Hérodote

historien et géographe grec de l'Antiquité (vers 484-vers 425 av. J.-C.)

Hérodote, né vers 484 av. J.-C. à Halicarnasse et mort vers 420 av. J.-C. à Thourioi, est un historien grec, auteur d'un ouvrage traduit parfois par Histoires et parfois par L'Enquête. C'est l'un des principaux historiens grecs de l'époque classique avec Thucydide.

Buste supposé d'Hérodote. Copie romaine de l'époque impériale (IIe siècle apr. J.-C.) d'après un original grec en bronze de la première moitié du IVe siècle av. J.-C. Metropolitan Museum of Art.

Livre I

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Hérodote d'Halicarnasse présente ici les résultats de son enquête, afin que le temps n'abolisse pas les travaux des hommes et que les grands exploits accomplis soit par les Grecs, soit par les Barbares, ne tombent pas dans l'oubli ; et il donne en particulier la raison du conflit qui mit ces deux peuples aux prises.
  • (grc) Ἡροδότου Ἁλικαρνησσέος ἱστορίης ἀπόδεξις ἥδε, ὡς μήτε τὰ γενόμενα ἐξ ἀνθρώπων τῷ χρόνῳ ἐξίτηλα γένηται, μήτε ἔργα μεγάλα τε καὶ θωμαστά, τὰ μὲν Ἕλλησι τὰ δὲ βαρβάροισι ἀποδεχθέντα, ἀκλεᾶ γένηται, τά τε ἄλλα καὶ δι᾽ ἣν αἰτίην ἐπολέμησαν ἀλλήλοισι.
  • Premières lignes de L'Enquête, formant sa préface.
  • L'Enquête, Hérodote (trad. Andrée Barguet), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1985, t. 1, I, 1, p. 38


Voilà ce que disent les Perses et les Phéniciens. Pour moi, je ne viens pas ici déclarer vraies ou fausses ces histoires, mais il est un personnage que je sais, moi, coupable d'avoir le premier injustement attaqué les Grecs : je l'indiquerai donc, puis je poursuivrai mon récit et parlerai des cités des hommes, des petites comme des grandes ; car les cités qui furent grandes ont, en général, perdu maintenant leur importance, et celles qui étaient grandes de mon temps ont d'abord été petites. Donc, parce que je sais que la prospérité de l'homme n'est jamais stable, je parlerai des unes comme des autres.
  • (grc) ταῦτα μέν νυν Πέρσαι τε καὶ Φοίνικες λέγουσι: ἐγὼ δὲ περὶ μὲν τούτων οὐκ ἔρχομαι ἐρέων ὡς οὕτω ἢ ἄλλως κως ταῦτα ἐγένετο, τὸν δὲ οἶδα αὐτὸς πρῶτον ὑπάρξαντα ἀδίκων ἔργων ἐς τοὺς Ἕλληνας, τοῦτον σημήνας προβήσομαι ἐς τὸ πρόσω τοῦ λόγου, ὁμοίως σμικρὰ καὶ μεγάλα ἄστεα ἀνθρώπων ἐπεξιών. τὰ γὰρ τὸ πάλαι μεγάλα ἦν, τὰ πολλὰ σμικρὰ αὐτῶν γέγονε: τὰ δὲ ἐπ᾽ ἐμεῦ ἦν μεγάλα, πρότερον ἦν σμικρά. τὴν ἀνθρωπηίην ὤν ἐπιστάμενος εὐδαιμονίην οὐδαμὰ ἐν τὠυτῷ μένουσαν, ἐπιμνήσομαι ἀμφοτέρων ὁμοίως.
  • L'Enquête, Hérodote (trad. Andrée Barguet), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1985, t. 1, I, 5, p. 40-41


Il faut en toute chose considérer la fin, car à bien des hommes le ciel a montré le bonheur, pour ensuite les anéantir tout entiers.
  • (grc) σκοπέειν δὲ χρὴ παντὸς χρήματος τὴν τελευτήν, κῇ ἀποβήσεται: πολλοῖσι γὰρ δὴ ὑποδέξας ὄλβον ὁ θεὸς προρρίζους ἀνέτρεψε.
  • Réponse de Solon à Crésus — qui se croyait l'homme le plus heureux du monde — et portant sur les critères qui permettent de qualifier quelqu'un d'heureux.
  • L'Enquête, Hérodote (trad. Andrée Barguet), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1985, t. 1, I, 32, 9, p. 55


Livre II (l'Égypte)

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Il est évident pour tout homme, même non prévenu, qui voit ce pays, — j'entends tout homme intelligent —, que la partie de l'Égypte où abordent les vaisseaux des Grecs est une terre d'alluvions, un don du fleuve, de même que la région qui s'étend à trois jours de navigation en amont du lac, région dont mes informateurs ne m'ont rien dit de tel, mais qui a la même origine elle aussi.
  • (grc) δῆλα γὰρ δὴ καὶ μὴ προακούσαντι ἰδόντι δέ, ὅστις γε σύνεσιν ἔχει, ὅτι Αἴγυπτος, ἐς τὴν Ἕλληνες ναυτίλλονται, ἐστὶ Αἰγυπτίοισι ἐπίκτητός τε γῆ καὶ δῶρον τοῦ ποταμοῦ, καὶ τὰ κατύπερθε ἔτι τῆς λίμνης ταύτης μέχρι τριῶν ἡμερέων πλόου, τῆς πέρι ἐκεῖνοι οὐδὲν ἔτι τοιόνδε ἔλεγον, ἔστι δὲ ἕτερον τοιόνδε.
  • Début de la description de l'Égypte. De ce passage provient la citation souvent attribuée à Hérodote, mais en partie glosée : « L'Égypte est un don du Nil. »
  • L'Enquête, Hérodote (trad. Andrée Barguet), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1985, t. 1, II, 5, p. 160


Parler de l'Océan, c'est remplacer toute explication par une fable obscure, et cette théorie ne mérite pas qu'on la réfute. Je ne connais pas, moi, de fleuve « Océan » ; Homère, ou quelque autre poète plus ancien aura, je pense, inventé ce nom pour s'en servir dans ses fables.
  • (grc) ὁ δὲ περὶ τοῦ Ὠκεανοῦ λέξας ἐς ἀφανὲς τὸν μῦθον ἀνενείκας οὐκ ἔχει ἔλεγχον: οὐ γὰρ τινὰ ἔγωγε οἶδα ποταμὸν Ὠκεανὸν ἐόντα, Ὅμηρον δὲ ἢ τινὰ τῶν πρότερον γενομένων ποιητέων δοκέω τὸ οὔνομα εὑρόντα ἐς ποίησιν ἐσενείκασθαι.
  • À propos du fleuve Océan qui entoure le monde dans de nombreux textes poétiques, dont les épopées d'Homère.
  • L'Enquête, Hérodote (trad. Andrée Barguet), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1985, t. 1, II, 23, p. 169


Quelle est l'origine de chacun de ces dieux ? Ont-ils toujours existé ? Quelles formes avaient-ils ? Voilà ce que les Grecs ignoraient hier encore, pour ainsi dire. Car Hésiode et Homère ont vécu, je pense, quatre cents ans tout au plus avant moi ; or ce sont leurs poèmes qui ont donné aux Grecs la généalogie des dieux et leurs appellations, distingué les fonctions et les honneurs qui appartiennent à chacun, et décrit leurs figures. Les poètes que l'on dit antérieurs à ces deux hommes sont, à mon avis, postérieurs.
  • (grc) ἔνθεν δὲ ἐγένοντο ἕκαστος τῶν θεῶν, εἴτε αἰεὶ ἦσαν πάντες, ὁκοῖοί τε τινὲς τὰ εἴδεα, οὐκ ἠπιστέατο μέχρι οὗ πρώην τε καὶ χθὲς ὡς εἰπεῖν λόγῳ. Ἡσίοδον γὰρ καὶ Ὅμηρον ἡλικίην τετρακοσίοισι ἔτεσι δοκέω μευ πρεσβυτέρους γενέσθαι καὶ οὐ πλέοσι: οὗτοι δὲ εἰσὶ οἱ ποιήσαντες θεογονίην Ἕλλησι καὶ τοῖσι θεοῖσι τὰς ἐπωνυμίας δόντες καὶ τιμάς τε καὶ τέχνας διελόντες καὶ εἴδεα αὐτῶν σημήναντες. Oἱ δὲ πρότερον ποιηταὶ λεγόμενοι τούτων τῶν ἀνδρῶν γενέσθαι ὕστερον, ἔμοιγε δοκέειν, ἐγένοντο.
  • À propos de l'origine des grandes divinités grecques, qu'Hérodote fait en partie remonter aux dieux égyptiens.
  • L'Enquête, Hérodote (trad. Andrée Barguet), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1985, t. 1, II, 53, p. 188


Comme il vit dans l'eau, les parois de sa gueule sont couvertes de sangsues. Or, les oiseaux et les animaux le fuient tous, sauf l'oiseau trochile qui vit en paix avec lui parce qu'il lui rend service : quand le crocodile a quitté l'eau pour la terre ferme et qu'il vient à bâiller (en général, il se tourne pour cela du côté du vent d'ouest), le trochile pénètre alors dans sa gueule et avale les sangsues ; et le crocodile, enchanté de ce service, ne fait aucun mal à l'oiseau.
  • (grc) ἅτε δὴ ὦν ἐν ὕδατι δίαιταν ποιεύμενον, τὸ στόμα ἔνδοθεν φονέει πᾶν μεστὸν βδελλέων. τὰ μὲν δὴ ἄλλα ὄρνεα καὶ θηρία φεύγει μιν, ὁ δὲ τροχίλος εἰρηναῖόν οἱ ἐστὶ ἅτε ὠφελεομένῳ πρὸς αὐτοῦ: ἐπεὰν γὰρ ἐς τὴν γῆν ἐκβῇ ἐκ τοῦ ὕδατος ὁ κροκόδειλος καὶ ἔπειτα χάνῃ (ἔωθε γὰρ τοῦτο ὡς ἐπίπαν ποιέειν πρὸς τὸν ζέφυρον), ἐνθαῦτα ὁ τροχίλος ἐσδύνων ἐς τὸ στόμα αὐτοῦ καταπίνει τὰς βδέλλας: ὁ δὲ ὠφελεύμενος ἥδεται καὶ οὐδὲν σίνεται τὸν τροχίλον.
  • Entraide entre le crocodile du Nil et le "trochile", oiseau que les zoologues ont des difficultés à identifier. Voyez sur Wikipédia Pluvian fluviatile.
  • L'Enquête, Hérodote (trad. Andrée Barguet), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1985, t. 1, II, 68, p. 195-196


La femme qui régna s'appelait Nitocris, comme la reine de Babylone. Cette reine, m'ont dit les prêtres, voulut venger son frère, le roi précédent, tué par ses sujets qui l'avaient ensuite prise elle-même pour souveraine, et, pour le venger, elle fit périr par ruse un grand nombre d'Égyptiens. Elle fit construire une salle souterraine immense et, sous prétexte de l'inaugurer — mais son dessein était tout autre —, elle invita ceux des Égyptiens qu'elle savait être les principaux responsables du meurtre de son frère et leur offrit un grand banquet ; en plein festin, elle déchaîna sur eux les eaux du fleuve, amenées par un long conduit secret. On ne m'en a pas dit plus long sur cette reine, sinon que, sa vengeance accomplie, elle se jeta dans une pièce pleine de cendres, pour se soustraire aux représailles.
  • (grc) τῇ δὲ γυναικὶ οὔνομα ἦν, ἥτις ἐβασίλευσε, τό περ τῇ Βαβυλωνίῃ, Νίτωκρις: τὴν ἔλεγον τιμωρέουσαν ἀδελφεῷ, τὸν Αἰγύπτιοι βασιλεύοντα σφέων ἀπέκτειναν, ἀποκτείναντες δὲ οὕτω ἐκείνῃ ἀπέδοσαν τὴν βασιληίην, τούτῳ τιμωρέουσαν πολλοὺς Αἰγυπτίων διαφθεῖραι δόλῳ. ποιησαμένην γάρ μιν οἴκημα περίμηκες ὑπόγαιον καινοῦν τῷ λόγῳ, νόῳ δὲ ἄλλα μηχανᾶσθαι: καλέσασαν δέ μιν Αἰγυπτίων τοὺς μάλιστα μεταιτίους τοῦ φόνου ᾔδεε πολλοὺς ἱστιᾶν, δαινυμένοισι δὲ ἐπεῖναι τὸν ποταμὸν δι᾽ αὐλῶνος κρυπτοῦ μεγάλου. ταύτης μὲν πέρι τοσαῦτα ἔλεγον, πλὴν ὅτι αὐτήν μιν, ὡς τοῦτο ἐξέργαστο, ῥίψαι ἐς οἴκημα σποδοῦ πλέον, ὅκως ἀτιμώρητος γένηται.
  • L'Enquête, Hérodote (trad. Andrée Barguet), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1985, t. 1, II, 100, p. 2011


Livre VII

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Si les Lacédémoniens et les Thespiens ont montré un pareil courage, l'homme brave entre tous fut, dit-on, le Spartiate Diénécès dont on rapporte ce mot qu'il prononça juste avant la bataille : il entendait un homme de Trachis affirmer que, lorsque les Barbares décochaient leurs flèches, la masse de leurs traits cachait le soleil, tant ils étaient nombreux ; nullement ému le Spartiate répliqua, sans attacher d'importance au nombre immense des Perses, que cet homme leur apportait une nouvelle excellente : si les Mèdes cachaient le ciel, ils combattraient donc à l'ombre au lieu d'être en plein soleil. Cette réplique et d'autres de la même veine perpétuent, dit-on, le souvenir du Spartiate Diénécès.
  • (grc) Λακεδαιμονίων δὲ καὶ Θεσπιέων τοιούτων γενομένων ὅμως λέγεται ἀνὴρ ἄριστος γενέσθαι Σπαρτιήτης Διηνέκης: τὸν τόδε φασὶ εἰπεῖν τὸ ἔπος πρὶν ἢ συμμῖξαι σφέας τοῖσι Μήδοισι, πυθόμενον πρός τευ τῶν Τρηχινίων ὡς ἐπεὰν οἱ βάρβαροι ἀπίωσι τὰ τοξεύματα, τὸν ἥλιον ὑπὸ τοῦ πλήθεος τῶν ὀιστῶν ἀποκρύπτουσι: τοσοῦτο πλῆθος αὐτῶν εἶναι. τὸν δὲ οὐκ ἐκπλαγέντα τούτοισι εἰπεῖν ἐν ἀλογίῃ ποιεύμενον τὸ Μήδων πλῆθος, ὡς πάντα σφι ἀγαθὰ ὁ Τρηχίνιος ξεῖνος ἀγγέλλοι, εἰ ἀποκρυπτόντων τῶν Μήδων τὸν ἥλιον ὑπὸ σκιῇ ἔσοιτο πρὸς αὐτοὺς ἡ μάχη καὶ οὐκ ἐν ἡλίῳ. ταῦτα μὲν καὶ ἄλλα τοιουτότροπα ἔπεα φασὶ Διηνέκεα τὸν Λακεδαιμόνιον λιπέσθαι μνημόσυνα (...).
  • À propos d'un bon mot prononcé par un guerrier spartiate juste avant la bataille des Thermopyles, pendant la seconde guerre médique.
  • L'Enquête, Hérodote (trad. Andrée Barguet), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1985, t. 2, VII, 226, p. 287


Citations à propos d'Hérodote

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Hérodote fait l'histoire, Homère fait la légende.
  • « Préface », Victor Hugo, dans La Légende des siècles (1859), Victor Hugo, éd. Le Livre de poche, 2000, p. 46


Bibliographie des ouvrages cités

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  • Hérodote, Enquête, édition d'Andrée Barguet, Paris, Gallimard, collection Folio classique, deux tomes, 1985 (repris de l'édition parue dans la collection Bibliothèque de la Pléiade en 1964).

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