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Albert Gelin

prêtre français

Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, coll. « Lectio Divina » n°2, Cerf, 1949 :Modifier

Dieu se révèle dans l'histoire pour sauver
Le Dieu de la Bible, comme le notait Pascal, n'est pas le Dieu des philosophes, mais le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu qui se révèle dans l'histoire comme Sauveur et dont toute une lignée de personnages privilégiés, de mystiques, expérimente la présence. La souffrance a souvent été, chez eux, le grand aiguillon de la découverte, comme il est facile de le constater dans le cas d'Osée, de Jérémie et des « anawims ».
  • Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, Albert Gelin, éd. Cerf, 1949, p. 12


Notre Père qui es aux cieux
« Notre Père » et « Celui qui est aux cieux » sont deux appellations qui ne forment pas tautologie. La première rapproche, la seconde éloigne. Elle n'éloigne pas seulement dans les hauteurs infinies, mais en même temps dans le domaine du « tout autre », radicalement différent de ce qui existe ici-bas. ... Être mystérieux et terrible, étrange, inaccessible, qui est « aux cieux », ... en même temps volonté de grâce et s'approche de nous pour nous visiter...
  • Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, Albert Gelin, éd. Cerf, 1949, p. 24


Pédagogie de Dieu dans l'histoire
Lucrèce a comparé le progrès humain à un flambeau que se passent successivement les générations terrestres : ici le flambeau a commencé par être une torche fumante où l'élément proprement lumineux a fini par prédominer. La promesse qui visait apparemment la postérité de Canaan et l'établissement terrestre s'est mué en promesse de biens spirituels (Mt 5,5 ; Rm 4,16) ; l'Alliance mosaïque s'est mué en Nouvelle Alliance (1Co 3) ; le Royaume davidique s'est mué en Royaume des Cieux (Mt 5,3) ; et le Salut des exilés est devenu la justice inhérente à l'âme (Rm 1,16-17). Merveilleux développement, qu'a guidé la main de Dieu, admirable pédagogie qui conduisait les âmes à comprendre peu à peu la nature des « biens messianiques », c'est-à-dire l'ensemble des valeurs éternelles pénétrant dans notre monde par le Christ Jésus.
  • Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, Albert Gelin, éd. Cerf, 1949, p. 36


Qui attend le Messie ?
« Il semble qu'à l'époque de Jésus la croyance soit largement répandue que le Messie n'est pas à chercher parmi les puissants du monde, parmi les rois, mais bien parmi les hommes de Dieu, ceux qu'anime l'esprit des prophètes. » Cette opinion d'un incroyant (Guignebert), qui s'appuie sur des indices fournis par les deux premiers chapitres de saint Luc, mérite d'être notée.
  • Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, Albert Gelin, éd. Cerf, 1949, p. 45


Dieu se propose pour entrer en relation personnelle
... les prophètes furent aussi les pionniers de l'individualisme religieux. Leur expérience religieuse, étudiée chez les plus représentatifs, apparaît comme une communion personnelle avec Dieu. Les « Confessions » de Jérémie, qui alternent si souvent avec ses oracles[1] en sont la preuve ; il a pris l'habitude de converser continuellement avec Yahvé ; monologues douloureux et dialogues émouvants, prières et plaintes se succèdent, préludant à la piété si caractéristique des anawim. Yahvé n'est pas seulement le Dieu du groupe, mais celui de l'âme humaine. N'est-ce pas d'ailleurs à la conversion individuelle que visent les appels prophétiques : « Revenez chacun de votre mauvaise voie », dit le même Jérémie (18,11 ; 25,5 ; 35,15), faisant écho à de semblables appels qui parsèment le Deutéronome et qui, s'adressant au cœur, visent donc l'individu.
  • Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, Albert Gelin, éd. Cerf, 1949, p. 52


L'assemblée de ceux qui cherchent Dieu
Après l'Exil, la nation en tant que telle n'existe plus. On rêve, il est vrai, de son rétablissement. Mais, en attendant, on vit une vie quasi ecclésiale, un peu fermée : c'est l'expérience de l'Assemblée de Dieu (Qehal Yahvé, ἐϰϰλησία θεοῦ) religieusement groupée autour du Temple. ... Voici trouvé le lieu de l'épanouissement spirituel, où les valeurs individuelles sont sauvées, où chaque homme utilise les moyens d'approcher Dieu : la méditation de la Torah, la piété des psaumes, les sacrifices du Temple, l'éthique des Sages, la fraternité des piétistes, l'émulation de tous.
  • Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, Albert Gelin, éd. Cerf, 1949, p. 53


La communauté et la personne sont ordonnées l'une à l'autre
L'Église est le groupe ouvert à tout homme en tant qu'homme ; il est le lieu propre de la vie rachetée, le lieu des charismes et de la charité, le lieu du tout pénétré de l'influence d'en haut ; l'institution est au service de la personne qui s'y enrichit et s'y édifie. (...) jadis le groupe était essentiellement limitatif : en soutenant l'individu, il l'emprisonnait. Maintenant il le libère. La communauté et la personne sont ordonnées l'une à l'autre.
  • Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, Albert Gelin, éd. Cerf, 1949, p. 53-54


L'origine du péché
La Bible a donné peu d'explication sur l'origine du péché. Si elle esquisse des théories, c'est avec le souci de maintenir à la fois la faiblesse de l'homme et sa liberté dans son option. (...) si des cercles s'intéressaient surtout à l'origine psychologique du péché, fruit d'une inclination (yéser), on n'oubliait pas que l'introduction du péché dans le monde était le fait d'Adam. Le vieux récit de la Genèse expliquait l'origine du mal sur la terre, notamment de la mort. (...) Le thème traité dans les apocalypses de Baruch et d'Esdras, au 1er siècle de notre ère, est toujours celui d'Adam cause de mort. Il n'est jamais question, dans l'Ancien Testament et le judaïsme, de péché hérité d'Adam.
  • Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, Albert Gelin, éd. Cerf, 1949, p. 68-69


Constat du péché
... l'homme est comme le lieu d'une lutte, mais s'il y succombe, en péchant « le péché semble venir de plus loin que lui[2] ». Cette page qui fixe un fait dogmatique a été commentée par le Livre de la Sagesse : « C'est pas l'envie du Diable, y lit-on (2.24), que la mort est entrée dans le monde. ». Le Diable (en hébreu le Satan) est l'adversaire de l'humanité : spécialisé dans une œuvre de perversion, il est l'ennemi de l'homme plus que l'antagoniste de Dieu.
  • Les idées maîtresses de l'Ancien Testament, Albert Gelin, éd. Cerf, 1949, p. 69-70


Aggée Zacharie Malachie, La sainte Bible, Traduction biblique, 1948, 1951²Modifier

Le retour, inauguré par l'édit de Cyrus, ne donna pas une consistance politique à Juda, qui ne redevint une minuscule province de l'Empire perse qu'au temps de Néhémie. Des hauts commissaires à mandat temporaire restaurèrent l'autel et le Temple, redonnant au Judaïsme sa base essentielle. Des prophètes furent là pour guider et expliquer cette reconstitution du Yahvisme. Le mouvement vint d'eux : n'ont-ils pas toujours été en Israël l'autorité décisive ?
Les prophètes allaient bientôt disparaître et les nôtres [Aggée Zacharie Malachie] sont les derniers. Mais avant de s'effacer le prophétisme mettra une dernière fois l'accent sur les valeurs religieuses et morales constitutives du Yahvisme et prendra position devant les deux grandes institutions de l'avenir. Ainsi il reliera les lendemains aux hiers.
  • Aggée Zacharie Malachie, Albert Gelin (traducteur), éd. Cerf, 1951², Préface, p. 8


Les livres prophétiques postérieursModifier

« Le phénomène prophétique est le cœur de l'Ancien Testament. »
Que sont donc les prophètes classiques ? les "troubleurs d'Israël" (Darmester), les guides spirituels de la théocratie, les mainteneurs de l'Alliance, les fondateurs de l'avenir. Hommes d'un message (dabar), homme de l'esprit (ruah), ces inspirés sont en avance sur leur temps, ils pressentent la religion de demain qu'ils relient à celle d'hier.
Ils sont les confidents et les porte-parole d'un Dieu qui se révèle dans l'histoire. Ils vibrent à l'unisson d'un "pathos" d'un Dieu vivant, ont horreur de tout ce qui est atténuation de la Parole de Dieu : casuistique, diplomatie. Enfin, la perception et la délivrance de leur message sont favorisées par les bouleversements de l'histoire et le climat catastrophique où ils trouvent leurs thèmes de prédication. Le phénomène prophétique est le cœur de l'Ancien Testament.
  • « Le prophétisme israélite », Albert Gelin, dans Introduction à la Bible. Tome I, Introduction générale, Ancien Testament (1957), A. Robert et A. Feuillet, éd. Desclée & Cie, 1959, t. 1, partie IIIe Les livres prophétiques postérieurs, chap. 1 Les prophètes, p. 471


C'est un fait qu'Osée et Michée nous renvoient à Moïse, l'homme de l'Alliance, c'est-à-dire d'une religion historique centrée sur un Être personnel, moral et exclusif. Cette transcendance du Yahvisme est la raison du fait prophétique que déjà l'Élohiste a prolongé jusqu'aux origines du peuple choisi. En effet le terme nabî eut une telle aura qu'on hésita pas à dénommer ainsi Abraham (Gn 20,7 : E), les patriarches (Ps 104,105), le païen Balaam (Nb 22 - 24 : E) et surtout Moïse, le prototype des prophètes (Dt 34,10-12 ; Ex 12,2 : E). Mais c'est à partir de l'installation en Canaan que le prophète est considéré comme permanent (Dt 18,9-22). A partir de là, la continuité prophétique est assurée jusqu'à ce que le personnage-prophète, au niveau du Second-Isaïe, soit messianisé.
  • « Le prophétisme israélite », Albert Gelin, dans Introduction à la Bible. Tome I, Introduction générale, Ancien Testament (1957), A. Robert et A. Feuillet, éd. Desclée & Cie, 1959, t. 1, partie IIIe Les livres prophétiques postérieurs, chap. 1 Les prophètes, p. 474


Même les incroyants ne ménagent pas leur admiration pour ce que les prophètes ont apporté au patrimoine de l'humanité. On reprend volontiers le thème de Renan sur les trois civilisations "providentielles" : la Grèce, au service de la raison ; Rome qui fait progresser le droit ; Jérusalem qui assure l'avènement de la conscience et de la justice. Les variations "laïques" abondent sur ce dernier point. On annexe les prophètes au socialisme (K. Marx, G. Le Bon) ; on interprète librement le messianisme comme une théorie de progrès et l'on pense que les prophètes tendent la main aux encyclopédistes (H. Berr).
  • « Le prophétisme israélite », Albert Gelin, dans Introduction à la Bible. Tome I, Introduction générale, Ancien Testament (1957), A. Robert et A. Feuillet, éd. Desclée & Cie, 1959, t. 1, partie IIIe Les livres prophétiques postérieurs, chap. 1 Les prophètes, p. 482


à propos du prophète Jérémie 
« il pose, pour la première fois dans la Bible, le problème du gouvernement divin par rapport à l'individu »
Jérémie, comme feront plus tard certains psalmistes, a laissé des confidences, des prières et presque un dialogue entre lui-même et son Dieu. Il imitait en cela le style des psaumes de lamentation mais en mettant en ses poèmes toute son âme, si bien qu'il apparaît comme un créateur littéraire (...) il apparaît comme un sensible qui n'a jamais désiré le malheur de son peuple, comme un timide dont les formules jaillissent en paroles continues et brutales (13,23), comme aisément découragé (15,19).


Par deux fois, il arrive à un paroxysme de sa douleur :
◦en 12,1-6, quand il pose, pour la première fois dans la Bible, le problème du gouvernement divin par rapport à l'individu ;


◦en 15,10-11, 15-21, quand, au milieu de sa carrière, Yahvé lui renouvelle son appel et l'invite à l'effort moral et au progrès spirituel.
  • « Le prophétisme israélite », Albert Gelin, dans Introduction à la Bible. Tome I, Introduction générale, Ancien Testament (1957), A. Robert et A. Feuillet, éd. Desclée & Cie, 1959, t. 1, partie IIIe Les livres prophétiques postérieurs, chap. 3 Les prophètes du VIIe siècle et au début du VIe siècle, p. 530


« L'Exil dans le développement littéraire et doctrinal de la Bible. »
La catastrophe de 586 marque un tournant décisif dans l'histoire du peuple élu. Au rêve d'un empire temporel se substitue, sous la pression des événements, une communauté dont l'échelle des valeurs ne sera plus d'ordre politique mais religieux : "Le peuples des Saints du Très Haut". Cela ne se fera pas en un jour, ni sans retour en arrière : les prophètes gardent donc leur rôle pour orienter le Judaïsme vers ses destinées.
C'est dire l'importance de l'Exil dans le développement littéraire et doctrinal de la Bible. Tandis qu'en Palestine continue une vie diminuée, le vrai noyau de la nation est en Babylonie. Une partie des déportés s'adapte à cette vie sur la terre étrangère ; d'autres, les idéalistes, fourniront les cadres du retour.
  • « Le prophétisme israélite », Albert Gelin, dans Introduction à la Bible. Tome I, Introduction générale, Ancien Testament (1957), A. Robert et A. Feuillet, éd. Desclée & Cie, 1959, t. 1, partie IIIe Les livres prophétiques postérieurs, chap. 4 Les prophètes de l'époque exilique, p. 534


à propos du livre de Jonas 
Le livre n'est pas une biographie réelle, mais une fiction didactique (3,10 ; 4,10-11). L'histoire, évidemment, ne sait rien d'une conversion de Ninive qui nous mettrait "en présence d'un miracle sans égal dans l'histoire de l'hummanité, supérieur à celui de la Pentecôte" (Feuillet). L'archéologie ne sait rien non plus des dimensions qui sont départies à la grande ville (au moins 90 km de diamètre : Jon 3,3) : c'est une Ninive allégorique. Le folklore universel connaît le thème du poisson qui engloutit et conserve : ne le trouve-t-on pas chez Lucien ? La littérature biblique connaît le thème du prophète qui résiste à Yahvé et est vaincu par Lui (1R 19,4 ; Jr 15) ... on nous rappelle que tous les hommes - même les ennemis les plus farouches d'Israël - sont appelés au Salut. Cette leçon est donnée avec finesse...
  • « Le prophétisme israélite », Albert Gelin, dans Introduction à la Bible. Tome I, Introduction générale, Ancien Testament (1957), A. Robert et A. Feuillet, éd. Desclée & Cie, 1959, t. 1, partie IIIe Les livres prophétiques postérieurs, chap. 5 Le prophétisme à l'époque perse (538-332), p. 575-576


L'homme selon la Bible, coll. « Foi vivante » n°75Modifier

Qui est l'homme d'après la Bible ?
L'homme, tel qu'il est décrit dans la Bible, apparaît comme un faisceau de relations. La première de ses relations est celle qu'il entretient avec Dieu : cette relation constitutive s'exprime de manière frappante dans le thème de l'homme « image » de Dieu.
  • L'homme selon la Bible, Albert Gelin, éd. Éditions Ligel, 1968, chap. 2 Le thème scripturaire de l'« image », p. 27


Créé bonne, la personne est ouverte au progrès
Le péché d'Adam et d'Ève est commis dans l'état d'innocence et d'intégrité. Ce qui veut dire qu'on n'est pas coupable parce que créé. Aucun relent gnostique dans cette histoire biblique. La condition humaine n'est pas mauvaise en soi. L'être créé est bon, selon la Genèse. Et l'éducation n'est pas à base de dénigrement de soi-même. Les livres sapientiaux partiront de cette donnée : l'homme est éducable.
  • L'homme selon la Bible, Albert Gelin, éd. Éditions Ligel, 1968, chap. 8 L'homme pécheur et la reprise de l'homme, p. 156


Satan aussi est à l'œuvre dans la Bible
L'homme nous est aussi présenté comme victime. Il est investi, réduit dans sa fragilité. Il faut évoquer à nouveau ici la figure du serpent (Nahash) qui représente une pression extérieure à l'humanité : Satan est présent, il faut croire à son action quand on lit la Bible.
  • L'homme selon la Bible, Albert Gelin, éd. Éditions Ligel, 1968, chap. 8 L'homme pécheur et la reprise de l'homme, p. 156


L'Apocalypse d'Esdras
L'Apocalypse dite d'Esdras (4e livre d'Esdras) est une apocalypse juive bien connue dans le christianisme. Elle est même imprimée à la fin de la Bible latine. Et un certain nombre de textes liturgiques chrétiens lui sont empruntés, par exemple, l'Introït de la messe des morts : Requiem aeternam... Les thèmes de cette apocalypse étaient courants vers les débuts de l'époque chrétienne (40-50 ap. J.-C.) : ils ont été mis par écrit plus tard, en même temps probablement que l'Apocalypse johannique.
  • L'homme selon la Bible, Albert Gelin, éd. Éditions Ligel, 1968, chap. 9 Le nouvel Adam (doctrine paulinienne), p. 179 note 2


NotesModifier

  1. Ce joyau jérémien se trouve en 11,18 à 12,6 ; 15,10-21 ; 17,12-18 ; 18, 18-23 ; 20,7-18.
  2. HUBY, Épître aux Romains, Paris, 1940, p.188.


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