent). Ceux qui n’ont pas encore compris que l'art est continu et s’imaginent que l’art s’est arrêté hier pour reprendre peut-être demain (60 pour cent).

Ceux qui ne constatent ni avant-hier, ni hier, ni aujourd’hui (100 pour cent).
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 45-46


« Pourquoi faites-vous ainsi ? » demande le public. a Parce que vous ne feriez pas ainsi », répond le créateur.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 47


On s’est trop longtemps habitué au charme du seul échafaudage. Nous autres, architectes, nous démolissons l’échafaudage une fois la maison construite.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 52


L’impressionnisme est un contrecoup de Wagner. Les derniers roucoulements de l’orage.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 52


On nous demande trop de miracles ; je m’estime déjà bien heureux si j’ai fait entendre un aveugle.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 56


C’est, en effet, la façon du public de clopiner d’œuvre en œuvre, toujours en retard d’une, adoptant ce qui précède pour le blâme de ce qui va suivre, et, comme on dit « jamais à la page ».
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 62


[...] passons dans la salle [de la création du Sacre du Printemps]. Elle est comble. Il y a là, pour un œil exercé, tous les matériaux d’un scandale: public mondain, décolleté, harnaché de perles, d’aigrettes, de plumes d’autruche ; côte à côte avec les fracs et les tulles, les vestons, les bandeaux, les loques voyantes de cette race d’esthètes qui acclame le . neuf à tort et à travers par haine des loges (les acclamations incompétentes de ceux-ci plus insupportables que les sifflets sincères de ceux-là). J’ajoute les musiciens fébriles, quelques moutons de Panurge gênés entre l'opinion mondaine et le crédit qu’il convient de faire aux Ballets Russes, Et, si je n’insiste pas, c’est qu’il faudrait signaler mille nuances de snobisme, sur-snobisme, contre-snobisme, nécessitant à eux seuls un chapitre.
  • Le Coq et l'Arlequin, Jean Cocteau, éd. Ed. De la Sirène, 1918, p. 66