Marguerite Yourcenar

femme de lettres française naturalisée américaine en 1947 (1903-1987)

Marguerite Yourcenar, de son vrai nom Marguerite Cleenewerck de Crayencour (Bruxelles, 8 juin 1903Mount Desert Island, États-Unis, 17 décembre 1987) est un écrivain français. Elle fut la première femme à entrer à l'Académie française.

Marguerite Yourcenar en 1982.

CitationsModifier

Alexis ou le Traité du Vain Combat, 1929Modifier

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Denier du rêve, 1934Modifier

Un grossissement de plus, et ces visages se décomposeraient en mouvements d'atomes, aussi indifférents à ce baiser que nous pouvons l'être aux amours démesurées des astres.
  • « Denier du rêve » (1934), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), p. 246


Nouvelles orientales, 1938Modifier

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Mémoires d'Hadrien, 1951Modifier

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L'Œuvre au noir, 1968Modifier

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Le Labyrinthe du mondeModifier

Souvenirs pieux, 1974Modifier

(…) je m’arrête, prise de vertige devant l’inextricable enchevêtrement d’incidents et de circonstances qui plus ou moins nous déterminent tous.
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 11


Le fait reste que, même pour les moins gourmets, les moins gourmands ou les moins goinfres, vivre ensemble, c’est en partie manger ensemble.
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 21


Pendant ce temps, la terre tournait.
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 28


J’avais l’imperceptible recul du chien qui détourne le cou quand on lui présente un collier.
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 52


Cette femme assurément douée d’agréments (…).
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 121


Ce qui surnage comme toujours, c’est l’infinie pitié pour le peu que nous sommes, et, contradictoirement, le respect et la curiosité de ces fragiles et complexes structures, posées comme sur pilotis à la surface de l’abîme, et dont aucune n’est tout à fait pareille à aucune autre.
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 157


Comme toujours, chaque fois qu’il se tourne vers le monde extérieur, la vie est là, avec son imprévu, sa foncière tristesse, sa décevante douceur, et sa presque insupportable plénitude.
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 166


Il se souvient d’avoir écrit quelque part qu’il n’y avait devant la vie et la mort que deux attitudes valables, le christianisme et le stoïcisme.
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 170


(…) cette époque qui nous semble à distance épaisse et inerte, suspendue comme un énorme remblai au bord de l’abîme du XXè siècle.
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 257


Mon visage commence à se dessiner sur l’écran du temps.
  • Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1980, p. 363


Archives du Nord, 1977Modifier

Dans le fallacieux combat entre l'ordre et la justice, Michel Charles s'est déjà rangé du côté de l'ordre. Il croira toute sa vie qu'un homme bien né, bien élevé, bien lavé, bien nourri et bien abreuvé sans excès, cultivé comme il convient qu'un homme de bonne compagnie le soit de son temps, est non seulement supérieur aux misérables, mais encore d'une autre race, presque d'un autre sang. Même s'il se rencontrait, parmi beaucoup d'erreurs, une petite parcelle de vérité dans cette vue qui, avouée ou tacite, a été celle de toutes les civilisations jusqu'à nos jours, ce qu'elle contient de faux finit toujours par lézarder toute société qui se repose sur elle. Au cours de son existence d'homme privilégié, mais pas nécessairement d'homme heureux, Michel Charles n'a jamais traversé de crise assez forte pour s'apercevoir qu'il était en dernière analyse le semblable de ces rebuts humains, peut-être leur frère. Il ne s'avouera pas non plus que tout homme, un jour ou l'autre, se voit condamné aux travaux forcés à perpétuité.
  • « Archives du Nord » (1977), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011212-8), partie II, chap. Le jeune Michel Charles, p. 1026


Quoi ? L'Éternité, 1988Modifier

  • « Quoi ? L'éternité » (1988), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011212-8), p. .


Un homme obscurModifier

  • « Un homme obscur » (1981), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 9..


EssaisModifier

Il y a deux sortes d'êtres humains : ceux qui écartent la mort de leur pensée pour mieux et plus librement vivre, et ceux qui, au contraire, se sentent d'autant plus sagement et fortement exister qu'ils la guettent dans chacun des signaux qu'elle leur fait à travers les sensations de leur corps ou les hasards du monde extérieur. Ces deux sortes d'esprits ne s'amalgament pas. Ce que les uns appellent une manie morbide est pour les autres une héroïque discipline. C'est au lecteur à se faire une opinion.
  • « Mishima ou la Vision du vide » (1981), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011212-8), p. 260


Quoi qu'il arrive, j'apprends. Je gagne à tout coup.
  • « En pèlerin et en étranger » (1981), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011212-8), chap. XIV. Carnets de notes, 1942-1948, p. 530


On ne voit pas deux fois le même cerisier, ni la même lune découpant un pin. Tout moment est dernier, parce qu'il est unique. Chez le voyageur cette perception s'aiguise par l'absence des routines fallacieusement rassurantes propres au sédentaire, qui font croire que l'existence pour un temps restera ce qu'elle est.
  • « Le Tour de la prison » (1977), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011212-8), chap. I (« Basho sur la route »), p. 602


PoésieModifier

Feux, 1936Modifier

Solitude… Je ne crois pas comment ils croient, je ne vis pas comme ils vivent, je n’aime pas comme ils aiment… Je mourrai comme ils meurent.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1083


L'alcool dégrise. Après quelques gorgées de cognac, je ne pense plus à toi.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1083


Il n’y a pas d’amour malheureux : on ne possède que ce qu’on ne possède pas. Il n’y a pas d’amour heureux : ce qu’on possède, on ne le possède plus.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1090


Rien à craindre. J’ai touché le fond. Je ne puis tomber plus bas que ton cœur.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1090


Un cœur, c'est peut-être malpropre. C'est de l'ordre de la table d'anatomie et de l'étal de boucher. Je préfère ton corps.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1097


Rien de plus sale que l'amour-propre.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1105


Je me refuse à faire de toi un objet, même quand ce serait l'Objet Aimé.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1105


Aimer les yeux fermés, c’est aimer comme un aveugle. Aimer les yeux ouverts, c’est peut-être aimer comme un fou : c’est éperdument accepter. Je t’aime comme un folle.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1111


On arrive vierge à tous les événements de sa vie. J’ai peur de ne pas savoir m’y prendre avec ma Douleur.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1111


Brûlé de plus de feux… Bête fatiguée, un fouet de flammes me cingle les reins. J’ai retrouvé le vrai sens des métaphores de poètes. Je me réveille chaque nuit dans l’incendie de mon propre sang.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1120


Je ne tomberais pas. J’ai atteint le centre. J’écoute le battement d’on ne sait quelle divine horloge à travers la mince cloison charnelle de la vie pleine de sang, de tressaillements et de souffles. Je suis près du noyau mystérieux des choses comme la nuit on est quelquefois près du cœur.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1121


Quand je te revois, tout redevient limpide. J’accepte de souffrir.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1133


Et tu t’en vas ? Tu t’en vas ?… Non, tu ne t’en vas pas : je te garde. Tu me laisses dans les mains ton âme comme un manteau.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1133


On dit : fou de joie. On devrait dire : sage de douleur.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1134


Il y’a six jours, il y’a six mois, il y eu six ans, il y aura six siècles… Ah ! mourrir pour arrêter le temps…
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1134


L’amour est un châtiment. Nous sommes punis de n’avoir pas pu rester seuls.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1145


Je ne puis m’empêcher de voir dans mon amour une forme raffinée de la débauche, un stratagème pour passer le temps, pour se passer du Temps. Le plaisir effectue en plein ciel un atterrissage forcé, dans le bruit de moteur fou des derniers soubresauts du cœur. En vol plané, la prière y monte ; l’âme y entraîne le corps dans l’assomption de l’amour. Pour qu’une assomption soit possible, il faut un Dieu. Tu as juste assez de beauté, d’aveuglement et d’exigences pour figurer un tout-puissant. J’ai fait de toi faute de mieux la clef de voûte de mon univers.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1145


Tes cheveux, tes mains, ton sourire rappellent de loin quelqu’un que j’adore. Qui donc ? Toi-même.
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1145


Qu'il eût été fade d'être heureux !
  • « Feux » (1935), dans Œuvres romanesques (1982), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991  (ISBN 2-07-011018-4), p. 1155


EntretiensModifier

— Je crois d'ailleurs que l'amitié, comme l'amour dont elle participe, demande presqu'autant d'art qu'une figure de danse réussie. Il y faut beaucoup d'élan et beaucoup de retenue, beaucoup d'échanges et de paroles et beaucoup de silences. Et surtout beaucoup de respect.

Qu'entendez vous par respect ?

— Le sentiment de la liberté d'autrui, de la dignité d'autrui, l'acceptation sans illusions, mais aussi sans la moindre hostilité ou le moindre dédain d'un être tel qu'il est. Il y faut aussi (ce qui n'est peut-être pas absolument nécessaire à l'amour, et encore qu'en sais-je ?) une certaine réciprocité.
  • Les Yeux ouverts, entretiens avec Matthieu Galley, Marguerite Yourcenar, éd. du Centurion, 1980  (ISBN 2-227-32022-2), p. 321-322


J'y pense tout le temps [à la mort]. Il y a des moments où je suis tentée de croire qu'au moins une partie de la personnalité survit, et d'autres où je ne le pense pas du tout. Je suis tentée de voir les choses comme le fait Honda, dans le dernier livre de Mishima, celui qu'il a terminé le jour de sa mort. Honda, le personnage principal, réalise qu'il a eu pas mal de chance, d'avoir aimé quatre personnes, mais qu'elles étaient toutes la même personne sous différentes formes, à travers, si vous voulez, des réincarnations différentes. [...] Il réalise que l'essence de ces gens est quelque part dans l'univers et qu'un jour, peut-être dans dix mille ans ou plus, il les retrouvera, sous d'autres formes, sans même les reconnaître. Bien sûr, la réincarnation n'est ici qu'un mot, l'un des nombreux mots possibles pour souligner une certaine continuité. Il est sûr que toutes les évidences physiques indiquent notre annihilation totale, mais si l'on considère aussi les données métaphysiques, on est tenté de dire que cela n'est pas aussi simple que ça.
  • Interview de Marguerite Yourcenar, Susha Guppy, The Paris Review, 1988.
  • Portrait d'une voix, Maurice Delcroix, éd. Gallimard, 2002  (ISBN 2-07-075675-0), p. 399


Citations rapportéesModifier

Citations surModifier

Voir aussiModifier

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