Architecture

science de la conception et de la construction des bâtiments

L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.

Projet pour la Porte monumentale de l'Exposition universelle de 1900René Binet (1898)
Paul Klee (1917)

Le terme architecture permet aussi de spécifier, pour l'objet créé par l'acte de bâtir, l’ensemble des caractéristiques telles que la forme, la symbolique, ou les propriétés d’usage.

On a tant écrit sur le style gothique qu’on a tendance à y voir une évidence, or il reste l’une des réussites humaines les plus remarquables. Depuis la première expression architecturale de la vie civilisée, par exemple la pyramide de Sakhara, l’homme avait conçu les bâtiments comme un poids sur le sol. Il avait accepté leur nature matérielle et, bien qu’il eût tenté de la transcender en recourant à la proportion et à la couleur des marbres précieux, il s’était toujours trouvé limité par les problèmes de stabilité et de poids. En définitive, ils le maintenaient rivé au sol. Désormais, grâce aux artifices du style gothique – le fût entouré d’une cépée de colonnes, qui fuse directement dans la voûte et l’arc brisé – il pouvait rendre la pierre légère, telle l’expression légère de son esprit.


Chartres est un concentré du premier grand réveil de la civilisation européenne. C’est aussi le pont unissant le roman et le gothique, le monde d’Abélard et le monde de saint Thomas d’Aquin, le monde d’une curiosité brouillonne et le monde du système et de l’ordre. De grandes choses allaient se faire dans les siècles suivants du haut gothique, de grands exploits de construction, tant en architecture qu’en philosophie. Mais tous reposaient sur les fondations du XIIe siècle. Ce fut l’âge qui donna son impulsion à la civilisation européenne. Notre énergie intellectuelle, notre contact avec les grands esprits de Grèce, notre aptitude à bouger et changer, notre conviction que Dieu peut être approché par la beauté, notre sentiment de compassion, notre sentiment de l’unité de la chrétienté - tout cela, et bien plus, apparut dans les cent années merveilleuses séparant la consécration de Cluny de la reconstruction de Chartres.


L’une des raisons pour lesquelles l’architecture médiévale et renaissante surpasse tant la nôtre, c’est que les architectes étaient des artistes. Les tailleurs de pierre des cathédrales gothiques avaient commencé par sculpter leurs portails. À la Renaissance, Brunelleschi fut d’abord un sculpteur, Bramante un peintre ; Raphaël, Peruzzi et Jules Romain étaient tous trois des peintres qui se firent architectes dans l’âge mûr. Parmi les grands architectes de la Rome du XVIIe siècle, Pietro de Cortona était peintre et le Bernin sculpteur ; cela a donné à leur œuvre une puissance d’invention plastique, un sens de la proportion, une articulation reposant sur l’étude de la forme humaine que la maîtrise des forces de tension de l’acier et d’autres nécessités de la construction moderne n’engendrent pas toujours.


Disons tout de suite, par parenthèse, que je sais qu'il y a un problème démographique à résoudre, et qu'il faut loger les gens. Mais qu'on ne me dise pas que c'est le plus important ; le plus important est d'avoir sous nos yeux un monde dont l'aspect ne nous fasse pas vomir. On doit pouvoir construire de belles maisons. Les générations qui nous ont précédés l'ont fait ; sommes-nous donc si imbéciles, si incapables, que nous ne sachions plus le faire...


Restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné.


C’est une chose affligeante de voir en quelles mains l’architecture du moyen-âge est tombée, et de quelle façon les gâcheurs de plâtre d’à présent traitent la ruine de ce grand art.
  • « Note ajoutée à la huitième édition », dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo, éd. Renduel, 1836, p. 11


L'architecture actuelle s'occupe de la maison, de la maison ordinaire et courante pour hommes normaux et courants. Elle laisse tomber les palais. Voilà un signe des temps.
  • Vers une architecture, Le Corbusier, éd. G. Crès, 1924, p. V


Une grande époque vient de commencer.
Il existe un esprit nouveau.
Il existe une foule d’œuvres d’esprit nouveau ; elles se rencontrent surtout dans la production industrielle.
L’architecture étouffe dans les usages.
Les « styles » sont un mensonge.
Le style, c’est une unité de principe qui anime toutes les œuvres d’une époque et qui résulte d’un esprit caractérisé.
Notre époque fixe chaque jour son style.
Nos yeux, malheureusement, ne savent pas le discerner encore.

  • Vers une architecture, Le Corbusier, éd. G. Crès, 1924, p. 67


On met en œuvre de la pierre, du bois, du ciment ; on en fait des maisons, des palais ; c'est de la construction. L'ingéniosité travaille.
    Mais, tout à coup, vous me prenez au cœur, vous me faites du bien, je suis heureux, je dis : c'est beau. Voilà l'architecture. L'art est ici.

  • Vers une architecture, Le Corbusier, éd. G. Crès, 1924, p. 123


Le Corbusier est un individu totalitaire et brutal, animé d'un goût intense pour la laideur. Il a beaucoup fait pour enlaidir l'espace public au nom de l'efficacité chère aux productivistes.


Promenez-vous dans le Mirail de Toulouse, conçu par un imbécile du nom de Candilis, qui a fabriqué ex-nihilo une zone sauvage et de non-droit, et observez la gare d'Orsay à Paris, architecture utilitaire puisque destinée à des trains… Vous comprendrez toute l'horreur architecturale conçue par les créateurs des années cinquante. Ces gens ont délibérément souillé l'espace vital des humains.


Tout le monde connaît, au moins de réputation, le théâtre national de l'Opéra. J'ai eu le regret de constater qu'il n'avait pas changé : pour le passant mal prévenu, ça ressemble toujours à une gare de chemin de fer ; une fois entré, c'est à s'y méprendre une salle de bains turcs.
  • (1901)
  • Monsieur Croche et autres écrits (1901-1914), Claude Debussy, éd. Gallimard, 1987, p. 38


L'architecture, cette musique de l'espace qui commerce avec le temps.
  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2002, p. 183


Le cabinet des pastels de l’ancien Louvre, j’aimais tant y aller, avant sa transformation en style palais des congrès dans un pays du Golfe.
  • Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2005, p. 28


Marie Morel

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Aussi bien résister à la tentation, à la pression du traditionnel, du local, qui n'est que du trivial se drapant dans le manteau de Noé.
  • Pierre Boulez, dans :
  • Odette Ducarre, Marie Morel, éd. Regard (Marie Morel), 2010, p. 101


À cette heure, édifié par les subtils génies du Feu, un temple nouveau s’élevait là même où, dans le crépuscule, on avait cru voir un neptunien palais d’argent dont l’architecture imitait les torsions des conques marines. C’était, agrandi, un de ces labyrinthes construits sur le fer des landiers, demeures aux cent portes habitées par les présages ambigus ; un de ces fragiles châteaux vermeils aux mille fenêtres, où se montrent un moment les princesses salamandres qui rient voluptueusement au poète charmé. Rose comme une lune naissante rayonnait sur la triple loggia la sphère de la Fortune, supportée par les épaules des Atlantes ; et ses reflets engendraient un cycle de satellites. Du quai des Esclavons, de la Giudecca, de San Giorgio, avec un crépitement continu, des faisceaux de tiges enflammées convergeaient au zénith et s’y épanouissaient en roses, en lis, en palmes, formant un jardin aérien qui se détruisait et se renouvelait sans cesse par des floraisons de plus en plus riches et étranges. C’était une rapide succession de printemps et d’automnes à travers l’empyrée. Une immense pluie scintillante de pétales et de feuillages tombait des dissolutions célestes et enveloppait toutes choses d’un tremblement d’or. Au loin, vers la lagune, par les déchirures ouvertes dans cet or mobile, on voyait s’avancer une flotte pavoisée : une escadre de galères semblables peut-être à celles qui naviguent dans le rêve du luxurieux dormant son dernier sommeil sur un lit imprégné de parfums mortels. Comme celles-là peut-être, elles avaient des cordages composés avec les chevelures tordues des esclaves capturées dans les villes conquises, ruisselants encore d’une huile suave ; comme celles-là, elles avaient leurs cales chargées de myrrhe, de nard, de benjoin, d’éléomiel, de cinnamome, de tous les aromates, et de santal, de cèdre, de térébinthe, de tous les bois odoriférants accumulés en plusieurs couches. Les indescriptibles couleurs des flammes dont elles apparaissaient pavoisées évoquaient les parfums et les épices. Bleues, vertes, glauques, safranées, violacées, de nuances indistinctes, ces flammes semblaient jaillir d’un incendie intérieur et se colorer de volatilisations inconnues. Ainsi sans doute flamboyèrent, dans les antiques fureurs du saccage, les profonds réservoirs d’essences qui servaient à macérer les épouses des princes syriens. Telle maintenant, sur l’eau parsemée des matières en fusion qui gémissaient le long des carènes, la flotte magnifique et perdue s’avançait vers le bassin, lentement, comme si des rêves ivres eussent été ses pilotes et qu’ils l’eussent conduite se consumer en face du Lion stylite, gigantesque bûcher votif dont l’âme de Venise resterait parfumée et stupéfiée pour l’éternité.
  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 241



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